INTRODUCTION ' XIX
nature de son art, il y apparaît comme une sorte de traitd'union entre les peintres français de 1830, qui suivirent ses traces et les artistes hollandais, auquel un lien de parenté le rattache. Le paysage anglais est un rameau détaché du fort tronc hollandais, qui, bouturé en terre britannique, y atteignit, en se différenciant, un développement magnifique jusqu'à s'affirmer jailli du sol.
Deux compréhensions d'art, entièrement distinctes, se retrouvent dans toute la peinture du siècle dernier. La peinture ancienne, dite classique — (par ancienneté j'entends parler ici de la conception, nullement de l'époque) — qui a pour souche la peinture italienne (les Vénitiens exceptés), est un art essentiellement spiritualiste, où le tout est sacrifié au héros ou au motif principal, où la ligne demeure, aux dépens de la couleur, le souci prédominant de l'artiste ; (c'est ce qu'on nommerait, en langue politique, la centralisation). La peinture moderne, qui se rattache aux Hollandais et aux Flamands, est un art réaliste, ou plutôt panthéiste, qui respecte la dignité du détail, dans le souci de l'ensemble, où tout est solidaire et chaque valeur respectée, où la couleur est la préoccupation majeure du peintre, — (le régime fédéral, en politique). C'est à cette dernière conception d'art que se rattachèrent en France, à la suite de Constable, les paysagistes de 1830. En art, comme dans les lettres, on rompit alors avec la tradition latine pour se rapprocher de l'esprit du Nord. Il n'y a aucun doute que c'est à l'adoption de ce principe réaliste septentrional que l'art de notre XIX" siècle, en cette résurrection qui va de Delacroix à Pissarro, doit son caractère de richesse, de couleur, de variété et de vie.
Situer Constable dans l'ensemble de l'art moderne, c'est montrer l'extrême importance de la conception d'art qu'illustre son œuvre. Il fut ainsi l'un des maîtres promo-
leurs de la rentrée tlans l'ordre de la réalité et de la nature par l'abandon de la tradition italienne, désormais stérile et néfaste, l'ancêtre d'une génération qui reprit contact avec la terre et toutes les choses « vulgaires » qu'elle contient.
Il nous a passé le flambeau.
Des trois grands groupes de paysagistes du cycle réaliste de l'art, les Hollandais, les Anglais et les Français, on sacrifie trop communément le second aux deux autres, dont il fut le chaînon intermédiaire.
La magnificence de l'art d'un Constable démontre pleinement cette injustice. Et en dehors de lui, des peintres tels que Gainsborough, Girtin, Bonington, Crome et Turner prouvent que la vitalité du paysagisme anglais fut égale à celle du portraitisme. Ils occupent une place nécessaire dans l'évolution de l'art européen. Par leur position au terme du xvin" siècle et à l'aube du xix«, ils annoncent et déterminent l'orientation du paysage moderne.
Après Constable dont le rôle particulier, à ce point de vue, n'est pas douteux, je ne citerai qu'un nom, celui de Crome le Vieux, par qui l'Angleterre eut son Hobbéma et son Jacob Ruysdael, réincarnés sous des traits bien autochtones. John Crome de Norvvich, solitaire, ignoré, humble de cœur, autodidacte, décrit d'une main pieuse, patiente et vraiment inspirée, l'aspect du pittoresque coin de terre où il est né et auquel des Hollandais, qui s'y établirent et se mêlèrent au fond saxon-normand, communiquèrent un caractère particulier. Je découvre dans ses toiles un charme, une tendresse, une verdeur, une atmosphère d'intimité, un goût de terroir f|ui vont droit au