‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 3 sur 77 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

qu'il demeure intimement associé aux origines de notre paysagisme moderne, qu'il l'a en quelque sorte déterminé par la force et la nouveauté de son art. La génération des peintres de 1830 l'a pour maître et pour ancêtre. On me dira que, loin de le méconnaître, c'est nous, Français, qui l'avons acclamé les premiers. Je le sais, mais ceci est loin de nous, presque oublié. Depuis le temps où il fut révélé à nos pères, au Salon du Louvre, tel un rustre aux: vêtements imprégnés de la bonne odeur des glèbes, des rivières et des vents soudain apparu sur le seuil d'un palais, le silence s'est fait autour de ce roi de l'art, et nul durable témoignage écrit n'est venu fixer les traits de son visage et de son œuvre.

La publication chez nous de ce livre où l'homme et l'artiste s'offrent avec ingénuité, où des informations sur son œuvre ont été rassemblées, n'a d'autre objet et d'autre prétention que de combler une lacune réelle dans notre histoire de l'art, de l'art universel aussi bien que de cet art français auquel le nom de Constable demeure pour toujours associé.

Constable, cet homme timide et simple dans la vie quotidienne, solitaire et doux, est l'un des grands révolutionnaires de l'art. Un meunier du Sufîolk, un gars trapu, bien membre, au sang rouge, aux pieds fermement appuyés sur le sol, aux sensations normales et équilibrées, à la conscience honnête, à l'instinct sûr et profond de terrien, au fort tempérament, est venu ; et il a fallu ce phénomène de santé et de simplicité, cette richesse et cette force de nature au service de l'art, pour fonder en Europe une école nouvelle de paysage.

Le paysage de Constable apparaît sensuel, succulent et fort.

Ce qui frappe lorsqu'on l'aborde, c'est tout d'abord la sensualité de cette peinture. C'est là un art vital et chaud, lourd de réalité, gras, pulpeux, je dirais presque charnel, bien qu'il s'agisse de frondaisons, de ciels et de terrains, un art puissamment animal et vivant. L'homme de cette peinture est un être qui doit avoir vécu parmi les bestiaux aux nourritures abondantes, les herbes drues de la prairie et le vent fort des campagnes, près de l'eau et de la forêt. Elle sent la terre et le plein air. Une joie large et ruisselante s'y affirme. L'élément de vie qui circule en ces paysages les imprègne de la réalité la plus complète que l'art ait pu conquérir jusque-là.

On sent qu'ils sont allés directement au cœur de l'artiste sans s'être décolorés et froidis à travers le cerveau, que sa compréhension est plus sensorielle que cérébrale.

Constable est vraiment le révélateur d'un sentiment nouveau dans l'art.

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