‹ John Bull et son île: mœurs anglaises contemporainesChapitre 2 sur 7 · V Appendice (a · texte numérisé non relu

V Appendice (a

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Ce sont les princes du barreau que Ton fai( entrer dans la magistrature. Les juges ont des appointements énormes et sont inamovibles»

deux choses aussi nécessaires Tune que l'autre à leur indépendance. John Bull paye bien ses serviteurs, mais il entend être bien servi.

Il y a près de cent ans que s'est ouverte Tëre de la Révolution française. Depuis cette époque la France a changé âj& Dieu sait combien de gouvernements et de iX)nstitutioûs toutes aussi immuables et perpétuelles les unes que les autres. Un fait bien curieux, cependant, au point de vue des profjrès qu'a faits cette liberté achetée en France au prix de révolutions sanglantes, c'est la survivance de l'article 75 de la constitution de l'an Vlir, après trois monarchies, deux empires et deux républiques.

Cet article est, comme on sait, ainsi conçu : c Les agents du pouvoir autres que les ministres ne peuvent être poursuivis, pour des faits relatifs à leurs fonctions, qu'en vertu d'une décision du Conseil d'État. Dans ce cas la poursuite a lieu devant les tribunaux ordinaires. »

L'article 75 de la constitution de Tan VIII doit fa vie à l'esprit \e plus despotique du siècle,

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il a été inspiré à Siéyès par le premier consul au moment où celul-d creusait doucement la tombe dans laquelle il se préparait à enterrer la lib^té du pays .

Les monarchies qui onpt succédé au premier empire se sont empressées de consenrer un article aussi précieux pour le despotisme. Avant lu Révolution, le gouvernement couvrait ses agents par l'illégalilé et l'arbitraire ; depuis la Révolution, il les couvre par la loi; c'est un progrès.

Ainsi les agents du pouvoir ne peuvent être poursuivis qu*en vertu d'une décision du Cons(âl d'État. Un pareil appel ne seraitr-il par dérisoire? Estrce que le Conseil d'État n'émane pas du pouvoir exécutif ? N'en fait-il pas partie ?

En Angleterre, vous prenez auf collet un pcrii— ceman qui vous a insulté ou toudié, et vous le menez au poste. Le lendemain, vous l'accusez au tribunal, et, si vous prouvez vos assertions, vous le faites condamner. Cependant, malgré le petit bâton, qui seul constitue son armement, il est plus respecté que ne l'est notre sergent de ville avec tout son attirail de guerre. Il n*y a pas longtemps encore que je l'ai vu affublé d'un sabre et d'un revolver.

Le fait suivant s'est passé en Angleterre il y a peu de temps. Deux agents à cheval ennin

Daieat entre eux un individu qu'ils avaient arrêté. Celui-ci refusant de les suivre, un agent dcsceno dit de cheval et rattacha à sa selle; mais le malheureux, incapable de suivre le cheval, tomba et fut traîné sur une Icxigueur d'environ quinze mètres. La population s'indigna, arrêta les deux agents et les conduisit chez le coroncr. Us passèrent en jugement et furent condamnés à sept ans de travaux forcés.

L'Anglais à l'amour de la chicane; c'est dans le sang normand. Il sait ce qu'il lui en coûte, car autant la procédure, en matière criminelle, est prompte et décisive en Angleterre, autant elle est, en matière civi'e, lente et dispendieuse. Un avocat tant soit peu connu ne se dérange pas pour moins de cinq cents francs. Un avocat, conseil de la reine (Queen's Counseljf demande des sommes fabuleuses. Le solicitor, l'homme de loi à tout faire, remplit ici à la fois les fonctions du notaire, de l'avoué, de l'huissier, et même celles de l'avocat dans les police courts. Ses notes sont des chefs-d'œuvre dans leur genre, voyez plutôt :

!• Avoir reçu une lettre de vous fet l'avoir lue trois schellings six pence;

2® Avoir écrit la r?pîMise ...•». idem

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3*^ Avoir pris un cab cinq schellings.

4^ Avoir songé à votre affaire dans le cab trois schellings six pence.

5^ A voir écouté vos (diservations. . • . idem.

6^ Yavoir répondu Idem.

7* Avoir rencontré votre beau-père et lui avoir parlé de votre affaire. . . . Idem.

On se demande combien le solicitor prendrait à son client pour avoir rêvé de son affaire. Ce sont des douzaines de pages de avoir vu, avoir été^ avoir pensé, à trois schellings six pence la pièce.

Les juges et les avocats portent encore la per* nique poudrée à frimas et à queue de rat des deux siècles derniers. « Tel rit d'un juge en habit court qui tremble au seul aspect d'un procureur en robe. La forme, la-a forme, » dit Brid'olson, qui ne mourra pas de sitôt. L'Anglais aime ses vieux monuments, ses anciens châteaux, les vieilles coutumes. Nous, en France, nous sommes des vandales. On peut, à l'heure qu'il est, voir la Tour de Londres intacte, avec ses gardiens en costume du xvi* siècle; et le peuple, qui en

visite les cachots, peut constater que Thomme a fait des progrès. Chez nous, tout est détruit. Plus de Bastille, de donjon de Yincennes. Le Dom des rues ne survit même pas aux gouvernements. Erreur. Je crois que si chaque ville de France avait une place Waterloo et une rue de Sedan, le souvenir de l'empire ne s'effacerait pas si vite.

John Bull exécute plus de criminels que tous les autres États européens mis ensemble ^ Il n'admet pas de circonstances atténuantes dans les questions d'assassinat. Pour être condamné à être pendu, en Angleterre, il sufBt d'être convaincu d'avoir volontairement donné la mort.

Le même châtiment existe pour celui qui a tué dans im moment de colère ou de jalousie, que pour celui qui a longtemps prémédité la mort de sa victime pour la dérober.

« J'ai vu, dit M. Alexis de Tocqueville, pendant mon séjour aux États-Unis, les habitants d'un comté où un grand crime avait été commis, former spontanément des comités, dans le but de poursuivre le coupable et de le livrer aux tribunaux. » Quoi qu'il en soit, c'est un vilain métier que celui de mouchard amateur. Uu criminel est, à la vérité, un ennemi du genre humain»

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