I06 JOHANNÈS BRAHMS
école. Et véritablement, lorsqu'on songe que les trois grands mgdtres dont nous venons de citer les noms appartiennent à la fin du XVIII® siècle et au commencement du XIX®, que leurs créations sont si rapprochées de nous, qu'elles sont encore si vivantes, on est amené à se demander de quel droit il ne serait plus permis à un symphoniste de génie d'écrire dans la forme d'illustres devanciers. Quelles que soient les hauteurs auxquelles Beethoven se soit élevé, Schumann et Brahms ont prouvé qu'il était possible d'é* crire, même après lui, des œuvres de grande envolée.Ce ne sont plus les symphonies de Beethoven, mais ce sont leurs dignes sœurs.
Lorsque J. Brahms aborda l'orchestre, ce fut avec deux œuvres d'un genre particulier, les « Sérénades », où la fantaisie lui permettait de se mouvoir plus facilement que dans la symphonie. Il est à remarquer qu'entre les Ballades pour piano (op. lo), dédiées à Julius O. Grimm, publiées en i856,et la Sérénade pour grand orchestre (op. ii), composée en 1859 et éditée en 1860, il s'était écoulé une période de plusieurs années, pendant lesquelles Brahms, nous l'avons déjà indiqué, se recueillit et se livra à une étude approfondie de l'œuvre des grands maîtres. Mais, tout en étudiant la correction de la forme, la science des développements, afin de s'attaquer avec sûreté à la symphonie, il reste lui-même, et il en donne maintes preuves dans la première comme dans la seconde Sérénade. Sa nature géniale était trop puissante pour qu'elle pût être étouffée : aussi se dévoile- t-eUe aussi bien dans les premières compositions que dans les subséquentes. Dans l'écriture de ceà deux Sérénades y on ne rencontrera aucune hésitation, nul tâtonnement. La richesse de l'imagination et la beauté de l'orchestration vont de pair. Il semble seulement qu'en abor-