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sant celle d'un Schubert, et peut-être celle d'un Schumann.
Du recueil » Le Cor merveilleux de V enfant « (Des Knaben Wunderhorn), Brahms a tiré un n^erveilleux parti. On sait que la publication (Je ce recueil de chansons populaires d'outre-Rhin est due à Clément Brentano (i)etâAchim d'Arnim (2).Ce fut,pour ainsi dire, la résurrection du Volksliedj pour le grand public. I^a passion de Brahms pour le cor,qu'il a fait intervenir avec taj^t d' à-propos et de noblesse dans ses œuvres symphoniques et dans sa musique de chambre, ne l'a-t-elle pas amené à traduire musicalement certaines chansons tirées du « Cor merveilleux de V enfant » ? Il faudrait citer, dans l'opus 48, les jolis Lieder : Der Ueberlaufer (n<> 2) et La plainte d'amour de la jeune fille (n° 3).
Continuons à noter, parmf les chansons inspirées à Brahms par des textes populaires, le r\P 3 de l'op. 49 : Aspiration (Sehnsuçht), empruntée à la poésie de Bohème. Ici, les regrets s'emportent ea une adjuration pathétique : « Tendez-vous, rochers, abaissez-vous, vallons, pour que je revoie ma bien-aimée. » Brahms a encore écrit (op. 14, nP 8) dans la série des Lieder und Romanzen, entièrement consacrée au VolksUed, une mélodie charmante, portant le même titre Aspiration.
Deux Lieder (op. 58, u°' i et 3) ont été écrits sur des poésies inspirées à Aug.Kopisch par le Folklore italien, ce sont i Colin-Maillardy où la mélodie, mélancolique dans la première partie, gaie dans la seconde, s'élève prestement portée par un- délicieux et léger battement simultané de doubles croches à la main gauche et à la main droite, qui trottine
(1) Clément Brentano (1778-1842), frère de la célèbre Bettina d'Arnim amie de Goethe,
(2) Achim d'Arnim (1781-1831), romancier prussien.
à plaisir, — et La Prude, sur une chanson populaire calabraise.
On voit jusqu'à quel point Brahms a suivi Texemple de Herder, qui, dans « Voix des peuples p (i), s'ingénia à saisir le génie poétique de chaque nation, en puisant à pleines mains dans le Folklore universel,et en proclamant, un des premiers, qu'il fallait remonter aux sources de la poésie primitive et populaire pour y rencontrer les beaux modèles à suivre et retrouver ainsi le chemin de la nature et de la vérité. Les « Voix des peuples » sont en quelque sorte la Bible vocale de toutes les nations : Brahms, en s'en faisan l'interprète musical, a continué le mouvement admirable qui s'était dessiné en Allemagne pour le retour à la chanson populaire. On retrouve la trace des « Voix du peuple )>,non seulement dans la suite des Lieder populaires de Brahms (op. 14, L'assassinat de Murray, ballade écossaise), mais encore dans les trois Duetti pour soprano et contralto (op. 20), les Ballades et romances à deux voix (n^ i, Edward) et, ce qui est encore plus frappant, dans les Quatre Ballades pour piano, dédiées à Julius O. Grimm,qui furent également inspirées à notre compositeur par la même chanson populaire, Edward.
Les chants et poésies d'Uhland (2), ont profondément influencé Brahms. Uhland fut, lui aussi, pénétré d'un large sentiment humain, qu'il puisa à la bonne source, la chanson du peuple. Formant un contraste frappant avec
(1) A propos de ce recueil, M»' de Staël disait, dans son Étude « De l'Allemagne » : On y peut étudier la poésie naturelle, celle qui précède les lumières. La littérature cultivée y devient si promptement factice quMl est bon de retourner quelquefois à l'origine de toute poésie c'est-à-dire à l'impression de la nature sur l'homme, avant qu'il eût analysé l'univers et lui-même.
(2) L'hland, 1 787-1862.
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le sceptique et flamboyant Henri Heine, Uhland n'a rien d'un cosmopolite ; son tempérament est essentiellement germanique. Il fut un poète idyllique, qui introduisit un sentiment très moderne dans la reconstitution de certains sujets légendaires. Trois de ses poèmes n'ont-ils pas trouvé en Robert Schumann un traducteur génial ? Brahms fit de larges emprunts à la poésie d'Uhland. Parmi les Lieder populaires, il faudrait citer le n® 3 de l'opus 17, Dimanche^ d'un sentiment musical simple, presque naïf, et le n^ 4 de l'op. 43, le Chant du seigneur de Falkenstein,
Que de Lieder on aurait encore à signaler parmi le cycle du Folklore ! Nous avons dit qu'ils s'élevaient à cent cinq environ, parmi lesquels doivent être compris les quaranteneuf Lieder populaires allemands (Deutsche Volkslieder) et les quatorze Chansons populaires d'enfants (Volks-Kinderlieder), dédiées aux enfants de Robert et de Clara Schumann, tous sans numéros d' œuvre.
Si du Folklore nous revenons à la région des Lieder proprement dits, nous remarquerons qu'ils furent écrits par Brahms presque exclusivement sur les textes poétiques des auteurs allemands épris de romantisnie. Schumann, lui, ne s'était pas fait faute de recourir aux poètes anglais, pour nous donner une traduction musicale merveilleuse de leurs œuvres. C'est ainsi qu'il fut le collaborateur de Byron avec Manfred (op. 115), les Trois Chants hébraïques (op. 95), les Stances hébraïques et VEnigtne (op. 25, no''" 15 et 16), — de Shakespeare avec l'Ouverture de Jules César (op. 128), et la Chanson du clown (op. 127, n<> 5) — de Shelley, avec Die Fluchtlinge (op. 122, n** 2), — de Burns, avec un certain nombre de chants (op. 55, — op. 25, n"' 4, 10, 13, 14, 19, 20, 22 et 23, — et enfin de Thomas Moore avec deux Chants vénitiens (op. 25, n**' 17 et 18). La poésie
anglaise ne sollicita Brahms que deux fois dans les chants pour voix de femmes {nP 2 Lied de Shakespeare, n° 4 Chant d'Ossian, tiré du poème de Fingal (i).Deux seuls poètes français ont été mis par lui à contribution : Jean-Baptiste E.ousseau, qu'on est un peu étonné de rencontrer comme collaborateur du maître allemand^ et un inconnu, Ferrand. lya poésie de J.-B. Rousseau a pour titre Le Printemps (op. 6, n° 2) et celle de Ferrand,^ mowr fidèle (op. 7, vP i).
Tous les autres Lieder ont été composés sur des textes d'auteurs allemands, appartenant à la période lyrique contemporaine.Gœthe et Henri Heine dominent cette pléiade des enfants du Pinde. N'était-il pas le maître des poètes lyriques, celui qui, passionné pour Shakespeare et influencé dans sa jeunesse parHerder, éleva cet étonnant monument : Faust ? N'est-ce point encore dans la forêt enchantée du romantisme que nous transporta le poète étincelant Henri Heine? Et cependant, ce n'est ni àGœthe, ni à Henri Heine, ni à Schiller, dont il mit en musique la Naenie, que Brahms a fait les plus nombreux emprunts. Il s'adresse de préférence à ceux que l'on sera't tenté d'appeler les « minores », si, parmi eux, ne se trouvaient des poètes vraiment remarquables. Les noms que l'on rencontre le plus souvent sont ceux de Daumer, qui tient la tête avec cinquante et une poésies, parmi lesquelles figurent,pour le chiffre de trente-deux,les Valses chantées (Po/ydora),deTieck avec les quinze pièces de Magelonne, Claus Groth, Paul Heyse, Eichen^orff, Fr. Ruckert, Carie Ircmcke, Wenzig, Uhland, Holty, Cari Candidus, Siegfried Kapper, Hoffmann von Fallersleben, Fr. Halm, Schenkendorf, Herder, Aug. V. Platen, Hans Schmidt. Puis viennent, avec des
(I) Les « Chants pour voix de femmes » (Op. 17) ont été traduits en français par Mm» Louise Ott.