‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 4 sur 77 · INTRODUCTION ' , V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION ' , V

Avant lui il y avait eu des réalistes dans la peinture de paysage. Les Hollandais notamment avaient, de tout leur cœur et avec tout leur sens d'art, exprimé les aspects de leur sol et de leur atmosphère. Et, même en Angleterre, Gainsborough s'était consacré à un art de nature et de vérité. En dépit de ses nombreux prédécesseurs dans les voies du réalisme, la note puissante et décisive qu'apporte Constable est bien neuve.

Son réalisme présente en effet des caractères particuliers. Comparez l'art de Van der Neer ou d'Hobbema à l'art de Constable, et vous éprouverez immédiatement leur différence profonde ou plutôt combien l'art de celui-ci a évolué, s'est renouvelé depuis les grands Hollandais. On y découvre à première vue la présence d'un élément nouveau. Cet apport du peintre anglais constitue le trait capital du paysage moderne. Il est le premier, à mon sens, qui ait senti d'instinct et conçu le paysage, comme une traduction fidèle de la nature, acceptée dans sa rudesse et son ampleur, d'une manière à la fois plus hardie et plus scrupuleuse, sans timidité ni atténuation, et avec un souci minimum du style, dont les exigences avaient jusque-là tyrannisé l'artiste et rapetissé son œuvre. Jamais avant lui le peintre de paysage ne fit aussi peu de concessions à la formule ou au goût. Toujours la sensation vraie et directe qu'il éprouve devant la nature l'emporte chez lui sur la préoccupation du tableau. La réalité prime à ses yeux la composition. C'est par ce culte intransigeant du vrai, de l'authentique et du vivant qu'il parvient à se créer un style original — qui est la négation du style traditionnel — et auquel se rattache toute la peinture de paysage depuis 1830. Je parle assurément de la partie tout à fait caractéristique et définitive de son œuvre, non de celle où il se démontre seulement un admirable continuateur des Hollandais.

C'est là le trait capital de son art; et M. C, J. Holmes, son plus récent critique, a su fort bien le marquer dans les lignes suivantes : « Chacune de ses esquisses dans les prairies, à Brighton ou à Hampstead, communique une impression exacte du lieu réel, non seulement de la position des arbres et des chemins, des haies et des chaumières, mais aussi du temps, du vent, de l'heure de la journée, des gens, des oiseaux ou des bêtes qui fréquentent l'endroit et du travail qui s'accomplit là. Chaque esquisse, en fait, montre une connaissance et une observation intime de la matière qu'il a en main — une observation qui n'est possible que pour celui qui a vécu parmi des scènes de ce genre. Cela était réellement, en dépit de tout le labeur des Hollandais, une chose nouvelle dans l'art...

«Constable fut le premier peintre qui peignit des endroits déterminés, donnant non seulement leurs visibles traits fixés, leurs collines, leurs édifices et leurs arbres, mais baignant le tout dans la vraie atmosphère particulière à l'endroit et qu'on ne trouve nulle part ailleurs. »

Le peintre rural des bords de la Stour s'affirme grand et neuf par tout le concret qu'il a introduit dans son art. Chez tous les réalistes qui le précédèrent, nous avons le sentiment d'un abstrait qui s'interpose entre la nature et lions — sentiment qui naît, comme je viens de le dire, d'une préoccupation exagérée du style. L'art de Constable n'est pas une adaptation des choses à la vision de l'artiste; c'est au contraire celle-ci qui s'est adaptée à celleslà. La nature demeure maîtresse, l'artiste n'est que son serviteur. D'où cette impression ressentie devant les morceaux de nature peints par Constable que nous avons devant les yeux des réalités vivantes, non plus une interprétation des réalités.

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