INTRODUCTION . XXXI
« 11 faut le dire franchement : quand l'illusion, qui dure encore, sera dissipée, un ridicule ineffaçable poursuivra la moitié des ouvrages produits depuis trente années. »
« ... Avec la fausseté qui régna aujourd'hui, c'est être original que d'être vrai. »
« ... Le monde réel a sa poésie, et c'est la seule véritable. »
Et la justesse de cet audacieux parallèle :
« Il y a dans les esprits un mouvement général qui semble nous conduire à ce but, et nous faire aimer par-dessus tout, la vérité dans les arts d'imitation. L'exposition de cette année révèle, sous ce rapport, des tentatives hardies, et par conséquent elle a dû exciter de grandes colères, faire naître des disputes ridicules et des confusions de mots... Il y a des tableaux où ce qu'on appelle très faussement le style est conservé, et où se trouvent cette correction, cette élégance si faciles à atteindre quand on n'y met aucune vérité, et qu'on copie tout simplement l'antique ; il y a enfin des tableaux grecs, romains et mythologiques : lequel d'entre eux, nous le demandons, a excité l'attention, ou par la composition, ou par la pantomime, ou par l'expression, ou par la couleur ?... Dans lequel y a-t-il de ces beautés et même de ces défauts qui frappent et fixent la foule ? C'est donc une bien véritable médiocrité qui les a produits. Et, nous le demandons, qu'est-ce que ce mérite du style tant recommandé aujourd'hui, puisque la médiocrité peut si facilement y atteindre ? Les seuls tableaux, au contraire, où l'on trouve un progrès véritable, dans la couleur, le maniement du pinceau et la composition, sont de cette nouvelle génération tant attaquée... »
Le Salon de 1824, où d'autre part Delacroix exposait le Massacre de Scio , son second début devant le grand public, marque vraiment le point de départ de la révolu-
XXXIl JOHN CONSTABLE
tion d'où allait surgir le nouveau paysage, emprunté celuilà, au « royaume de Dieu », non plus au magasin d'accessoires. Les contemporains en sentirent bien l'importance : tel critique y consacre jusqu'à douze articles et en prolonge pendant des mois le compte rendu dans le feuilleton artistique de son journal.
On sait qu'en dépit de l'hostilité de la gent officielle, le roi décerna une médaille d'or à Constable.
Jal, le salonnier, déclare que les toiles de Constable « troublaient le repos de tous les paysagistes ».
De l'effet foudroyant produit par l'ouverture soudaine d'une fenêtre et l'irruption d'un flot d'air pur dans le grenier de l'art classique, clos depuis une génération, nous possédons d'autres preuves que les commentaires abondants de la presse. La plus forte est peut-être celle-ci : « Le voile fut déchiré pour eux, écrit Frédéric Villot, lorsque Constable parut au Louvre en 1824. M. Delacroix, qui avait été à même de voir ses paysages avant l'exposition, frappé de leur éclat et de leur texture, pour nous servir de l'expression de l'article anglais, rentré dans son atelier, reprend son Massacre de Scio presque terminé, empâte ses lumières, introduit de riches demi-teintes, donne par des glacis de la transparence aux ombres, fait circuler le sang et palpiter la chair.»
Delacroix lui-même, dans une lettre à Théophile Silvestre, reconnaît hautement l'influence exercée par l'artiste anglais, en dehors même des paysagistes : « Constable est une des gloires anglaises. C'est un véritable réformateur, sorti de l'ornière des paysagistes anciens. Notre école a grandement profité de ses exemples et Géricault était revenu tout étourdi de l'un des srrands