INTRODUCTION . XLIII
Et c'est pour ce mérite essentiel que je suis prêt à pardonner au biographe la pauvreté de ses commentaires esthétiques, sa rédaction parfois bizarre. Ecrit avec plus de prétention, ce livre eût été moins valable. L'important pour nous est de posséder les lettres mêmes de l'artiste, où l'on trouvera quelques déclarations d'une importance fondamentale.
J'ai estimé qu'il était aussi intéressant et plus sincère de présenter ces simples pages authentiques qui conduisent le lecteur français à la source même de tous les documents concernant l'artiste que d'offrir une compilation ou de multiplier les pages de littérature autour de son oeuvre. J'ai conscience d'offrir ainsi un travail plus honnête et plus fécond, bien qu'inglorieux. Il y a toujours place d'ailleurs pour une étude purement technique et critique. En attendant nous connaîtrons l'homme.
Toute biographie n'est qu'extérieure : la vraie histoire d'un artiste, sa vie profonde, le coeur de son coeur c'est dans ses œuvres qu'il faut la chercher.
Je n'ajouterai qu'un mot touchant cette traduction, pour laquelle je me suis servi de la seconde édition de Memoirs of the Life of John Constable, Esq. R. A. Composée! chiefly of his Lelters, by C. R. Leslie. R. A. — London. i 845. Longman, Brotvn, Green and Longmans.
Bien que résolument ennemi des coupures dans une œuvre traduite, j'ai été contraint, en raison même du caractère de l'œuvre de Leslie, de supprimer certains passages oiseux, absolument étrangers au sujet. Par suite de ces suppressions, j'ai dû, tout en respectant la division des chapitres — sauf en un seul cas — remplacer l'en-tête par un titre plus synthétique.
Deux ouvrages sur Constable ont dernièrement paru en Angleterre, et ceci prouve combien grandit l'intérêt qui s'attache au fondateur du paysagisme moderne. Celui de M. C. J. Holmes (Constable and his influence on Landscape Painling. — Westminster. Archibald Constable and Co. 1902) énorme et luxueux, est conçu dans un esprit critique, c'est-à-dire selon une méthode tout à fait différente de celle de Leslie. Il dénote un haut sens d'art et une forte érudition. Le second, dû à Lord Windsor {John Constable R. A, — London. The Walter Scott Publishing Go. 1903) est d'un cadre plus modeste. C'est un excellent résumé de la vie de l'artiste et il contient certains documents que Leslie n'a pas utilisés. De ces deux ouvrages j'ai extrait la matière de quelques notes qui complètent et parfois corrigent le texte de Leslie. J'ai aussi ajouté, comme appendice, un catalogue résumé de l'œuvre du maître.
Je regrette extrêmement que pour des raisons indépendantes de mon vouloir — vu la nécessité notamment d'adopter un format accessible à tous et le souci d'écarter les reproductions vulgaires qui, dans le cas d'un artiste aussi particulier que Constable, trahissent plus qu'elles ne renseignent — ce volume paraisse sans illustrations.
A tous ceux qu'ont attirés les quelques spécimens de l'art de Constable que possèdent le Louvre et les collections particulières ou qui purent, à Londres, en admirer la part la plus considérable, à ceux également qui l'ignorent mais qui aiment d'instinct l'art original, autochtone et vivant, expression adéquate de la nature, pénétrée et non défigurée par le génie de l'homme sincère, je transmets ce document où ils trouveront, non pas un travail de haute critique, mais l'image réelle d'un artiste qui s'offre à nous dans la candeur admirable de sa vie.
LÉON Bazalgette.