‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 20 sur 77 · INTRODUCTION - XXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION - XXXVII

nature dans sa rudesse, sa crudité, sa diversité, ses disharmonies qui n'apparaissent inesthétiques qu'à l'esprit froid et mesquin, son énorme réalité enfin, toujours supérieure aux préconceptions.

Constable n'a pas été seulement l'éveilleur d'une génération de paysagistes. Son initiative commande de loin les plus modernes réalisations d'art et tout « le mouvement naturaliste moderne dont il fut le pionnier » dans le le paysage, selon l'expression de M. C. J. Holmes. L'une des préoccupations maîtresses de Constable fut celle de la solidarité de l'œuvre, si je puis ainsi dire, de la vérité de l'effet, du rendu de l'atmosphère. On connaîtra, aux pages qui suivent, ce qu'il entendait par le clair obscur. Aucun sacrifice ne lui coûtait, dans l'exécution de l'œuvre d'art, pour en augmenter la lumière. N'est-ce pas là le principe qui domine tout le paysage contemporain? La liberté du métier de Constable apparaît parfois stupéfiante pour l'époque. Sa touche fougueuse, sa hardiesse à manier la pâte, ses audaces de couleur, l'inteusité de ses rendus le démontrent tout proche de nous, en dépit du siècle bientôt révolu.

Plus particulièrement Constable se présente à nous comme de loin l'annonciateur — en même temps que Turner, son contemporain et son rival — de l'art impressionniste. Telles de ses toiles, la Cathédrale de Salisbury vue des Prairies, V Ouverture du Pont de Waterloo, sont révélateurs à ce point de vue. Le Pont de Waterloo surtout, dont la première esquisse date de 1824 et qui lui donna tant d'angoisses, qui le fit passer par des alternatives de crainte et d'espoir, jusqu'à sa définitive réalisation en 1832, me paraît contenir en germe tout un monde. C'était là une œuvre tellement future, tellement prodigieuse que le peintre lui-même ne parvint pas complètement à la dominer. Elle lui échappait toujours. A plus forte raison elle

échappa totalement à la compréhension du public et des artistes d'alors, qui n'y virent que grossièreté et incohérence, bien qu'elle ait étonné profondément des esprits sérieux tels que de Wint et Leslie, Telle qu'elle est, avec son extraordinaire luminosité, l'intensité moderne de son effet, elle apparaît la plus complète réalisation du but obstinément poursuivi par Gonstable, d'obtenir malgré tout, la clarté et la fraîcheur. Elle demeure pour prouver jusqu'à quel point il fut un précurseur.

En réalité Gonstable occupe une place exceptionnelle et prédominante, à la tête de tout le paysage du xix" siècle qu'il annonce, résume ou contient virtuellement dans ses évolutions successives : romantisme, naturalisme, impressionnisme. Il est une des grandes individualités signilicatives de l'art, le point de départ d'une évolution.

Je n'oublie pas, — comme on pourrait le craindre au nombre peut-être excessif de ces pages liminaires — que mon rôle de simple traducteur m'invite à la modestie. Je prie qu'on me pardonne ces notes, qui n'émanent pas d'un critique d'art, mais au cours desquelles je me suis efforcé de traduire certaines des impressions subies devant une œuvre et au contact d'un homme ardemment aimés, de faire partager l'émotion d'une vie d'artiste en provoquant le désir de nouer plus intime connaissance avec son art. Je serais désolé de paraître ici « découvrir » Gonstable.

Je préfère, en terminant, invoquer l'opinion de quelques dignes juges. Les fragments ici réunis corroborent les pages qui précèdent et tressent autour du grand nom de Gonstable la guirlande d'hommages que lui doivent les artistes français.

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