‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 16 sur 77 · INTRODUCTION ' , XXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION ' , XXIX

multe qu'il causait, plus heureux de l'appréciation intelligente d'un ami que tous les triomphes publics. La critique d'alors, encrassée de préjugée épais, confite en l'admiration du poncif Davidien, manifesta comme bien on le pense, une hostilité presque générale. Voici quelques échantillons de la littérature de ces Aristarques.

Pour Delécluze, le champion patenté des Classiques, des peintres de paysages « ajustés », Constable n'est « qu'une palette montée d'une manière brillante », un virtuose retors, affectant des airs négligés. D'ailleurs le fait de n'avoir pas emprunté ses motifs à l'Italie ou à la Grèce prouve qu'il n'est pas un artiste sérieux [sic). Ces peintres novateurs sont « dégoûtants ». Et le pontife des Débats qualifie de Shakespearienne l'inspiration de l'art nouveau, appellation qui prend sous sa plume un sens à coup sûr injurieux et méprisant. Un art qui s'inspire de la vie et de la nature ne peut être que barbare et ignoble. Delécluze a d'ailleurs la prescience de la prochaine défaite des siens et il laisse percer sa mélancolie: «Les peintres de la nouvelle école sont bouillants d'espérance et d'activité, ceux de l'ancienne s'endorment Malgré tous nos discours, la nouvelle école l'emportera. La chose est peut-être déjà faite. » Cette fois le pontife voyait juste.

L'auteur anonyme d'une Revue critique du Salon de 1824, déclare avec une gravité bouffonne: « L^n peintre d'Italie (je ne sais plus lequel) prétendait, au rapport de Léonard de Vinci, qu'en jetant contre une toile une éponge imbibée de couleurs, on faisait des paysages. Assurément si ce peintre eût vécu de notre temps, il se fût appuyé sur les ouvrages de M. Constable. »

Certains font des concessions. Mais en gens prudents qui se refusent à paraître dupes, ils accumulent les restrictions. Stendhal, tout en qualifiant de « magnifiques » et de « délicieux » les paysages de Constable, déclare

qu' « il n'a aucun idéal », sans qu'on puisse exactement distinguer s'il commet là une naïveté ou une ironie. Un M. Chauvin parle des « illusions de l'optique », de touche «heurtée et raboteuse ». A, Jal, dans son Salon, échafaude ses dialectiques où les deux partis trouvaient des arguments.

Il est au moins deux juges qui ne doivent pas être confondus parmi les « philistins ». Ceux-là furent des émotifs et des sincères. Le critique d'art du Constitutionnel (Thiers, paraît-il), après avoir salué les efforts vers la liberté, la variété et la nouveauté que manifeste l'exposition et rendu hommage à la supériorité de Constable comme artiste de plein air et de vérité, émet, touchant le paysage, cette opinion révélatrice d'un haut jugement : «La cause réelle de notre infériorité dans le paysage proviendrait donc de ce que nous n'imitons pas assez fidèlement et assez immédiatement la nature, et de ce que nous ne voulons pas faire simplement des études... Les Hollandais, les Flamands, et aujourd'hui les Anglais, ont excellé dans ces copies exactes de la nature ; mais nous ne sommes pas d'assez bonnes gens, si on peut le dire, pour égaler leurs chefs-d'œuvre. Dans le paysage, surtout, cette disposition devient plus sensible. Nous n'avons jamais voulu nous contenter de notre sol ; nous avons toujours aspiré à la Suisse ou à l'Italie... Les Anglais et les Hollandais, au contraire, se sont contentés de leur nature, belle ou non... »

De telles affirmations étaient alors insolites. Mais la note vraiment large et compréhensive appartient au critique du Globe — ( l'initiale Y dissimule une personnalité assurément remarquable) — dont les impressions se dénoncent l'antipode de celles de Delécluze. Qu'on en juge d'après ces aphorismes, dont la liberté et la hardiesse émerveillent, perdus qu'ils sont dans le verbiage contemporain :

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