‹ Johannès Brahms, sa vie et son œuvreChapitre 4 sur 50 · XIV JOHANNÈS BRAHMS · texte numérisé non relu

XIV JOHANNÈS BRAHMS

me taisais et le laissais me réfuter victorieusement. On trouvera dans ce beau livre ses arguments judicieux et sa défense éloquente de Brahms symphoniste.

Mais je ne veux pas trop me calomnier^ car y j'eus, à propos de Brahms, une sorte de révélation. Imbert l'eût appelée volontiers mon chemin de Damas, et je l'appellerais moimême de ce nom, si la foi entière Veut suivie. Elle m'inspira du moins pour ce maître discuté le respect et l'admiration. Le 24 mars 1891, . la société de chant L'Euterpe, fondée et dirigée par M. Duteil d'Ozanne, exécutait dans la chapelle de Versailles le Requiem allemand. La partie de soprano était tenue pat la voix exquise et suave de Mme Louise Ott, celle-là même à qui je dois d'avoir compris les plus beaux Lieder de Schumann et de Brahms. Les autres soli, l'orchestre et les chœurs furent excellents, la direction parfaite. J'eus le sentiment de quelque chose de très haut et de très pur. C'était le sérieux et presque la profondeur de Bach, dans une gravité et une mélancolie propres à l'auteur et au génie douloureux du XIX^ siècle. Plus tard, Imbert me fit entendre, chez un ami commun, un quintette et un sextuor de Brahms, remarquablement exécutés par le quatuor Parent et quelques autres musiciens de choix. Lui-même faisait la partie du second violon — avec quelle ferveur et quelle conviction ! Si les symphonies m'avaient laissé froid, le quintette et le sextuor me remuèrent et me secouèrent diversement. La musique de chambre convient mieux à l'intimité et à H intériorité de Brahms que la grande symphonie. Celle-ci exige un inspiré, un prophète, un héros parlant au peuple. Dans la première, il nous suffit qu'une âme originale nous ouvre ses arcanes par la magie des sons.

Brahms ne cessera pas d'occuper une place d'élite parmi les musiciens de la vie intérieure. Il m'est impossible cepen-

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