‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 34 sur 77 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

EU après son arrivée à Londres, Constable avait fait la connaissance de M. Samuel Lane, de Greek Street, dans le Soho ; et cette liaison en mûrissant se changea en une amitié qui dura jusqu'à la fin de sa vie. Le passage qui suit est extrait d'une de ses lettres dont M. Lane m'a permis de faire usage : « Février 1822. Mon cher Lane, J'ai été, avec ma femme, visiter la maison de M. Farrington, qui nous a laissé à tous deux une profonde impression. Je pouvais avec peine croire que je n'allais pas apercevoir la tournure élégante et pleine de dignité de notre défunt ami, là où j'étais habitué depuis si longtemps à le voir, ni entendre encore ses conseils toujours pleins de sagesse qui vraiment me font grandement défaut. >

« Salisbury, 25 mars 1822. Mon cher Constable, Coxe est à la veille de publier le Corrège ; mais il a mis là dedans des choses malheureuses à propos de la manière

dont le peintre est supposé avoir mélangé ses couleurs, et il parle de sa peinture sur fond d'or destinée à produire des effets chauds. Il vous enverra, sur mon conseil, les épreuves de la partie de son ouvrage qui traite de l'art de Corrège, pour que vous les corrigiez... J. Fisher. »

« Keppel Street, le 13 avril 1863. Mon cher Fisher, Je n'ai vu aucune épreuve de la Vie du Corrège de M. Coxe ; mais j'apprends que dans une lettre de lui à Jackson, il exprime le désir que son ami Constable puisse les voir. Il n'y a aucun doute que le livre sera intéressant, mais quant à la peinture sur fond d'or, c'en est fait de Valchimie de Tari, que j'espère on ne fera jamais renaître. Cependant les âges d'obscurité peuvent revenir, et il y a toujours des esprits d'obscurité dans les âges de lumière. Dans les tableaux des primitifs allemands et italiens, on se servait de l'or pour les nimbes, etc.. — et on le faisait pour qu'il parût une chose sans lien avec la peinture et d'autant plus surnaturelle ;cela fut fait jusqu'à Carlo Dolci,et produit parfois un très bel effet quand l'or se fond en couleur transparente derrière la tète des saints, etc. Mais encore cela a-t-il l'air d'un artifice, et Corrège était au-dessus de tous les artifices ; je ne crois pas qu'il ait eu jamais recours à une pareille absurdité pour augmenter l'éclat de ses tableaux. J'ai envoyé mon grand tableau à l'Académie. Je n'ai jamais auparavant travaillé si dur. Je ne sais pas s'il est meilleur que les autres, mais peutêtre pourra-t-on lui faire moins de reproches vulgaires. » La lettre est ici interrompue par une superbe esquisse à la plume, qui a la force d'une gravure en. mezzotinte.) « La composition est presque entièrement changée depuis que vous l'avez vu. J'ai enlevé le bateau à voiles et mis un autre bateau au milieu du tableau, avec une figure principale, modifié le groupe d'arbres et complété le pont. Le tableau a maintenant un centre riche et le côté droit ne

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devient plus qu'un accessoire. Je me suis efforcé de peindre avec plus de délicatesse, mais c'est à peine si on s'en est aperçu. J'ai entendu parler de quelques très bons tableaux. Je vais en Suffolk pour un tableau d'autel, le

cadeau de quelqu'un. X est cont'"arié que vous ayez

traité de camelote ses vieux maîtres. Il ne va que par la puissance du nom.

« J'ai quelques tentatives d'achat pour mon grand tableau de la CharreUe de foin, à la Galerie Anglaise. J'ai une offre de 1750 francs sans le cadre, pour le mettre dans une exposition à Paris. Je ne sais guère que faire. Cela pourrait servir ma réputation et me procurer des commandes, mais il appartient à ma famille ; cependant J'ai terriblement besoin d'argent; et à ce sujet, il faut que je vous demande un grand service, que vraiment je ne puis demander à nul autre. Un prêt de 500 ou 750 francs me serait en ce moment de la plus grande utilité, car je me suis beaucoup appauvri en peignant ces grands tableaux. Je sais que si vous le pouvez vous m'obligerez. Sinon, dites-le moi. Je consacrerai cet été à me procurer de l'argent, j'ai plusieurs commandes, paysages et autres. Mais un grand tableau, et si possible, un bon, était nécessaire cette année. Le prochain éprouvera sa chance. J'espère et vraiment je crois positivement n'avoir rien fait encore d'aussi bon que celui que je viens d'envoyer.

« Stothard a publié sa très belle gravure de l'écu de Wellington d'environ un mètre de circonférence. Obligez mon cher vieil ami et moi-même en en achetant un exemplaire. Ma conscience ne m'accuse d'aucune espèce de négligence à l'égard de mon dernier tableau. Je l'ai fait partir avec beaucoup de calme et de tranquillité d'esprit. »

De ce tableau (1), qui est une autre vue sur la Stour,

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