II. Caractère de Brahms. Ses débuts. Sa rencontre
AVEC SCHUMANN. lyEUR AMITIÉ. I^'aRTICI^E DE SCHU-
MANN SUR Brahms.
Johannès Brahms est bien allemand : sa tête, si pleine d'énergie et de ténacité, au front largement développé,, possède tous les traits caractéristiques des plus beaux types de la race saxonne.
Né à Hambourg, sur les bords de la mer du Nord, le 7 mai 1833, il était fils d'un contrebassiste au théâtre de cette ville, qui s'appelait Johann-Jacob Brahms. Sa mère, Johanna-Henrika-Christiane Nissen, mourut peu de temps après la naissance de son fils Johannès (i.) Sa jeunesse ne fut pas heureuse, car la famille était pauvre. Le futur compositeur ne goûta pas toujours, au milieu des siens, la paix qui lui eût été si nécessaire pour son travail. Elevé dans les conditions les plus modestes avec son frère Fritz, qui fut professeur de piano et mourut dans sa ville natale, après un séjour de plusieurs années à Caracas, — et avec sa sœur Elise, qui épousa un simple horloger, ce qui chagrina Johannès Brahms, il ne reçut point d'instruction particulière, les appointements minimes de son père ne le permettant pas. Obligé de se suffire à lui-même, le jeune Johannès passait la plupart des nuits à tenir le piano dans certains bals publics. Déjà, à cette époque, la composition le
(I) Le père de Johannès Brahms se remaria une année après la mort
de sa première femme. 11 eut de son second mariage deux fils et une fille
passionnait, et c'étaient les premières heures du jour qui étaient employées par lui à ce travail, devenu un plaisir. > N'est-ce point à son ami Widmann qu'il disait un jour : ^ lycs plus belles idéçs me venaient souvent avant l'aube, •en cirant mes chaussures ? »
Un autre de ses amis intimes, Albert Dietrich ( i ), a Taconté, dans « Souvenirs de Johannès Brahms », nombre d'anecdotes relatives à son enfance, qui montrent jusqu'à l'évidence la fierté que possédait le jeune compositeur à l'aurore de sa carrière, fierté dont il faudrait chercher la source dans la conscience qu'il possédait de sa valeur, j Doué avec cela d'une grande force de caractère, il ne vou- » lait devoir qu'à lui-même sa fortune. Mais jamais la confiance en son étoile ne l'amena à avoir de la fatuité ou de l'orgueil ; il était trop plein de raison pour cela, et le plus souvent, il repoussait avec une certaine rudesse les éloges exagérés qui lui étaient adressés. Xa modestie était innée chez lui et, en maintes circonstances, elle se manifesta. Il suffirait de rappeler qu'à un concert organisé par lui, en l'année 1861, où son succès fut grand, il plaça simplement sous le piano une superbe couronne de laurier qui lui avait été offerte.
On ne mangeait pas toujours à sa faim dans sa famille, et il recommandait à sa sœur de ne point mettre trop d'eau dans la soupe, préférant ajouter un peu d'argent de sa poche. La différence d'âge existant entre ses parents (la mère, 2® mariage, avait vingt années de plus que le père), était cause que l'harmonie ne régnait pas toujours
(i) Dietrich (Albert-Hermann), compositeur, élève de R. Schumann, naquit le 28 août 1829 dans la maison du forestier Golk, près Meinen. Il fut successivement directeur des concerts à Bonn, directeur de la musique dans la même ville, puis chef d'orchestre de la Cour à Oldenbourg.