‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 13 sur 77 · INTRODUCTION , XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION , XXIII

d'être des hommes de tous les jours, ce ne sont pas même des hommes ; il n'y a rien sous leurs perruques frisées, sous leurs draperies arrangées; ce sont des masques sans esprit et sans corps. »

Le paysage, plus encore peut-être que la figure, disparaissait sous la croûte des conventions. Vers la fin du xviii^ siècle, il y avait eu quelques tentatives de retour à la nature, comme en témoignent les merveilleux paysages de Louis-Gabriel Moreau, qui semblent appartenir au xix** siècle. Le triomphe de la formule Davidienne avait submergé ces îlots. Le paysage, dans l'estimation des Classiques, demeurait un genre inférieur. Encore n'étaitil tolérable qu'à la condition de présenter, à titre d'excuses, d'abondantes allusions mythologiques ou antiques. L'un des paysages de Watelet au Salon de 1822 portait ce sous-titre : Vue ajustée. Expression exquise et révélatrice ! La nature barbare, rude, sale, disharmonique, basse et plébéienne doit être polie, vêtue, peignée, ajustée, pour obtenir l'accès du temple où trône le grand art... En ellemême, elle est ignoble et laide: c'est le cei'veau de l'artiste qui la revêt de noblesse et de beauté. Le « paysage ajusté » correspond assez bien à cette calembredaine fameuse des manuels de littérature consultés par nos pères, le « style soutenu »...

Je songe au mot de Northcote cité par Constable : « Ils (les peintres français de cette école) connaissent aussi peu la nature qu'un cheval de fiacre connaît le pâturage ».

La révolution qui fit pénétrer dans l'art la vie avec toutes ses puissances, provoquant la déroute des peintres archéologues et des esthéticiens fossiles armés de leurs

préceptes burlesques, s'affirma tout d'abord parmi les peintres de figures. Il y eut un Gros, un Géricault, un Delacroix, avant l'apparition du paysage moderne.

Les années 1 8:20-1 82 i furent un âge de fièvre et d'attente pour l'art français. Une jeunesse inquiète, passionnée, hardie, tourmentée par un instinct nouveau, cherchait l'expression de naissantes conceptions d'art. Des théories « malsaines » se propageaient. L'horizon était encore estompé de brume, que cherchait à percer le regard des néophytes. Dans les ateliers de Gros et de Guérin, des révolutionnaires en herbe faisaient leur veillée d'armes. On sentait obscurément que la Belle au bois dormant allait s'éveiller de son sommeil de plomb.

Au salon de 1822 — où Delacroix débute avec Dante et Virgile — quelques frémissements firent présager le réveil prochain du paysage. Camille Roqueplan et Bonington y étaient représentés. Riais tout le bataillon des Olympiens, de ces maîtres redoutables qui avaient nom Watelet, Rémond, Victor Bertin, Bidault, Michallon, y parade encore dans sa gloire et sa sérénité.

Corot s'initiait alors aux beautés du paysage « ajusté » chez Michallon, puis chez Bertin. Théodore Rousseau avait dix ans. Toute la future révolution existait en germe mais rien n'avait encore vu le jour, avant 1824. Il manquait le souffle, l'élan, l'exemple éclatant et décisif qui allait précipiter le paysage dans les voies nouvelles.

Deux hommes existaient pourtant. A Montmartre, un obscur lestaurateur de tableaux, un passionné des peintres hollandais alors dédaignés, brossait à ses moments perdus des toiles vraiment insolites et fortes. Georges Michel, ce « Ruysdael de banlieue »,cet « initiateur latent », comme le qualifie Paul Manlz, n'eut toutefois aucune influence sur son temps, car il vécut solitaire et méconnu, et ses toiles n'allèrent pas plus loin que la boutique des

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