‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 24 sur 77 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

AST Bergholt, ou coiTimo veut dire le mot saxon dont il dérive, Coteau Boisé, est mentionné de la façon suivante daus les Beautés de l'Angleterre et du Pays de Galles : « .... Au sud de l'église est Old Hall, le château, résidence de M. Peter Godfrey, qui, avec les liahitations du Recteur, le Révérend D"^ Rhudde, de M'"" Roberts et de M. Golding Constable, donne à ce lieu un aspect bien supérieur à celui de la plupart des villages. » Il est agréablement situé dans la partie la plus cultivée du Sufîolk, à un endroit qui domine la fertile vallée de la Stour, rivière qui sépare au sud ce comté de celui d'Essex. La beauté du paysage d'alentour, ses pentes douces, ses luxuriantes prairies parsemées de troupeaux et de bestiaux, ses coteaux bien cultivés, ses bois et ses rivières, avec ses nombreux villages et ses églises dispersés çà et là, ses fermes et ses pittoresques chaumières, tout communique à cet endroit par-

ticulier un charme et une élégance qu'on ne trouverait pas facilement ailleurs. »

Cette description est celle que fait Constable des « paysages de son enfance » qui, comme il aimait à le dire, « firent de lui un peintre ». C'est parmi eux qu'il choisit la plupart des sujets dus à son pinceau. Le frontispice du Paysage Anglais, une série de gravures publiées par lui sur le tard, est exécuté d'après un croquis de la maison où il est né, et le passage que j'ai cité accompagne la planche. Craignant d'avoir trop dit, et ne voulant cependant pas dire moins, il ajoute : « Il se peut que l'auteur, avec une affection exagérée pour ces paysages les estime trop haut et qu'il s'y soit arrêté trop exclusivement. »

Ses ancêtres étaient du comté de York, où le nom est fréquent. Son arrière-grand-père, Hugh Constable, vint en Suffolk et s'établit comme fermier à Bures, sur la limite qui sépare ce comté de celui d'Essex. Golding Constable, le père de l'artiste, reçut en héritage d'un riche oncle qui navait pas d'enfant un bien considérable, comprenant le moulin à eau de Flatford ; il acheta dans la suite un moulin à eau à Dedham et deux moulins à vent dans le voisinage de East Bergholt. Il bâtit à ce dernier endroit la maison dont il a été parlé et où il vint habiter dans l'année 1774; ayant avant cette époque épousé M''" Ann Watts, qui augmenta sa fortune, mais davantage son bonheur, car elle possédait à un haut degré les vertus les mieux appropriées à la vie d'intérieur.

Trois fils et trois filles naquirent de ce mariage. John Constable, le second fils, naquit le 11 juin 1776 et fut baptisé le même jour, car on ne croyait pas qu'il vivrait. Il devint pourtant un enfant vigoureux et sain, qui, à sept ans, fut mis dans un pensionnat à six lieues environ de Bergholt. Il en fut ensuite retiré pour être placé dans une école à Lavenham, dont le maître, étant amoureux-

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confiait le soin de ses élèves à un maître d'étude qui les fouettait d'une façon si barbare que tous le haïssaient ; et Constable se promit à lui-même de lui rembourser en nature sa part du châtiment, si, comme hommes, lui et le tyran se rencontraient un jour, — résolution qu'il était bien propre à mettre en pratique, à moins que le maître d'étude eût été un homme d'une force personnelle peu commune.

Il quitta Lavenham pour le collège du Révérend D"" Grirnwood, à Dedham, où il rencontra un maître indulgent, dont il devint l'élève préféré. Le D"" Grimwood avait assez de pénétration pour découvrir qu'il était un enfant de génie, bien qu'en fait de progrès dans ses études il ne fût pas remarquable, la seule chose où il excellait étant la calligraphie.

Il acquit cependant une certaine connaissance du latin, et prit ensuite des leçons particulières de français, où il fit moins de progrès. Il avait en ce temps seize ou dix-sept ans, et il était devenu amoureux de peinture avec ferveur. Pendant ses leçons de français il survenait fréquemment une longue pause, que son maître était le premier à rompre, en disant : « Continuez, je ne dors pas: Ah, je vois, vous êtes dans votre atelier de peinture! »

Mais son atelier n'était pas sous le toit paternel. Il avait contracté une étroite alliance avec la seule personne du village qui eût quelque amour de l'art ou quelques prétentions à la qualité d'artiste, John Dunthorne, un plombier-vitrier, qui habitait une maisonnette auprès de la porte de la demeure de Golding Constable. M. Dunthorne possédait plus d'intelligence qu'on en trouve ordinairement parmi les gens de sa classe ; en ce temps-là il consacrait tous les loisirs que lui laissait son métier à faire des paysages d'après nature, et Constable devint le compagnon fidèle de ses études. Golding Constable ne voyait

pas d'un trop mauvais œil cette intimité, bien qu'il fût peu disposé à ce que son fils devînt un artiste de métier, et Constable s'essayait soit en plein air, soit dans la petite maison de son ami, soit dans une chambre qu'il louait dans le village.

L'opposition de son père au choix d'une profession dans laquelle il est impossible, d'après les premiers essais, de prédire avec quelque certitude qu'on y excellera plus tard et qui, même lorsqu'on y excelle, est moins sûre que beaucoup d'autres carrières en vue de s'assurer de quoi vivre, ne prouvait pas un manque d'affection ni de prévision. Il aurait voulu préparer son fils pour l'Eglise, mais voyant qu'il n'avait pas de goût pour les études nécessaires, il résolut d'en faire un meunier. Pendant un an environ Constable travailla dans les moulins de son père, s'acquittant d'une façon soigneuse et satisfaisante de ses devoirs. Il était remarquable parmi les jeunes gens du village pour sa force musculaire, et comme il était grand et bien proportionné, de bonne mine, avec un teint frais et de beaux yeux noirs, son chapeau et son habit blancs ne lui étaient pas messéants, et on l'appelait dans le pays le « beau meunier ».

Le moulin à vent représenté dans une gravure d'après une de ses études et intitulée Printemps, est un de ceux où il travailla ; et le croquis de celui-ci, avec le nom de « John Constable, 1792 » très soigneusement et proprement gravé par lui avec un canif, subsiste encore sur une des poutres de la charpente. Il lui fut très utile dans sa vie postérieure d'être familiarisé avec la pittoresque machinerie des moulins à vent et à eau. Son frère cadet, M. Abram Constable, me disait : « Quand je regarde un moulin peint par John, je vois qu'il tournera, ce qui n'est pas toujours le cas pour ceux des autres artistes. » Le meunier d'un moulin à vent surveille avec un intérêt spé-

cial toutes les variations du ciel ; et d'après la description par Gonstable de cette planche, il apparaîtra que le temps passé par lui comme meunier ne fut pas entièrement perdu pour le peintre.

« Cette planche, dit-il, peut donner peut-être quelque idée de l'un de ces jours de printemps brillants et argentés, lorsque à midi de grands nuages éclatants chargés de grêle ou de grésil balayent de leurs larges ombres les champs, les bois et les collines, et que par leur épaisseur ils rehaussent la valeur des verts et des jaunes vifs si particuliers à cette saison. L'histoire naturelle des cieux, si on peut se servir de cette expression, qui sont à ce moment de l'année si particulièrement caractérisés par les averses de grêle, est celle-ci : Les nuages s'accumulent en très larges masses, et par suite de leur élévation semblent ne se mouvoir que lentement : sur ces grands nuages apparaissent immédiatement de nombreux morceaux opaques qui ne sont que de petits nuages passant rapidement devant eux et qui sont faits de fragments isolés probablement détachés des plus grands. Il se peut que ceux-ci flottant beaucoup plus près de la terre, rencontrent un plus fort courant de vent, qui aussi bien que leur légèreté relative les fait se mouvoir avec une plus grande rapidité ; c'est pourquoi les meuniers et les marins les nomment Messagers et toujours ils annoncent du mauvais temps. Ils flottent à mi-hauteur dans ce qu'on pourrait nommer les chemins des nuages, et d'être situés ainsi ils demeurent presque uniformément dans l'ombre, ne recevant du ciel bleu clair immédiatement au-dessus d'eux qu'une lumière réfléchie. En passant sur les parties brillantes des grands nuages, ils paraissent noirs ; mais en passant sur les parties obscures, ils prennent une teinte grise, pâle ou jaunâtre. »

M"° Gonstable procura à son fils une introduction pour

Sir George Beaumont qui faisait fréquemment visite à sa mère, la douairière Lady Beaumont, demeurant alors à Dedham. Sir George avait vu quelques copies à la plume faites par Constable d'après les gravures des cartons de Raphaël par Dorigny et en avait exprimé son plaisir; et chez la douairière Lady Beaumont, le jeune artiste vit pour la première fois un tableau de Claude Lorrain, VAgar (1) que Sir George emportait souvent avec lui en voyage. Plus tard Constable regardait la première vue de cette œuvre exquise comme une date importante de sa vie (2). Mais ce qui influence le plus le goût d'un jeune artiste c'est toujours l'art contemporain. Sir George Beaumont possédait à peu près trente aquarelles de Girtin, qu'il conseilla à Constable d'étudier comme exemples de grande largeur et vérité ; et les traces de leur influence sur lui peuvent être plus ou moins suivies à travers tout le cours de sa carrière. Les premières impressions d'un artiste, que ce soit pour le bien ou pour le mal, ne s'effacent jamais complètement, et comme Constable n'avait eu jusque-là aucune occasion de voir des tableaux sur lesquels il pût s'appuyer et qu'il pût prendre pour gui-

1. Ce petit trésor est maintenant à la National Gallcry, où il est intitulé L'Annonciation : mais la fontaine auprès de laquelle la femme est assise et le geste de l'ange qui montre les édifices dans le lointain ne permettent guère de douter que l'intention de Claude Lorrain ait été de représenter Agar fuyant pour la première fois la présence de sa maîtresse.

2. « La plus ancienne œuvre de lui que j'aie vue est une Etude d'après Claude Lorrain, assez faiblement et timidement exécutée à la sépia, et datée de 1795. L'influence de Girtin n'apparaît dans son œuvre quu quelques années plus tard et pendant un certain temps la tendance artistique de l'esprit du jeune homme fut quelque peu indécise. » C. J. Holmes: Constable and his influence on Landscape Paintinri,

des dans l'étude de la nature, cela fut heureux pour lui qu'il commençât avec Claude Lorrain et Girtin (1).

En 1795 son père consentit à ce qu'il visitât Londres, dans le but de s'assurer quelles pourraient être ses chances de succès comme peintre, et Priscilla Wakefield lui fournit à cette occasion une lettre d'introduction pour Farrington dont il devint, a-t-on dit, l'élève. Mais cela ne fut pas, bien que sans doute il reçut nombre d'indications précieuses d'un paysagiste qui, sans être un homme de génie, possédait beaucoup de bon sens et qui pouvait lui raconter beaucoup de choses de la carrière de Wilson. Farrington prédit que Constable excellerait plus tard et dit, dans les débuts de leur connaissance, que le style de son paysage formerait un jour « un trait distinctif dans l'art. »

Peu de temps après son arrivée à Londres, Constable fit la connaissance de John Thomas Smith, connu alors comme habile dessinateur, graveur et antiquaire local, et

1. «Chez Girtin une grande part du sentiment profond de Cozens se combinait avec cette largeur d'esprit et cette aisance heureuse d'expression qu'on ne trouve que chez les plus grands maîtres. En dépit de la maladie, il exécuta pendant sa courte vie (Girtin n'avait que 27 ans lorsqu'il mourut) un grand nombre de dessins dune qualité très haute ; si haute, en efTet, que le mot de Turner, « Si Girtin avait vécu, je serais mort de faim », ne semble pas un compliment vide à la mémoire de son camarade mort. Turner, dans la deuxième partie de sa vie, devint un peintre étonnamment original et éclatant dans la peinture à l'huile et dans l'aquarelle, mais pendant le temps qu'il travailla côte à côte avec Girtin il ne peut y avoir de doute quant à celui des deux qui était l'homme supérieur.

« Dans la multitude des effets qu'il obtient par les méthodes les plus simples et les plus directes, dans l'étendue et l'intensité de sa sympathie pour la nature, dans sa maîtrise du pinceau, dans la vérité, la richesse et l'harmonie de sa couleur, aussi bien que dans la dignité massive de son dessin, Girtin n'est presque jamais inférieur à son contemporain et le surpasse assez fréquemm<;nt. » C. J. Holmes, loc. cit.

depuis plus généralement, — je ne puis dire mieux — , connu comme l'auteur de la Vie de Nollekins. Les relations de Constable avec « Smith T Antiquaire », comme on l'appelait, tendirent sans doute à fortifier cet amour des choses locales qui avait une telle importance dans son art, s'il n'en était pas vraiment la base; et on peut bien supposer, d'après le spécimen suivant, que les conseils qu'il recevait de son nouvel ami étaient en général bons: « Ne vous mettez pas à inventer des figures pour un paysage fait d'après nature ; vous ne pouvez en effet rester une heure en quelque endroit que ce soit, fût-il solitaire, sans qu'apparaisse quelque être vivant qui a toutes les chances de mieux s'harmoniser avec la scène et le moment du jour que n'importe quelle invention de votre cru. » Souvent, en nous promenant ensemble, Cons" table saisissait l'occasion de faire remarquer, d'après ce que nous voyions, le bon sens des conseils de Smith.

Constable maintenant divisait son temps entre Londres et Bergholt; et les passages suivants des lettres qu'il écrivit de la campagne à Smith montrent ce que furent quelques-unes de ses occupations pendant les deux années qui suivirent. « "27 octobre 1796. Comme maintenant les soirées sont longues, je trouve un grand plaisir à lire les livres que j'ai apportés à la maison avec moi, particulièrement Léonard de Vinci et le Comte Algarotti. Je vous serais reconnaissant, quand vous ferez le paquet dont j'ai parlé, de vouloir bien y ajouter VEssai sur le Paysage de Gessner. Je consacre toutes mes soirées à l'étude de l'anatomie. » « 16 janvier 1797. Vous me flattez grandement au sujet de mes Chaumières et je suis content que vous en ayez trouvé une ou deux dignes de votre burin (1),

1. Smith publiait alors une, série à leau-lorle de chaumières pittoresques et quelques-unes des lettres de Constable à lui adressées contenaient des esquisses de chaumières.

Je VOUS suis reconnaissant des indications que vous m'avez envoyées pour la gravure à l'eau-forte, mais ce n'était pas là exactement ce que je voulais. C'est dans la façon de faire mordre que je suis faible, je le crains. J'ai copié dernièrement la grande bataille de Tempesta et peint deux petits tableaux à l'huile, un Chimiste et un Alchimiste, dont je suis principalement redevable à notre immortel barde. Vous vous souvenez du récit que fait Roméo de la boutique d'un apothicaire. J'ai bien envie de copier une des eaux-fortes de Ruysdael. J'en ai vu une chez vous où il y a deux arbres dont le pied est dans l'eau, et il y en a une que votre père a copiée : j'aimerais beaucoup l'une ou l'autre, mais elles sont rares et chères, peut-être n'aimerez-vous pas les confier; si vous ne voulez pas, envoyez-moi n'importe quelles autres. Je voudrais savoir s'il m'est possible de tirer moi-même les épreuves des planches. »

Les petits tableaux du Chimiste et de V Alchimiste mentionnés dans cette lettre ont très peu de mérite. Constable avait probablement une intention morale en opposant l'alchimiste en haillons et dans la misère au chimiste qui est propre et dans le bien-être ; mais s'il n'avait jusque-là produit rien de mieux, il n'est pas surprenant que ses tentatives aient été considérées par ses amis sous le môme jour que celles de son alchimiste. Il dit dans une lettre à Smith, datée du 2 mars 1797: « Je dois maintenant suivre vos conseils et m'occuper des affaires de mon père, car nous allons probablement perdre bientôt un vieux serviteur (notre employé) qui est avec nous depuis dix-huit ans: et maintenant je vois clairement que ce sera mon lot de cheminer dans l'existence en un sentier contraire à celui où me voudrait conduire mon inclination, » La lettre suivante est de M"^o Constable à Smith: «: East Bergholt, octobre 1797. Cher monsieur, J'ai eu grand plaisir à recevoir une lettre

d'aussi chaude recommandation pour mon fils John que l'est la vôtre du 29 du mois dernier. J'espère bien que sa conduite future méritera toujours la faveur de votre amitié que je sais qu'il estime hautement. Permettez-moi de vous affirmer, que si vous connaissiez intimement son père, vous ne vous étonneriez pas qu'il ait un si digne fils. Nous comptons sur la satisfaction de voir John à la maison dans huit ou dix jours, visite que j'attends avec l'espoir qu'il se mettra aux affaires, par quoi il satisfera son père et, s'assurera la considération et le bien-être. »

Je ne sais pas combien de temps Gonstable fut employé dans le bureau de son père; mais en 1799 il avait repris le pinceau, pour ne plus jamaisl'abandonnerrjele trouvealors écrivant en ces termes à Dunthorne : « Londres, 4 février 1799. Je suis admis ce matin comme élève à F Académie Royale; la figure que j'ai dessinée pour l'admission était le Torse. Je suis maintenant confortablement installé dans Cecil Street, Strand, n° 23. Je commencerai à peindre aussitôt qu'on m'aura prêté un charmant petit tableau de Jacob Ruysdael pour le copier. Depuis que je suis en ville j'en ai vu quelques-uns de lui remarquablement beaux: en vérité je ne l'avais pas encore vu ; pourtant ne croyez pas pour cela que je sois dégoûté du mien dont j'ai vu une gravure du même format et en sens inverse. Je n'aurai pas grand'chose à vous montrer à mon retour, car je vois que mon temps sera plutôt employé à voir qu'à peindre. J'espère qu'à ce moment les arbres auront des feuilles, je serai alors plus à même de m'y attaquer que je ne l'étais l'été dernier. Tout le temps que vous pouvez sans dérangement distraire de votre travail peut être passé de cette façon heureuse, profitable il se peut, en tous cas innocente L'ami de Smith, X... a abandonné la peinture, au moins pour le moment. Il consacre tout son temps et toute ses pensées à exhiber une ^vieille tête jaune et

moisie avec une pointe de lance dedans, qu'il déclare être la véritable tète embaumée d'Olivier Cromwell ! Où il l'a prise, je n'en sais rien ; on peut la voir dans Bond Street pour trois francs d'entrée. Gomment va le mannequin ?(1) J'espère le voir fini quand je reviendrai, en même temps que les dessins de vous d'après nature. »

Je n'ai vu aucune étude d'après l'antique faite par Constable à l'Académie Royale, mais beaucoup de dessins au crayon et de tableaux à l'huile d'après le modèle vivant, qui tous ont une grande largeur de lumière et d'ombre, bien que le dessin en soit parfois défectueux.

Il écrit le 18 août d'Ipswich à Smith : « Je crois que je resterai ici une quinzaine de plus. C'est un pays absolument ravissant pour un peintre. Je m'imagine voir Gainsborough dans chaque haie et dans chaque arbre creux. » (2)

Dans une lettre écrite de Londres à Dunthorne, sans date, mais probablement écrite l'hiver de cette année, Constable dit : « Je peins avec toute la lumière que nous avons, et c'est assez peu... J'emploie mes soirées à faire des dessins et à lire, et j'espère arriver avec ceux-ci à payer mon loyer. Si je le puis je serai très heureux. Notre ami Smith m'a offert de prendre n'importe quels tableaux de moi dans sa boutique pour les vendre. Il est content de voir que je suis raisonnable dans mes prix. »

Dans une autre lettre sans date, au même correspondant, il dit : « J'ai copié un petit paysage de A. Caracci et

1. M. Dunthorne, qui était un homme do beaucoup d'habileté, avait entrepris de faire un mannequin.

2. Gainsborough était oi'iginaire delà limite suddu Suffolk. Il naquit à Sudburj^à environ vingt-deux kilomètres de Bergholt ; et ses premières études furent empruntées, comme celles de Constable, au paysage pastoral de la Stour. Avant de s'établir à Londres, il vécut quelque temps à Ipswich.

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deux Wilson, et j'ai fait quelques petites choses de moi. J'ai commencé également à copier un très beau tableau de Ruysdael que M. Reinagle et moi avons acheté en commun pour dix-sept cents francs... J'espère vous voir au printemps quand les coucous auront ramassé toute la saleté. Chaque beau jour me donne une envie folle de faire une promenade dans le communal... J'ai complètement fini ma copie de Ruysdael excepté le vernis, qui ne peut être mis avant que le tableau soit sec. Il a rôti au soleil ces deux ou trois derniers jours. J'espère demain avancer ma copie du petit Claude Lorrain de Sir George Beaumont (1). Je resterai en ville la meilleure partie de l'été. Je vois qu'il est vraiment nécessaire de bûcher la copie encore quelque temps, pour acquérir de la pratique. Plus j'acquiers de facilité d'exécution, plus je trouverai de plaisir dans mon art ; sans la puissance d'exécution, je serais continuellement embarrassé, et ce serait une entrave pour moi. Ce beau temps me rend presque mélancolique ; il me rappelle si puissamment tous les paysages que nous avons visités et dessinés ensemble. J'adore chaque barrière, chaque vieux tronc, et chaque chemin du village, tellement sont enracinées profond les premières impressions. » Dans une lettre probablement postérieure à celle-ci, il dit : « Ma visite aux Whalley (2) m'a fait énormément de bien. La régularité et le bon exemple en toute chose, que j'avais l'occasion de voir comme choses pratiquées (non pas seulement dont on parle), pendant mon séjour dans cette famille chère, me seront utiles, j'en suis sûr, aussi longtemps que je vivrai. Je sens que mon esprit est beaucoup plus ferme et décidé ; et cette fois-ci depuis que je suis en ville, j'ai acquis, à un point consi-

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