Appartient à présent à M. William Carpenter
tout près de Flatford Mill, une admirable gravure en tailledouce de M. W. R. Smith est publiée dans la « Galerie de l'Art anglais » de MM. Finden ; et une première esquisse du sujet est gravée dans le Paysage Anglais.
« Keppel Street, 17 avril. Mon cher Fisher, Recevez mes remercîments pour votre très bonne lettre. Le contenu me sera extrêmement utile car, comme je vous l'ai dit, j'ai été si longtemps occupé à des toiles sans profit que j'allais être à sec. Mais je suis maintenant occupé à quelques petits ouvrages, qui remettront bientôt les choses en état. Mon écriture a beaucoup besoin d'être excusée ; mais je m'asseois rarement avant d'être déjà fatigué de mon travail dans l'atelier, et peu avant l'heure de la poste, et je dois dire de mes lettres ce que Northcote dit de ses tableaux: «Je les laisse à deviner aux gens ingénieux.» J'ai fait deux ou trois tentatives infructueuses pour relire la dernière que je vous ai envoyée, et le facteur sonnant à ce moment, je l'ai fait partir. Il me faudra travailler dur cet été, mais je désirerais beaucoup prendre la voiture de Windsor pour aller entendre votre sermon, quoique je puisse difficilement disposer d'un jour, et maintenant que j'ai l'occasion de gagner un peu d'argent je dois me faire un devoir religieux de le faire. Je ne me laisserai pas prendre mon tableau par le Français. Ce serait trop fort de me laisser terrasser par un Français. Bref, cela peut rapporter quelque chose à ma famille un moment ou l'autre, et ça serait avilir mon diplôme que d'accepter une si petite somme, un peu moins de la moitié du prix que je demandais.
« Plusieurs choses encourageantes me sont dernièrement arrivées dans ma profession. Je suis certain que ma réputation comme paysagiste augmente, et que ma manière est rapidement en train de devenir, comme Farrington a toujours dit qu'elle le serait, une note caracté-
ristique et distincte dans l'art. Je suis anxieux au sujet de ce tableau. X..., mon voisin, qui compte être de l'Académie avant moi, est venu le voir. Il m'a toujours fait des éloges ; cette fois il n'a pas dit un mot, jusqu'au moment où sortant de la pièce, il se retourna et dit qu'il espérait que son tableau ne serait pas accroché à côté de celui-là.
« J'espère bien que vous viendrez à Londres à votre tournée ; je serais bien désappointé si vous ne veniez pas* Je m'occupe de la maison de Farrington ; j'estime qu'il est nécessaire de prendre ce parti; j'en tirerai plus d'avantage en fait de commodités, que ma famille, bien que je ne quitte qu'à contre-cœur un endroit où j'ai eu tant de bonheur et où j'ai peint mes quatre paysages. Mais il serait vain de s'abandonner aux fantaisies ; le travail est mon ancre de salut. Sans cela, mon cerveau me dévorerait bientôt. Je me suis senti comme si j'avais perdu les bras, après que mon tableau fut parti à l'exposition. Je n'ose pas relire cette lettre, prenez-la comme si c'était une de mes esquisses. »
« Avril. Mon cher Fisher,... Tinney est retenu en ville par une indisposition ; je Tai vu souvent, et il me considère favorablement à cause de vous. Il est résolu à aimer la peinture plutôt comme une carrière intellectuelle de la plus charmante sorte que pour la saleté, les vieilles toiles, le vernis, etc.. Il m'a demandé de lui faire, quand j'aurais le temps, un autre tableau, comme pendant à son paysage, pour deux mille six cents francs (1). Si cependant on m'en offrait plus, même treize mille francs, je pourrais les accepter, et refaire
1. Cette commande de M. Tinney n'a jamais été exécutée ; pourquoi, je n'en sais rien ; mais je crois que Constable peignit pour lui dans la suite un ou deux petits tableaux.
un autre grand tableau pour lui. Ceci est très noble, (alors que tous les gens de la noblesse laissent mon tableau me revenir de la Galerie) et me permettra de faire un autre tableau, de maintenir ainsi et d'accroître ma réputation... Que je voudrais être maintenant à Osmington ; mais il faut que je travaille et je travaillerai. Si je me souviens bien, les frênes à Osmington ont de très belles mousses, et leur écorce y est particulièrement ricbe... »
Constable exposa en 1822, à l'Académie, cinq tableaux, La Lande-Hampstead, Une vue sur la Stour près de Dedham, Le château de Malvern, comté de Warwich, Une vue de la Terrace à Hampstead et Une étude d'après nature...
« Osmington, l^"" octobre. Mon cher Constable, Le capitaine Forster, un monsieur des environs de Windsor, qui a de la fortune, est un admirateur de votre art. Il doit vous rencontrer à Salisbury ; il a été tout d'abord pris par un carnet d'esquisses de vous que j'avais. Vos esquisses au crayon séduisent toujours les gens, les cultivés et les incultes. Cela serait sûrement une bonne affaire d'en publier quelques-unes. Faites-en graver une sur pierre, comme essai, si cela n'est pas déroger à la position que vous avez dans l'art... J. Fisher. »
« A l'archidiacre Fisher. Hampstead, 7 octobre 1822. Mon cher Fisher, Plusieurs circonstances contraires avaient tourné au gré de mes désirs, et j'étais résolu à vous rencontrer à Salisbury le jour convenu ; mais les choses ont de nouveau changé, et je ne sais pas comment me rendre jusqu'à Weymouth. La perte de quatre jours en voyage est sérieuse et je suis à présent en plein dans un grand effort, et le temps c'est ma fortune. J'ai fait faire assez de progrès à plusieurs de mes commandes, spécialement deux paysages de 72 X 92 centimètres paur M. Ripley, et je suis déterminé à vaincre
toutes mes difficultés pendant qu'il me reste encore beaucoup de santé et quelque peu de jeunesse. J'ai arrangé les choses méthodiquement et en suivant cette filière, cela les rend comparativement faciles. Un pareil voyage me retournerait à l'envers et une visite à votre côté me délaverait complètement le cerveau. Il faut que j'attende, et j'espère encore vous rencontrer quand cela vous arrangera tout à fait et que vous retournerez au Cloître. Je vous enverrai un tableau pour vous le faire voir. Green Hicjhgale a maintenant changé de cadre et est devenu un très joli tableau, qui mérite un meilleur nom ou au moins un nouveau. J'ai fait environ cinquante études soignées de ciels, assez grandes pour être soignées comme elles le sont. Je ne regrette pas de n'avoir pas vu Fonthill ; je n'ai jamais eu le désir de voir les curiosités, et j'ai en horreur les parcs de châteaux.
« C'est singulier qu'il me soit arrivé de parler de Milman ; il est instruit sans doute, mais il n'est pas permis d'encombrer la littérature. Le monde est assez plein de ce qu'on a déjà fait, et de même qu'en art il y a des masses de belle peinture, mais très peu de bons tableaux, en poésie également il y a des tas de choses bien écrites : on me dit que la sienne est de cette sorte, et comme vous dites « resplendissante »,mais on peut la comparer ; on ne peut le faire de Shakespeare, ni de Burns, ni de Claude Lorrain, ni de Ruysdael, et j'ai mis vingt ans pour découvrir cela. Cette semaine est, j'espère, la dernière que je passe ici, au moins cet été ; c'est un endroit qui me ruine ; je perds mon temps ici d'une façon désolante. Une des raisons pour laquelle j'ai pris Charlotte Street était de rester plus longtemps à Londres. A Keppel Street nous étions à l'étroit et « comme des guêpes en bouteille sur un mur exposé au midi » ; mais j'ai passé là les cinq années les plus heureuses de ma vie. >
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Je possède vingt études de ciels que Constable fit pendant cette saison, et il n'y en a qu'une dans le nombre où il ait introduit un vestige de paysage. Elles sont peintes à l'huile, sur de grandes feuilles de papier épais, et toutes datées, avec l'heure de la journée, la direction du vent, et autres notes marquées au dos. Sur l'une, par exemple, est écrit : « 5 septembre 1822, 10 heures du matin, direction sud-est, vent vif d'ouest. Nuages très éclatants et d'un gris vif courant rapidement sur un fond jaune, à peu près à mi-hauteur dans le ciel. Très approprié à la « côte à Osmington ».
« 35, Charlotte Street, Fitzroy square, 31 octobre 1822. Mon cher Fisher, Nous avons quitté Hampstead il y a eu quinze jours vendredi, et je n'ai pas eu depuis le pinceau à la main. J'ai dû m'aliter, pour avoir été avec les maçons et les charpentiers à 6 et 7 heures du matin et quitté le lit chaud pour des appartements et des buanderies froids et humides, car j'ai eu un mal énoi me à rendre la maison habitable ; mais quoique je sois tout à fait remis à présent je sais que le temps est passé où il vous était possible de me recevoir. J'en ai éprouvé un très grand désappointement, et j'ai peur que vous ayez été contrarié que je ne vienne pas, surtout parce que je n'ai reçu aucune nouvelle de vous. J'ai mis en très bon ordre le grand atelier ; il est clair, aéré, agréable et chaud; j'ai désespéré à un certain moment d'obtenir l'une ou l'autre de ces qualités. J'ai à présent par devers moi deux toiles de deux mètres ; j'en enverrai une de 5.000 francs à la Galerie.
« L'art disparaîtra ; il n'y aura plus de vraie peinture en Angleterre dans trente ans. Cela résulte de ce que les tableaux sont enfoncés dans la tête vide des jeunes artistes par leurs possesseurs, les Directeurs de l'Institut anglais, etc. Dans les anciens âges des beaux-arts, les œuvres étaient plus émouvantes et plus élevées, car lesartis-
tes n'ayant pas de modèles créés par les hommes, étaient forcés d'avoir recours à la nature ; plus tard, à l'époque de Raphaël et de Claude Lorrain, les œuvres furent plus parfaites, moins gauches, parce que les artistes pouvaient alors profiter de l'expérience de ceux qui étaient avant eux, mais ils ne les prirent pas au mot ni comme les principaux sujets à imiter. Si vous pouviez voir les folies et les ruines exposées à la Galerie Anglaise, vous deviendriez fou. On rend Vandervelde, Gaspar Poussin et Titien les procréateurs de multitude d'avortons : et pourquoi jettet-on cette honte sur les grands maîtres ? Uniquement pour servir les intérêts de la vente. Hofland a vendu 2.000 francs une méchante copie de Gaspar Poussin, et ça ne ressemble pas plus à Gaspar que l'ombre d'un homme sur une route boueuse ne lui ressemble (1). »
Une lettre de l'évêque de Salisbury à Constable du 12 novembre contenait un chèque avec ces mots: « Les hommes de loi reçoivent souvent une provision, pourquoi n'en serait-il pas de même des peintres ?» Le tableau auquel il était occupé pour l'évêque fut terminé et exposé au printemps suivant. C'est une œuvre extrêmement belle, et qui lui donna beaucoup de peine, une vue de la cathédrale prise du jardin de l'évêché. Il a introduit au premier plan un détail familier à tous ceux qui ont l'habitude d'observer les bestiaux. Parmi les vaches, il y en a géné-
1. Les Directeurs de l'Institut anglais ne sont assurément pas responsables de l'abus du privilège qu'ils accordent chaque année aux artistes de faire des copies d'après les anciens maîtres à leur galerie ; privilège dont quelques-uns de nos meilleurs peintres ont profité avantageusement pour le métier et dont Constable s'était lui-même proposé de faire usage. Il n'a pas assez considéré, que ceux qui consacrent une grande partie de leur temps à copier des tableaux n'appartiennent pas à cette classe qui ferait avancer ou même qui maintiendrait l'art dans n'importe quel cas.
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ralement, sinon toujours, une qu'on appelle, pas très exactement, la maîtresse vache, et le reste du troupeau ne s'aventure guère à faire quoi que ce soit avant que la maitresse ait pris la tète. A la gauche du tableau, cette personne est en train de boire, et se tourne avec surprise et jalousie vers une autre vache, qui s'approche du canal plus bas qu'elle dans la même intention ; elles sont de la race de Suffolk, sans cornes; et c'est là une preuve curieuse de l'amour de Gonstable pour tout ce qui se rapportait à son comté natal, qu'on ne peut guère trouver dans n'importe lequel de ses tableaux un exemple d'une vache avec des cornes, quel que soit le lieu de la scène.
« Charlotte Street, 6 décembre. Mon cher Fisher, Il n'y a rien qui me réjouisse autant que la vue de votre écriture, cependant je suis en retard pour vous répondre. Je ferai avec plaisir tout ce que je pourrai pour R... (1) et son tableau, mais vous savez que je ne puis que l'envoyer, je n'ai aucune influence dans cet endroit. Je n'ai d'autre protecteur que vous, et vous n'êtes pas un grand personnage; vous n'êtes qu'un homme distingué et un savant, et un réel ami de l'art. Je parlerai du tableau de R... à Young, et c'est là tout ce qui est en mon pouvoir. Ne pourrait-on pas le dissuader de venir à Londres, où il est sûr de perdre la petite réputation locale qu'il peut avoir ? Mais peut-être préfère-t-il mourir de faim dans la foule, et s'il est résolu à s'y aventurer, qu'il conserve à tout prix sa chevelure flottante, elle lui sera plus utile que les talents de Claude Lorrain lui-même, s'il les possédait.
« X... aura son tableau quand je trouverai une occasion pour le lui envoyer. Ne ferais-je pas mieux de le
1. Un jeune artiste de Salisbury qui avait envoyé un tableau en ville pour l'exposera la Galerie Anglaise.
barbouiller de boue et de suie, car c'est un « connaisseur » et peut-être préfère-t-il l'ordure et la saleté à la fraîcheur et à la beauté ?
« Je suis allé voir le tableau de David, Le Couronnement de V Impératrice Joséphine. Il n'a pas l'expression courante de l'art, encore moins la rhétorique de Rubens ou de Paul Véronèse, et sous le rapport de l'exécution, cela ne mérite pas l'attention; toutefois je le préfère aux productions de ceux de nos peintres historiques qui se cramponnent au pan de la chemise de Carlo Maratti, simplement parce qu'il ne me fait pas penser aux écoles. Je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir les impressions que j'ai eues, quand je vous ai écrit dernièrement au sujet de ce que j'ai vu à l'Institut Anglais. S'il y avait une Galerie nationale (chose dont on parle), ce serait la fin de l'art dans la pauvre vieille Angleterre, et elle deviendrait, en tout ce qui concerne la peinture, un néant autant que tous les autres pays qui en possèdent une. La raison en est simple; les fabricants de peinture deviennent alors les critériums de la perfection au lieu de la nature. »
Ici, comme dans ses observations sur le système de copier pratiqué à la Galerie Anglaise, la déduction de Constable semble hâtive. Ni les amateurs, ni les faiseurs de lois ne peuvent provoquer l'élévation ni hâter le déclin des arts, à un degré important. Ce qui y contribue, c'est une multitude de circonstances réunies, variant selon l'époque et la nation. En attendant, c'est quelque chose qu'une collection de beaux tableaux soit accessible au public; et si la Galerie Nationale pouvait contribuer, ne fût-ce qu'à un faible degré, à épargner à nos jeunes artistes la dissipation de leur temps et le préjudice que subit leur esprit encore non formé alors qu'ils parcourent toute l'Europe à la recherche de l'art, — que seules des années de patient et fixe labeur peuvent faire acquérir, —
elle pourrait produire du bien (1). Constable oubliait alors ce qu'en d'autres temps il admettait pleinement, que les bons tableaux sont les interprètes nécessaires de la nature pour l'étudiant d'art. Si le lecteur se reporte à la fin de ce livre, il trouvera dans ses observations sur Claude Lorrain, dans la conférence prononcée le 2 juin 1836 à l'Institut royal, et celles sur Rembrandt à la fin de la conférence suivante, son opinion arrêtée sur ce sujet. Mais que sa terreur du culte du tableau l'ait conduit à s'exprimer comme il le fit, dans la lettre que je viens de citer, cela je puis bien le comprendre, connaissant comme je les connais les idées qui régnaient parmi les artistes et les amateurs au milieu desquels il vivait. Parmi ces derniers, on peut spécialement mentionner l'aimable et accompli Sir George Beaumont, qui était à ce moment l'arbitre du goût dans le grand monde. Peu d'hommes discernaient mieux que Sir George les mérites divers des vieux maîtres: mais il ne considéra jamais combien de beautés peuvent rester dans la nature qui n'ont pas été touchées
1. Ceux qui sont assez vieux parmi nous, pour comparer l'état présent de la peinture à ce qu'elle était avant que le continent ne fût ouvert à nos jeunes artistes ne peuvent que concevoir des doutes quant à l'avantage des voyages à l'étranger pour les étudiants anglais. Si, comme on peut le craindre, nous perdons de vue la nature de plus en plus, c'est peut-être moins en raison de l'influence de la Galerie Nationale que de l'exemple, reçu de l'étranger, de ce que j'appellerai non pas l'imitation, mais la parodie de l'art ancien. C'est là une chose dans laquelle il est si facile de réussir et qui est si propre à nous pénétrer et à pénétrer les autres de la croyance que nous possédons l'esprit des époques primitives de l'art, que nous ne pouvons trop soigneusement nous mettre en garde contre sa séduction. La pureté de cœur appartenant à l'enfance est sans aucun doute aussi désirable pour le peintre que pour le chrétien, mais nous n'acquérons pas cette qualité en imitant simplement le bégayemeni infantile.
par leurs pinceaux, et par suite il était opposé à ce qu'on s'écartât de leur manière. C'est une chose curieuse, que pendant tout le cours de ses rapports avec Constable, Sir George prétendit au rôle de professeur.