M""» Whalley était la seconde sœur de Constable
dérable, ce que j'avais si longtemps et si ardemment désiré, la patience dans la poursuite de ma profession. Je sais très peu de ce qui se passe dans le monde des arts, mais j'ai mes entrées libres à la galerie de tableaux de M. Bryan, où il y a quelques belles œuvres, en particulier des paysages de Gaspar Poussin ; j'y vais au moins une fois par semaine. »
« (Mois illisible), 1800. Cher Dunthorne, me voici tout seul parmi les chênes et les solitudes d'Helmingham Park. J'ai pris tranquillement possession du presbytère, que j'ai trouvé vide. Une femme vient de la ferme, où je mange, pour faire mon lit, et j'ai toute liberté d'errer où il me plaît pendant la journée. Il y a abondance de beaux arbres de toutes les espèces, et le parc en somme offre de bons sujets plutôt que de beaux paysages. Mais je ne puis guère juger encore ce que je pourrais avoir à vous montrer. J'ai fait un ou deux dessins qui peuvent ôtre utiles. »
Deux de ces dessins, datés du 23 et du 24 juillet, sont en ma possession ; quoique de peu d'importance et simplement en blanc et noir, ils montrent qu'à cette époque il possédait le sens vrai du beau dans la composition. En 1801, un de ses carnets d'esquisses nous apprend qu'il visita le comté de Derby. Les esquisses qu'il en rapporta sont comme celles qu'il fit à Helmingham, superficielles et nullement caractéristiques. Elles sont au lavis d'une seule teinte et ne montrent aucun effort pour réaliser le superbe fini ou la vigueur de clair obscur de ses études postérieures (1).
1. « Ces études faites dans le comté de Derby en 1801, indiquent qu'il avait alors commencé à apprécier Girtin, et l'influence do ce maître magnifique se marque d'une manière croissante pendant les années suivantes. Quoiqu'elles n'aient pas la force et la richesse de contraste de ses œuvres de maturité, ces esquisses légères font preuve d'une maîtrise de dessin et de composition qui sont des traits carac-
« 1801. Cher Dunthorne,... J'ai pris trois pièces dans une très confortable maison, 50, Rathbone Place. La plus grande pièce a trois fenêtres sur le devant. J'en ferai mon atelier; je reçois la lumière de la partie supérieure de la fenêtre du milieu, et de cette manière, j'aurai mon chevalet dans une bonne position. J'espère pouvoir m'isoler davantage que je ne l'ai fait les premiers temps à Londres, J'ai été parmi mes anciennes connaissances du monde de l'art et je suis suffisamment dégoûté entre nous de leur froide camelote. Plus ils couvrent de toile, plus ils découvrent leur ignorance et leur manque total de sentiment... J'ai vu X... deux fois. Il a peint un paysage, Dedham, d'après l'esquisse qu'il prit de chez M"'"" Robert. Il appelle cela son meilleur tableau. C'est très bien dessiné et il y a beaucoup de lumière sans qu'il y ait la moindre lumière.
« Rathbone Place, 8 janvier 1802. Cher Dunthorne,.... Il y a environ quinze jours, je comptais si entièrement faire une visite immédiate à Bergholt que je différai d écrire. Je ne savais rien alors des conférences d'anatomie (1) que je suis à présent et qui seront terminées dans huit ou dix jours environ. Je suis tellement plus intéressé par cette étude que je ne m'y attendais, et je sens
tcristiques absolument nouveaux dans l'œuvre de Constable, et montrent qu'il était enfin venu à bout des difficultés initiales de son art. Une ou deux études à l'huile faites au cours de cette excursion prouvent qu'il était déjà capable de rompre avec la tradition et de peindre le paysage avec des couleurs naturelles, bien que cet effort ne fûtôvidemment rien plus qu'une expérience. » C. J. Holmes, loc. cit.
1. Faites par M. Brookes à son amphithéâtre d'anatomie. Très libéralement M. Brookes accordait aux élèves de lAcadémie Royale l'entrée libre à ces conférences et à sa salle de dissection. Un grand nombre de très beaux et très exacts dessins coloriés, d'un grand format, faits à ce moment par Constable, d'après les dissections, témoignent de l'intérêt avec lequel il poursuivait l'étude de lanatomie.
que mon esprit s'en est d'une manière générale si élargi, que je me félicite d'avoir été assez heureux pour assister à ces conférences. A l'exception de l'Astronomie, dont je connais peu, je crois qu'il n'y a pas d'étude qui soit réellement aussi sublime ni qui contribue davantage à porter l'esprit vers l'Architecte Divin...
« J'ai encore fait peu de chose comme peinture depuis que je suis en ville. La copie d'un portrait et un fonds de paysage à un bœuf pour Miss Linwood sont tout ce que j'ai fait. Je n'ai pas le temps de dire la moitié de ce que je voudrais au sujet de mon excursion dans le comté de Derby, par conséquent je n'en dirai rien. »
En 1802, le nom de Conslable apparut pour la première fois comme exposant dans le catalogue de l'exposition de l'Académie Royale ; le tableau était simplement appelé Paysage. Cependant, je pense qu'il est bien possible qu'il ait envoyé pour l'exposition de 1800 ou de 1801, ou pour les deux, des tableaux qui furent refusés ; car dans une lettre apparemment écrite pendant l'hiver de 179'.), il dit qu'il prépare quelque petite chose pour l'exposition.
Ceux de mes frères les artistes qui se rappellent l'Académie il y a vingt ans, n'auront pasoubhé Samuel Strowger, le plus harmonique des modèles de l'École d'après le Modèle Vivant et le meilleur des serviteurs de cette Institution. Il était du comté de SufTolk et avait travaillé dans une ferme du voisinage de Constable où on le désignait, dans le langage de la campagne, comme « un beau laboureur », jusqu'à ce qu'il s'engagea dans les gardes du corps, où le souci scrupuleux de ses devoirs lui acquirent bientôt la qualité de meilleur homme de son régiment. Les modèles de l'Académie sont généralement choisis parmi ce beau corps de troupes ; Sam fut ainsi élu et la grâce de ses attitudes, son intelligence et sa conduite décidèrent l'Académie à lui obtenir son congé et à le pla-
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cer à l'Institution comme gardien principal et occasionnellement comme modèle. Ainsi Sam et Constable, qui s'étaient connus en Sufïolk, se retrouvaient maintenant ensemble à Londres ; et Strowger montra son empressement à patronner son ancienne connaissance, autant qu'il était en son pouvoir, en intercédant, quand il pouvait se risquer à le faire, en faveur de ses œuvres, pendant l'arrangement des expositions. Comme c'était en général des vues de Suffolk, elles avaient un charme particulier aux yeux de Sam, et il pouvait garantir l'exactitude avec laquelle elles représentaient toutes les opérations de la culture. Il fut captivé par l'une d'elles, un Champ de Blé avec des muissonneiirs à Vouvrage, et faisait remarquer sa justesse au comité de placement, « le maître », comme on nomme, en Suffolk, parmi les moissonneurs et les faucheurs, l'homme qui mène, étant, comme cela doit être, en avance sur les autres. Mais malgré tous ses efforts pour rendre service à son ami, le tableau était soit refusé, soit moins bien placé qu'il l'aurait désiré ; alors il consolait Constable, et excusait en même temps les membres du comité en disant : « Ces messieurs sont tous de grands artistes, mais pas un parmi eux ne connaît quoi que ce soit du maître. »...
J'ai entendu dire à Constable que sous le coup de quelque déception, — je pense que c'était le refusa l'Académie d'une vue du Moulin de Flatford, — il porta un tableau à M. West, qui lui dit : « Ne vous découragez pas,jeune homme, nous entendrons parler de vous plus tard; vous devez avoir beaucoup aimé la nature avant d'avoir pu peindre ceci. » Il prit alors un morceau de crayon et montra à Constable comment il pouvait améliorer le clair obscur en y ajoutant quelques touches de lumière entre le tronc et les branches des arbres, en disant : « Rappelez-vous toujours, monsieur, que la lumière et l'ombre ne sont jamais immobiles. » Constable disait que ce fut la meilleure conférence qu'il
eut jamais entendue sur le clair obscur, parce que c'était une leçon pratique. M. West lui dit au même temps: « Quel que soit le sujet que vous soyez en train de peindre, ayez toujours présent à l'esprit son caractère dominant plutôt que son aspect accidentel, (à moins qu'il y ait dans le sujet quelque raison particulière pour le dernier cas), et ne soyez pas satisfait avant d'avoir traduit ce caractère sur la toile. Dans vos ciels, par exemple, visez toujours à l'éclat, bien qu'il y ait des états de l'atmosphère où le ciel même n'est pas éclatant. Je ne veux pas dire que vous ne devez pas peindre des ciels tragiques ou obscurcis, mais dans les effets même les plus sombres, il faut qu'il y ait de l'éclat. Vos teintes sombres doivent ressembler à celles de l'argent, et non à celles du plomb ou de l'ardoise. » Ce conseil ne tombait pas dans l'oreille d'un sourd.
Constable eut à reconnaître maintes obligations envers l'aimable Président de l'Académie, en qui tout jeune artiste trouvait un ami ; mais la plus grande fut celle-ci qui influa peut-être sur tout le cours de son existence. Au printemps de l'année 1802, le D"^ Fisher, pasteur de Langham, et dans la suite Évêque de Salisbury, lui avait procuré la situation de professeur de dessin dans une école ; mais M. West le dissuada fortement de Taccepter, lui disant que s'il le faisait, il devait abandonner tout espoir de se distinguer. Un tel conseil, venant d'une si haute autorité, fut très agréable à Constable ; toutefois la difficulté demeurait de décliner l'offre bien intentionnée du D"" Fisher sans l'offenser, ce que M. West entreprit et à quoi il parvint facilement. C'est à cette affaire que Constable fait allusion dans la lettre suivante :
« Londres, 29 mai 1802. Mon cher Dunthorne, J'espère maintenant en avoir fini avec l'affaire qui m'a amené en ville. Il suffit de dire que si j'avais accepté la situation que m'offrait le D' Fisher, cela eût été un coup mortel
à toutes mes espérances de perfection dans l'art que je chéris. Ces dernières semaines, j'ai réfléchi à ma profession plus sérieusement, je crois, qu'à aucun autre moment de ma vie, et au plus sûr moyen d'exceller. Je reviens d'une visite aux tableaux de Sir George Beaumont avec la conviction profonde que l'observation de Sir Joshua Reynolds est vraie, qu' « il n'y a pas de moyen facile de devenir un bon peintre. » Depuis deux ans je cours après les tableaux, et je cherche la vérité de seconde main. Je ne me suis pas efforcé de représenter la nature avec la même élévation d'esprit que j'avais en commençant, mais j'ai plutôt essayé de faire que mes ouvrages ressemblent à ceux d'autres hommes. J'ai pris la détermination de ne faire aucune visite inutile cet été et de ne pas livrer mon temps aux gens vulgaires. Je retournerai à Bergholt, où je m'efforcerai d'obtenir une manière pure et sans affectation de représenter les sujets qui pourront m'occuper. Il n'y a rien ou presque rien qui soit digne d'être regardé à l'exposition. // y a assez de place pour un peintre de nature. Le grand vice d'aujourd'hui est la hravura, essayer de faire quelque chose au delà de la vérité. La mode a toujours eu et aura toujours son temps ; mais seule la vérité en toutes choses durera, et peut seule avoir de justes droits sur la postérité. J'ai retiré de grands bénéfices d'exposer ; cela me montre où j'en suis et m'enseigne en fait ce que rien d'autre ne pouvait m'apprendre. »
En 1803, Constable exposait à l'Académie deux Paysages et deux Etudes d'après nature ; et en avril il fît un petit voyage de Londres à Deal, sur le Coutts, navire des Indes Orientales, avec le capitaine Torin, un ami de son père.
« Londres, 23 mai 1803. Cher Dunthorne, Je me sens depuis f[uelque temps un poids sur l'esprit d'avoir négligé
si longtemps de vous écrire. Il y a vraiment une étrange fatalité sur moi, qui fait que je semble négliger ceux dont j'estime le plus l'amour et l'amitié... Je parlerai tout d'abord de mon voyage. .J'ai été presque un mois à bord, et j'ai été très occupé à faire des dessins de navires dans toutes les situations. J'ai vu toutes sortes de temps. Certains les plus ravissants, d'autres des plus mélancoliques. Mais telle est l'enviable position d'un peintre qu'il trouve son plaisir dans chaque vêtement dont peut bien se recouvrir la nature. Quand le bateau était à Gravesend, j'ai fait une promenade à pied sur le rivage à Rochester et à Chatham. La situation de ces deux villes est splendide et romantique, elles sont au pied de hautes collines de forme élégante avec la rivière montrant sans cesse ses tournants très avantageusement. Le château de Rochester est l'un des plus romantiques que j'ai jamais vus. A Chatham j'ai loué un bateau pour voir les navires de guerre qui sont là en grand nombre. J'ai fait l'esquisse du Victory sous trois aspects. C'est la fleur du troupeau, un navire à trois ponts de cent douze canons (dit-on). Il faisait un effet splendide, sorti nouvellement du bassin et peint à neuf. Quand je l'ai vu, on repliait les voiles ; circonstance qui, jointe à un très beau soir, faisait un effet charmant. En retournant à Rochester, j'ai fait un dessin de la cathédrale, qui est en certaines parties très pittoresque, et d'architecture saxonne. J'ai rejoint le navire à Gravesend, et nous avons continué notre voyage, qui fut assez agréable jusqu'à ce que nwis arrivions à la mer, où nous fûmes rejoints par trois bateaux plus grands. Nous étions presque arrivés aux Downs quand le temps se mit à l'orage et nous avons dû tous relâcher au-dessous de la Pointe du Nord, et rester trois jours là. J'ai vu ici de très grandioses effets de nuages d'orage. Je suis descendu à terre à Deal, je suis allé à pied jusqu'à Douvres et le jour suivant je suis rentré à
Londres. Le pire de l'histoire est que j'ai perdu tous mes dessins. Il y avait une telle confusion sur le navire quand je l'ai quitté, que bien que j'aie arrangé très soigneusement mes dessins, je les ai oubliés. Quand je me suis aperçu en débarquant que je les avais laissés et que j'ai vu le navire hors d'atteinte, j'ai été près de m'évanouir. J'espère toutefois que je pourrai les retrouver un moment ou l'autre. Maintenant je pense que j'ai dû vous fatiguer, et je vais changer de sujet.
« L'exposition est en somme très médiocre. Dans la voie du paysage extrêmement misérable. J'ai vu, comme je le pensais, un grand nombre de tableaux de Sir F. Bourgeois, mais je constatai que pas une moitié ne lui appartenait, mais bien à un autre peintre qui a imité exactement sa manière. Sir Francis était le placeur et il a été si flatté par ces imitations qu'il leur a donné d'aussi bonnes places qu'à ses propres œuvres. Il y a cependant quelques bons portraits à l'exposition. J'ai vu dernièrementde beaux tableaux, et j'ai fait quelques petits achats; douze gravures de Waterloo et quatre beaux dessins de lui, avec d'autres gravures. Mais mes meilleures acquisitions sont deux charmants petits paysages de Gaspar Poussin, de sa meilleure époque... J'éprouve maintenant plus que jamais la positive conviction que je ferai un moment ou l'autre de bons tableaux. Des tableaux qui auront de la valeur pour la postérité, si je n'en recueille pas moi-même le bénéfice. Cet espoir en lui-même, ajouté à la grande jouissance que je trouve dans l'art, me soutient et me le fait poursuivre avec ardeur.
« La peinture de panorama semble faire fureur. Il y en a quatre ou cinq exposés maintenant, et M. R.., arrive avec un autre, une vue de Rome, que j'ai vu. Je crois bien qu'il a pris sa vue avantageusement, et c'est exécuté avec le plus grand soin et la plus grande fidélité. Ce genre
de peinture convient à sa conception d'art et ses défauts n'y sont pas aussi apparents ; c'est-à-dire, dans cette manière de dépeindre la nature on ne cherche pas les grands principes ni on ne s'attend à les rencontrer (1). Il voit la nature minutieusement et en roublard, mais sans grandeur ni largeur. Les défauts de la peinture aujourd'liui sont la profusion de lumière violente, et un trop grand nombre de brusques taches d'ombre. Mais
cela ne doit pas être considéré comme un tout Je serai
bientôt à la maison. Cependant le temps n'est pas très alléchant, et maintenant que je trouve tant de choses qui m'intéressent à Londres, dans cette période active des arts, je resterai une semaine ou deux de plus. »
Constable fut assez heureux pour recouvrer ses esquisses prises à la mer, au nombre d'environ cent trente, et on verra immédiatement l'usage qu'il fit de ses dessins d'après le Victory.
Entre cette période et l'année 1807, aucune lettre soit de Constable, soit adressée à lui, ne m'est parvenue. En 1804 (2) il n'exposa pas, mais il peignit un tableau d'autel pour l'église de Brantham, près de Bergholt,
1. Sir George Beaumont était d'avis, et peut-être avec quelque raison, que l'efTet de la peinture de panorama avait été préjudiciable à la fois au goût des artistes et à celui du public, dans le paysage.
2. « Ses paysages de cette période (1804) — le Communal de Barnes de la Galerie Nationale, par exemple — prouvent clairement qu'il considérait alors les peintres de Hollande comme s es maîtres dans la peinture à l'huile, aussi bien que dans le dessin et la gravure à l'eau-forte, quoique des souvenirs de Gainsborough survivent également çà et là. Vers la fin de l'année 1803 néanmoins, l'influence de Girtin, qui avait été si forte en 1801, se ravive et devient finale, ment prédominante. Il avait probablement, bien qu'il n'en reste aucune relation, renouvelé connaissance avec la collection de Sir George Beaumont, pendant l'une de ses visites en Suffolk. Un accroissement d'expérience avait entraîné un accroissement de la
ayant comme sujet «le Christ bénissant les petits Enfants». Les figures sont de grandeur naturelle, et toutes debout excepté un enfant dans les bras du Sauveur. L'arrangement des masses est bon, mais il n'y a pas d'autres mérites; et il n'est pas digne de remarque autrement que comme preuve qu'il fit sagement, après un essai encore, de ne pas tenter de plus lointaines incursions dans ce domaine de l'art. En 1805 il exposa un Paysage, Clair-delune et en 1806 un dessin. Le navire de Sa Majesté « Victory »
faculté d'apprécier, et il semble avoir réellemeut senti pour la première fois la majestueuse largeur, la richesse et la solennité de Girtin.
«. L'effet en fut immédiat sur l'œuvre de Constable, dans l'aquarelle comme dans la peinture à l'huile. Dans la peinture à l'huile, le style petit et mesquin qu'il se formait à l'imitation de ses modèles hollandais, fait place à une matière solide, plutôt lourde, souvent très liquide, comme s'il voulait vraiment imiter la technique de l'aquarelle. Le système de la couleur change également. Dans sa première manière, les verts étaient pâles et légers, les bruns frais et transparents, les ciels soigneusement modelés, presque entièrement en blanc et noir. Sous l'influence de Girtin les verts deviennent foncés et épais, les bruns rouges et rougeâtres, les ciels renferment de larges masses de bleu, parfois mêlés à de l'indigo, et les champs sont fréqiiemment peints avec de l'ocre jaune presque pure, peut-être atténuée par un glacis brun. Constable, en fait s'efforçait d'imiter dans la peinture à l'huile le système de couleurs que Girtin avait inventé dans son propre domaine.
« Lorsque Constable emploie lui-même l'aquarelle, l'imitation est encore plus visible. Pendant le printemps et l'été de 1806 il fit un grand nombre d'aquarelles d'après les paysages et les maisons des alentours de Dedham et de Flatford. On pourrait presque les prendre, quant au traitemeot, à la manière et au sentiment, pour des aquarelles de Girtin, si ce n'était que l'indication de la forme et de la structure, qui est la colonne vertébrale de l'œuvre du plus ancien des deux maîtres, fut remplacée par une liberté d'interprétation qui, si elle prive les sujets d'une certaine solidité, compense cette perte en suggérant l'inimitable variété do la nature. » C. J. Holmes, loc. cit.
à la bataille de Trafalgar, enti'e deux vaisseaux de ligne français. Ce sujet lui fut suggéré par le récit de la bataille que lui fit un homme du Sufîolk, qui avait été sur le vaisseau de Nelson.
Cette année-là, son oncle maternel, David Pike Watts lui recommanda de faire un tour dans le Westmoreland et le Cumberland à la recherche de sujets pour son pinceaw et paya ses dépenses. Il passa environ deux mois auprès des lacs et des montagnes, où il fit un grand nombre d'esquisses, de grande dimension, sur papier teinté, quelquefois en blanc et noir, mais plus souvent en couleur (1). Elles abondent en grands et solennels efîets de lumière.
1. « Les études faites pendant ce voyage sont extrêmement remarquables. Les aquarelles montrent encore la toute-puissante influence qu'avait Girtin sur son esprit, et elles comprennent un grand nombre de compositions d'une dignité et d'une majesté singulières. Si belles en vérité sont certaines d'entre elles qu'il est difficile de songer à d'autres dessins où les particularités caractéristiques du paysage de montagne en Angleterre aient été plus étonnamment exprimées Constable néanmoins, pendant qu'il était dans la Contrée des Lacs, ne se borna pas à des études à l'aquarelle. Il fit un certain nombre d'études à l'huile, pas très nombreuses, qui diffèrent si profondément des aquarelles qu'elles pourraient bien être prises, même par un expert, pour l'œuvre d'un autre artiste. Dans ces études, peintes d'une façon fine, douce, soigneuse, en contraste violent avec les larges coups de pinceau des aquarelles, les tons et les nuances réels du gazon jaune, les taches sombres des bois de sapin, les pourpres pâles des coteaux et le bleu clair du ciel sont rendus avec une vérité remarquable. L'effet est beaucoup moins puissant que celui des aquarelles, mais retrouve en sincérité (à considérer l'époque à laquelle ceci fut peint) ce qu'il perd en force artistique. Une ou deux études à l'huile faites dans le Comté de Derby en 1801, et l'esquisse de la Vallée de Dedham du Musée de South Kensington, portant la date de 1802, prouvent que Constable, depuis quelques années, faisait des tentatives isolées vers le réalisme, mais ce ne fut qu'à son voyage à la Contrée des Lacs que ces tentatives sortirent de la sphère des expériences
d'ombre et de couleur, mais il n'a jamais peint un grand tableau d'après ces études, car son esprit était fait pour jouir d'un genre de paysage différent. Je lui ai entendu dire que la solitude des montagnes lui causait une oppression. Sa nature était particulièrement sociale et ne pouvait se satisfaire d'un paysage, fût-il en lui-même grandiose, qui n'était pas riche en associations humaines. Il avait besoin de villages, d'églises, de fermes et de chaumières ; et je crois que ce fut autant à cause de son tempérament naturel que de ses premières impressions que ses premières amours, dans le paysage, furent aussi ses dernières. En 1807 il exposa quelques-uns des résultats de son excursion : Une vue en W eslmoreJand, Lac Kesivick, et Bow Fell, Ciimberland.
Le Comte de Dysart désirant faire copier des tableaux de famille, Constable fut présenté à sa seigneurie et à la comtesse comme un jeune artiste qui serait heureux d'entreprendre cet ouvrage. En conséquence il se trouva employé à exécuter une quantité de copies, principalement d'après Sir Joshua Reynolds ; et bien qu'il soit à regretter qu'il ait consacré beaucoup de son temps à autre chose qu'à des œuvres originales, cependant dans son goût pour la couleur et le clair obscur, il tira profit sans doute de cette intime communion avec un si grand maître en ces deux qualités.
C'est à peu près à cette époque que sa mère, à la fin d'une de ses lettres, lui dit : « Combien je suis reconnais-
<■ Il est possible également que le sentiment qu'il lui manquait lexpérience nécessaire l'empêcha de faire aucun grand tableau de ces études. La couleur éclatante et fraîche de ses études à l'huile était d'une telle nouveauté en art qu'il n'avait guère de devancier qui pût lui servir de guide sûr pour les élargir en grands tableaux.... » G. J. Holmes, loc. cil.
santé de ce que vous jouissiez tellement du bien inestimable de la santé! C'est là, j'en suis sûre, le don généreux de la Providence, que votre propre prudence et bonne conduite rendent d'autant plus durable. Puissiez- vous en jouir longtemps à de telles conditions !» Et à la même époque, son oncle, M. Watts, parle de lui en ces termes : « J. G. est laborieux dans sa profession, sobre de régime, simple de tenue, frugal dans ses dépenses, et a de grands mérites dans son caractère professionnel. »
En 1808, il exposa trois tableaux à l'Académie Royale, Borrowdale, Un paysage en Cumberland et Lac Windermere, et à la Galerie Anglaise Un paysage en Westmoreland, probablement celui exposé l'année d'avant à l'Académie et Clair de Lune (Étude). En 1809, il y avait trois tableaux de lui à l'Académie simplement intitulés Paysage, et trois également à la Galerie Anglaise, Borrowdale, Une Chaumière et Lac Kesivick, ce dernier précédemment exposé à l'Académie.
Cette année-là, il fit un second et dernier essai de peinture d'histoire sainte, un tableau d'autel pour l'église de Neyland : une seule figure à rai-corps du Sauveur, bénissant le pain et le vin. Bien qu'à considérer le peu d'importance de l'exécution, ce tableau ne puisse être regardé que comme une esquisse de grandeur naturelle, il est à tous égards bien meilleur que le tableau d'autel de Brantham. Il n'y a pas d'originalité dans la façon dont il est traité, mais un sujet si souvent peint exclut presque l'originalité. La lumière qui tombe sur le visage vient d'une lampe, la couleur et l'effet sont très agréables, des couleurs composées tenant de la pourpre et du jaune brunâtre étant substituées, dans les draperies, au bleu et au rouge ordinaires. Cependant les défauts de ce tableau sont tels qu'il est évident qu'une longue période d'étude et de pratique lui eût été nécessaire, avant qu'il pût s'ac-
quitter, à supposer rju'il y parvienne, de sujets de cet ordre (1).
En 1810, il exposa à TAcadéraie un Paysage et un Cimetière.
Le passage suivant d'une lettre de John Jackson, en
1. « Ce tableau d'autel prouve d'une manière concluante combien Gonstablc apprit de son étude des grands portraitistes du xviii» siècle. Les accidents qui le forcèrent d'abord à copier Reynolds, ensuite à faire des portraits pendant quelques années, furent réellement d'heureux accidents. La peinture de portrait était la seule branche de l'art qui eût conservé une réelle tradition technique, et une réelle tradition technique était justement ce dont Constable avait besoin pour réaliser ses propres intentions. Ses études à l'huile de la Contrée des Lacs prouvent qu'il avait déjà un sens visuel développé de la couleur naturelle et que sa passion pour la nature n'avait subi aucune diminution, mais il ne pouvait faire un emploi convenable de ses goûts et de ses facultés, avant d'avoir appris comment construire un tableau, et ce fut là le savoir que lui donnèrent ses travaux forcés de portraitiste.
« Le principe élémentaire de la méthode de Reynolds, comme nous l'apprennent ses carnets de notes et ses tableaux, était une peinture en monochrome, poussée jusqu'à un degré considérable d'achèvement, et ensuite amenée à la ressemblance avec la nature, au moyen de glacis transparents ou translucides. Constable appliqua alors ce principe au paysage. Peu de temps après son retour des Lacs, il tenta une sorte de compromis, peignant d'abord solidement avec des couleurs fortes et ensuite atténuant les crudités et l'opacité au moyen de glacis. Mécontent de cette méthode, qui laissait les ombres trop opaques et trop séparées, il devint pendant quelque temps presque un maître ancien.
« Le tableau « A East Bergholt, Suffolk, Aube », appartenant à M. G. A. Philipps, est un intéressant et bel exemple de l'habileté à laquelle il parvint alors. L'œuvre presque tout entière est exécutée en un monochrome délicat et transparent, et aucun effort n'est fait pour représenter les tons et les couleurs réels de la colline du Suffolk. Graduellement, toutefois, il répand de plus en plus la couleur naturelle sur le fondement monochrome. L'esquisse du « Porche de
date du 23 octobre 1810, montre qu'alors l'amitié de Gônstable et de cet artiste éminent existait déjà.
C'étaientdes hommes qui pouvaient pleinement s'apprécier Fun l'autre : < J'ai passé dix jours dans le Hants, et j'ai été charmé au delà de toute mesure par la New- Forest. Je la trouve indescriptiblement belle : mais peutêtre l'avez-vous vue. Sinon, je souhaite que nous puissions trouver quelque chaumière à l'écart pour y reposer notre tête la nuit et pendant le jour explorer et faire des esquisses, pour une quinzaine ou trois semaines; mais nous en reparlerons quand nous nous verrons. »
Constable et Wilkie également se fréquentaient beaucoup en ce temps-là, et leur amitié ne souffrit jamais le moindre refroidissement. Constabk^ posa pour Wilkie la tête du médecin dans son tableau de la Dame malade et de nouveau le personnage d'un médecin, à une époque avancée de leur vie; comme nous le noterons en place convenable.
l'Eglise de Bcrgholt » (Musée de South Kensington, n° 138), illustre la transition, tandis que dans le tableau achevé de la Galerie Tate le changement est presque complet. Le fondement monochrome subsiste encore, mais il est complètement subordonné à l'exquise couleur des murs gris, du gazon foncé et du feuillage sombre éclairés par un tranquille ciel du soir. La nature et l'art paraissent enfin réconciliés, et, à partir de là, l'œuvre de Constable procède sans hésitation, d'un cours droit et défini. » C. J. Holmes, loc. cit.