‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 15 sur 77 · INTRODUCTION ' ' XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION ' ' XXVII

jeune prend conscience d'elle-même à la vue d'un art tellement nouveau pour elle et qui répond si pleinement à son instinct.

Ce fut comme la révélation. Un voile se déchira. La vérité nouvelle était tellement écrasante que les vieilles « perruques » de l'art en reçurent un coup dont ils ne se relevèrent pas. Toute la lignée des paysagistes de 1830 se rattache de près ou de loin à cette éclatante manifestation de nature et de réalité. 1824 marque une victoire éclatante de l'art véridique sur la convention et la parodie.

On se souvient qu'en cette année-là trois toiles importantes de Constable furent exposées à Paris, en compagnie de quelques autres spécimens de l'art anglais dont je transcris l'énumération d'après Burty :

BoNiNGTON : Une Elude en Flandre, une Marine et une Vue d'Ahheville (aquarelle) ; Pêcheurs déharquanl leur poisson ; Plaç/e sablonneuse.

Constable : Une charrette de foin traversant un gué au pied d'une ferme (The Haywain) ; Canal en Angleterre (A Lock on the Stour) ; Vue de Londres, prise de Hampstead Heath (A View near London.)

CoPLEY FiELDiNG ! Vuc de Hastings, sur les côtes de Sussex ; Vue de Haythe et des marais de Romney ; Vue de la Tamise à Depfford, près de Londres. Six aquarelles : Vue d'après nature, en Angleterre ; Petite Marine ; Deux Vues des châteaux de Chepstor et d'Harlecht ; Boute dans une plaine ; Pleine mer avec embarcation.

Thalès FiELDiNG : Macbeth rencontrant les sorcières sur la Bruyère (aquarelle) ; Moulin près la barrière d'Italie ; un cadre contenant des aquarelles.

Harding : Vue d'Aysgarth, dans le comté d'York.

Sm Thomas Lawrence ; Portrait de feu M. le duc de Bichelieu ; Portrait de femme.

Wyld : Vue prise de l'intérieur de la cathédrale

XXVIII JOHN COXSTABLE

d'Amiens ; Nef de bi cathédrale de Reims ; Vue prise dans l'intérieur de Véçjlise de Sainl-Oaen à Rouen ; Portail du midi de la cathédrale de Chartres.

Bonington, l'ami de Géricault, de Delacroix, de Paul Huet, avait préparé les voies. Survenant à cette minute précise où il fallait un éclaireur, la révélation qu'apportaient les Constable fut décisive. L'impression produite par cette peinture large, grasse, impétueuse, savoureuse, gonflée de sève, ruisselante et agreste fut énorme sur les jeunes sensibilités. La Charrette de foin publiait l'évangile de l'art nouveau. Ingénument et insolemment la preuve du néant de l'art « classique » s'offrait à tous les regards, par une silencieuse juxtaposition plus éloquente que tous les discours. Un taureau échappé de ses herbages et apparaissant aux portes d'un salon, le mufle en l'air, n'aurait pas

provoqué plus de stupeur, de colère et d'effroi Comme

cette peinture où la vie de la matière s'étale riche et violente, où s'affirme et triomphe si fièrement la vie plantureuse et chaude, où on croit entendre sourdre les sèves, où la force de l'instinct rejette la discipline de l'esprit, dut apparaître vulgaire aux peintres spiritualistes, glacés, stylés, en uniforme, à ces artistes « au cœur de pierre» de l'époque ! Constable lui-même, au moment de livrer ses toiles, songe à l'effet singulier et choquant que feront les vallées délicieuses et les paisibles fermes de son cher SufTolk dans une exposition parisienne. '

L'art du peintre naturaliste provoqua une agitation profonde dont nous possédons les preuves! Pour la vitupération, le dénigrement ou l'éloge toute la presse artistique s'occupa longuement de l'artiste qui, pendant ce temps travaillait silencieusement à Londres, insoucieux du tu-

Page 1