‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 19 sur 77 · INTRODUCTION - XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION - XXXV

demi auparavant, c'était l'exemple de Luther qui avait déterminé les timides premiers apôtres de la Réforme française. Nous sommes, on le voit, au moins aussi coutumiers de l'emprunt que du prêt. N'est-ce pas là, soit dit en passant, un argument d'une singulière puissance en faveur d'un internationalisme fort et fécondant, dont seuls les faibles et les médiocres peuvent pâtir ?

Plus tard les résultats apparurent de la commotion subie en 1824 par les néophytes du paysage. Le Salon de 1827 vint renouveler les premières impressions : les peintres anglais y réapparaissent, parmi lesquels William Reynolds (1), le graveur, qui était aussi un admirable peintre dont Paul Huet, nous l'avons vu, a subi l'influence. Parmi les Français, il y a Decamps, Huet et Corot qui débute, représenté par un paysage d'Italie où se reflète l'enseignement de son maître Berlin.

Ce n'est toutefois qu'après 1830 que vinrent à se manifester les protagonistes du nouveau paysage. Le Salon fut interrompu pendant trois ans ; cette période de repos et d'isolement fut féconde. Les débuts s'échelonnent à des dates rapprochées. Théodore Rousseau dont les premièi'es études d'après nature remontent à 1826 ou 1827, apparaît au Salon de 1831, en compagnie de Camille Fiers, Jules Dupré, Diaz. Troyon ne vint qu'en 1833. Les autres suivirent quand leur temps fut venu.

De toute la glorieuse pléiade. Constant Troyon est le seul qui parfois nous rappelle Constable. Je ne puis admirer certaines toiles de ce peintre inégal mais de forte

1. Le musée de Chantilly possède un délicieux tableautin de cet artiste.

encolure, par exemple le Retour k la Ferme et la Renconlre des Troupeaux du Louvre, sans évoquer le maître de Bergholt. Peut-être n'est-ce là qu'une impression personnelle et l'analogie ne saurait, en tous cas, être exagérée. C'est l'aspect robuste et vivant, la texture, la santé, le relief, la luminosité de l'art de Constable que Troyon, si pénétré de vie agreste, si proche des existences animales, a su quelquefois atteindre en ses chefs-d'œuvre où s'affirme un art puissant et large, d'une réelle chaleur de vie.

L'un des maîtres de paysage moderne s'est d'autre part tenu complètement à l'écart du mouvement dont Constable fut l'initiateur. Je veux parler de Corot, le solitaire, l'ennemi des révolutions et des outrances. Celui-là s'est insensiblement et sans rupture détaché de la tradition classique dont il suça le lait, pour réaliser en son époque de plénitude, loin de la bataille romantique, cet art merveilleusement intime, lin, tendre, pénétrant, qui constitue l'un des traits définitifs de la peinture. Il partait pour l'Italie lorsque furent exposés les Constable de 18:2 i. Qu'il les ait vus ou non, peu importe. Il semble bien que cet art, qui enthousiasmait les Paul Huet et les Delacroix, n'eut aucune influence directe ou indirecte sur lui.

D'ailleurs ce n'est pas tel artiste en particulier qu'influença l'art de Constable — si ce n'est Paul Huet — mais le mouvement pris dans son ensemble, dont il a déterminé l'orientation et décidé le départ. Une part de son âme ardente est passée dans l'art du xix^ siècle et l'a fécondé, élargi, animé. L'élan communiqué, les individualités ont jailli, diverses, indépendantes, livrées à leur seul tempérament. La variété que manifeste la phalange admirable des paysagistes de 1830 prouve leur richesse d'émotion devant la nature. Ce qui importait foncièrement c'était l'affirmation, par des œuvres, d'une conception nouvelle

ont l'art allait se nourrir : la franche acceptation de la

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