‹ Johannès Brahms, sa vie et son œuvreChapitre 26 sur 50 · I.'CEUVRE lOI · texte numérisé non relu

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pinceau les belles colorations qui donneront au paysage fidèlement reproduit toutes ses valeurs. Chez Brahms, au contraire, les premiers essais sont d'une audace remarquable ; la spontanéité irraisonnée les anime, et ils contiennent déjà la flamme intense dont il a éclairé ses grandes compositions. Au milieu de ses hardiesses, il est calme, maître de sa pensée. S'il s'assagit davantage dans les œuvres II et i6, rendant ainsi un hommage aux maîtres qu'il vénère, il reviendra vite à sa nature primesautière, à ses tendances : le Sextuor à cordes (opus i8) porte les traces de ce retour.

Johannès Brahms accuse même sur Schumann, au début de sa carrière, une certaine supériorité, en ce sens qu'il ne se confine pas exclusivement dans la musique de piano. On sait en effet que le m^tre de Zwickau, dont les premiers projets consistaient uniquement à devenir un grand pianiste, se voua à la composition d' œuvres pour le clavier jusqu'en l'année 1840, époque où son amour pour Clara Wieck, qu'il épousa, l'incita à écrire toute une suite de merveilleux Lieder. Les premiers travaux de Brahms (op. I et 2) sont bien des Sonates pour piano ; mais, dès l'œuvre 3, on voit apparaître des Lieder dédiés à Bettina d'Arnim ; puis l'opus 8 est un Trio en si majeur pour piano, violon et violoncelle, et l'opus 11, une Sérénade pour orchestre. Les œuvres de piano, qui sont du reste beaucoup moins nombreuses que celles produites par Schumann, alternent avec les compositions pour chant, instruments divers ou orchestre ; elles semblent réclamer l'orchestration, et cette remarque est encore plus vraie pour les morceaux de musique de chambre,dont la puissance et la richesse harmoniques sont si grandes, qu'on les prendrait presque pour des cartons de symphonie. Et, fait très eu-

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lieux à noter, il semble que sa musique de clianibre indique davantage ses aptitudes symphoniques que ses symphonies eUes-mêmes. Dans les sextuors, quintettes, quatuors trios, sonates..,, la belle expansion des thèmes mélodiques et leurs superbes développements font songer à l'orchestre, alors que, dans ses symphonies, certains accouplements de rythmes un peu cherches, certaines phrases trop fragmentées ne dorment pas toujours la magnifique ampleur sur laquelle on était en droit de compter.

XIV. lA MUSEQUB d'orchestre. I^S DEIJX SÉBÊNADES- ET Ij;s QUATRES SYMPHONIES. VARIATIONS SUR UN

THÈME DE Haydn. Ouverture i»s fête académique. Ouverture tragique. Les danses ikîngroises.

Les œuvres de Brahms se chiffrent par cent vingt et un numéros, ce qui porte leur total à un nombre plus élevé, puisque plusieurs compositions sont classées sous le même numéro. Parmi ces œuvres, on compte quatre symphonies, deux sérénades, dçux ouvertures pour orchestre, diverses pièces pour soli, chœur et orchestre, comme le Requiem allemand, Rinaldo, Chants du destin, Triumfhlied, Naenie, Chant des Parques, des chœurs avec ou sans- accompagnements, tels les Marienlieder, le 23.® psaume, les Chanis sacr^s,des motets;. — des Lieder ou chants pour uneoupluâeurs voix; des Concertos pour pianx>, violon et violoncelle avec orchestre; deux Sextuors, de\ix. Quintettes, trois Quatuors à cordes; trois Trios, trois Quatuors,wi Quintette pour piano et cordes,un Trio pour piano, violon et cor ; un Trio pour clarinette (ou alto),violoncelle et piano; deux Sonates pou' clarinette (ou alto) et piano; un Quintette pour clarinette (ou al' o), deux violons, alto et violoncelle; diverses sonates, études, varîations,rapsodies, valses et danses hongroises pour piano, à deux et quatre mains ; deux pièces, pour orgue.

Brahms ne fut point un compositeur fécond ; c'est qu'à l'exemple de quelques hommes d'élite, tels Beethoven

et Sçhumann, il a été toujours excessivement sévère pour lui-même. Il n'a jamais pensé qu'une œuvre fût parfaite, par le fait seul qu'elle fut engendrée avec facilité. Procédant à un examen minutieux, à un retour constant sur luimême, il ne livra son travail à l'appréciation du public que lorsqu'il le jugeait suffisamment mûri. Quelques unes de ses œuvres furent même modifiées, sur le conseil d'amis en lesquels il avait la plus absolue confiance, notamment Mme Clara Schumann. Les artistes, pour la plupart, emportés par le désir de produire, grisés par le succès, ne suivent pas toujours cette voie si sage, et ne créent souvent que des œuvres éphémères.

Analyser toutes les œuvres de Brahms, surtout ses Liedety dont le nombre est considérable, serait un travail qui pourrait engendrer quelque monotonie.Notre but est de faire connaître les compositions les plus importantes, celles qui marquent davantage son individualité,et nous suivrons, pour mettre de l'ordre dans notre travail, celui qui est constitué par la nature des œuvres.

Ce sera donc la musique pour orchestre seul que nous étudierons en premier lieu: il faudra tout à la fois de la patience et de la persévérance, pour dégager l'esprit absolument personnel qui l'anime.

Nous avons déjà fait remarquer combien les grandes compositions pour orchestre du maître ne semblaient pas, à la première lecture, d'essence aussi symphonique que telles de ses œuvres de musique de chambre.S'il en est ainsi, c'est que jamais l'exposition des thèmes ne fut plus franche, plus claire, plus puissante, plus étendue que dans ses sextuors, quintettes, quatuors, trios ou sonates. Mais la valeur

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de ses symphonies n'en est pas moindre pour cela. Les idées musicales, prises en elles-mêmes, sont d'une distinction, d'une noblesse et d'une originalité rares. Si, dans quelques cas isolés,ce tains développements semblent un peu pénibles et trop fragmentés, l'instrumentation, chez lui, est moins serrée, moins étouffée que chez Robert Schumann ; la lumière y est plus vibrante. « Par l'espacement justement observé des groupes sonores, par une sorte de circulation onduleuse qui donne un tour particulier à ses périodes, il rend sensibles les jours et les pleins, les différences des plans, les jeux de perspective, qui contribuent à la perfection de cette architecture aérienne,par le mélange et la superposition des sons. I<a cohésion par laquelle l'orchestre conserve en quelque sorte son unité vitale, la souplesse qui permet de multiplier les manifestations de son activité et de sa puissance, sans en compromettre l'homogénéité, voilà deux qualités essentielles qui devaient recevoir de lui plus d'une application ingénieuse et plus d'une démonstration frappante (i).» Si Brahms fut appelé, à juste titre, un grand musicien conservateur, c'est qu'il né songea nullement, malgré le caractère très personnel de son œuvre, a modifier, ou plutôt à briser la forme première qu'avaient adoptée les beaux symphonistes classiques de la première heure, les Haydn, Mozart,Beethoven et ceux mêmes qui les continuèrent, tels que Mendelssohn et Schumann. Ce fut un homme de tradition, mais de haute tradition. Lorsque l'on a pour ancêtres directs Haydn Mozart, et surtout Beethoven, on peut maintenir en les sphères les plus élevées le drapeau de l'école classique,qui, au point de vue symphonique, est encore la belle et saine

(I) Essais de critique musicale : Hector Berlioz, Johannès Brahms, par Léonce Mesnard. — Paris, Librairie Fischbacher,

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