INTRODUCTION - XXV
brocanteurs. Il mérite d'autant plus l'hommage dû aux précurseurs.
Il y avait aussi Paul Huet. Celui-là fut vraiment un initiateur, l'ancêtre de tous les paysagistes de 1830. C'est vraiment lui le premier qui, s'évadant de la puante atmosphère des ateliers, faussant compagnie aux Romains et à Poussin, en mépris de cette peinture de vieillards et d'impuissants que colore seule la poussière des siècles, se tourna franchement vers la nature et s'en éprouva pénétré. Huet captive par sa robustesse, sa saveur, sa franchise, son originalité, la variété et la couleur répandues dans ses toiles. Il fut vraiment le découvreur d'un monde nouveau avant le prodigieux éveil dont Constable, soudain révélé en 1824, fut l'une des causes déterminantes.
Trois témoignages contemporains lui assignent ce rôle d'avant-coureur. Gustave Planche écrit en 1831: «M.Paul Huet est aujourd'hui placé à la tête d'une nouvelle école de paysagistes dont les principes ne sont pas encore nettement établis, mais qui doit inévitablement détrôner MM. Watelet, Berlin et Bidault.... Il veut ramener le paysage à la nature. »
Alexandre Decamps, le frère du peintre, dans son étude du Musée sur le Salon de 1834, déclare : « .... L'introduction d'un sentiment nouveau, d'une nouvelle manière d'appliquer la palette à l'imitation des formes et des effets de la nature, a ému tous les jeunes talents et les a entraînés dans la voie nouvelle qu'un homme, jeune comme eux, a ouverte il y a quelques années. C'est à M. Paul Huet qu'appartient la première tentative faite dans cette partie de l'art. C'est lui qui a donné la première impulsion »
Thoré-Burger enfin, au coursde sonétude sur Bonington, lui rend hommage : « M. Paul Huet.... n'est-il pas un des premiers qui, au lieu de copier, d'après les maîtres,
de tristes Arcadies et des sites censés antiques, s'abandonna au sentiment de la nature pittoresque et de la couleur ? »
A vrai dire, Paul Huet existait avant 1824, mais il ne s'était pas révélé. Son premier succès date du Salon de 1831. Lorsqu'il fit ses premières études — (je renvoie le lecteur curieux de plus amples détails à l'attachante monographie que lui a consacrée Philippe Burty), — de 1820 à 1822, il n'était encore qu'un élève, à peine sorti des ateliers. De plus l'exemple qui le fortifia dans son art lui vint des peintre anglais. Bonington avait été son camarade d'atelier chez Gros. La vue des Constable le secoua dans ses racines. Il copia des gravures d'après Turner. Et William Reynolds, graveur et peintre, eut une forte influence sur lui.
Il apparaît donc que ce beau tempérament d'artiste, qui contenait en germe la révolution prochaine et auquel il faut rendre largement justice, fut confirmé dans son instinct d'un art de nature dont il avait commencé à réaliser l'expression, par l'exemple venu du Nord. Il m'apparaît comme le symbole vivant de la communion féconde qui s'établit alors entre la peinture anglaise en pleine maturité et la toute jeune peinture française.
Ce sont là comme les « chants d'avant-l'aube ».
Dans les fastes de la peinture, il faut tenir l'année 1824 pour une date mémorable. C'est alors que, dans les salles du Louvre, une bataille fut livrée qui décida de l'avenir du paysage en France. Cette année marque l'instant fatal où des fièvres, des désirs, des inquiétudes depuis longtemps accumulés trouvent une issue, où un idéal obscurément pressenti se précise et s'illumine, où la génération