CHAPITRE VI
o.NSTABLE fut empêché par la maladie de finir à temps pour les expositions de 1823 l'un ou l'autre des grands tableaux auxquels il était occupé et même de récrire à Fisher jusqu'au 1®"" février de cette année...
« Charlotte Street, 21 février. Mon cher Fisher, Votre lettre m'a réjoui ainsi que os aimables questions. Je me suis remis maintenant au travail, et mes enfants sont mieux, à l'exception de mon pauvre cher petit John qui est vraiment dans un triste état ; Dieu seul sait comment cela finira. Baillie et Gooch le visitent continuellement ; mais je suis épuisé par l'anxiété... Je suis faible et très amaigri. On m'a tiré beaucoup de sang que je n'avais guère en trop. Je me suis rongé intérieurement pour la perte de mon temps et pour rester éloigné de mon chevalet, mais par dessus tout, à cause de mon pauvre cher enfant ; mais je vais quitter la maison et aller
dans mon atelier. J'ai mis en train un grand paysage en hauteur, et j'espère me maintenir pour qu'il soit prêt pour l'Académie, avec le tableau de l'évêque.
« Je regrette de vous voir à nouveau hanté par le fantôme de « l'Église anglicane en danger » ; cela n'indique pas un état d'esprit et de raisonnement juste. Que les vautours l'attaquent ainsi que tout ce qui a de la valeur, c'est assez vraisemblable ; mais « ils n'ont pas réussi sur l'État », dites-vous ; celui-ci donc subsiste encore entre l'Église et eux, car ils ne peuvent tomber qu'ensemble. La noblesse connaît la valeur de l'intelligence et s'efforce de s'armer, par les mêmes moyens que vous employez, les Universités ; et considérez les âges pendant lesquels ils se sont maintenus et les orages auxquels ils ont résisté... Je songe à venir vous voir à Gillingham pour faire quelque chose au moulin. »
« 9 mai. J'ai eu, comme vous savez, beaucoup d'interruption dans mes travaux pour l'exposition, de sorte que je n'y ai aucune grande toile. Ma cathédrale fait extraordinairement bien, elle a eu beaucoup d'approbations de l'Académie, et en outre à Seymour Street. Je pense que quand vous la verrez, vous direz que je me suis mieux battu avec l'Église que le vieux H... e, B... in et tous leurs coadjuteurs réunis. Cela a été le sujet le plus difficile comme paysage que j'ai jamais eu sur mon chevalet. Je n'ai pas faibli aux fenêtres, aux arcs-boutants, etc; mais je suis demeuré fidèle à ma couleur « grand orgue » et je me suis évadé comme d'habitude, dans l'évanescence du clair-obscur. Je pense que vous Taimerez (1)... Callcott
1. « Nous remarquons pour la première fois, dans ce tableau, la manière de suggérer le brillant du soleil au moyen de taches et de frottis de couleur pure, qui est caractéristique de sa dernière manière.
admire ma cathédrale; il dit que je m'y suis bien pris. Les tableaux de Wilkie sont les plus beaux du monde, La scène de plein air est peut-être trop noire (1). Fuseli s'est approché de lui et lui a dit : «Eh pien, gu'est-ce gue z'est gue za ? Est-ce gue z'est la noufelle manière, le ztyle de Guerchin? » Parlant de moi, il dit : « J'aime les baysages de Constable ; il est toujours pittoresque, ses couleurs sont pelles et les lumières zont toujours à la place qu'il faut ; mais il m'oblige à demander mon gros bardessus et mon barapluie. * Ceci vous amusera peut-être de contempler à distance cette scène d'activité mais éloignée; cependant, bien que je sois ici en plein dans le monde, je suis en dehors, et je suis heureux, et je m'efforce de me garder sans taches. J'ai mon royaume en propre, à la fois fertile et peuplé, — mon paysage et mes enfants. J'ai de la besogne à faire et mes finances ont besoin d'être remises en état si c'est possible. J'ai en ce moment un portrait sur mon chevalet, et j'aurai peut-être d'autres choses. »
Parlant de l'Italie dans cette lettre, Constable continue ainsi: « Hélas, hélas, jamais mes yeux emplis de désir ne verront cette contrée fameuse ! » Ce sont là les mots du vieux Richardson, et comme lui je suis condamné à ne jamais voir les scènes vivantes qui ont inspiré les paysages de Wilson et de Claude Lorrain. Je ne les verrai pas, il est vrai, mais je suis né pour peindre une plus heureuse terre, ma chère vieille Angleterre ; et si je cesse jamais de l'aimer, puissé-je, comme le dit Wordsworth,
Il employait ce procédé dans ses esquisses depuis de nombreuses années, mais c'est ici l'un des tout premiers exemples où il appa rait dans un çrand tableau achevé. » G. J. Holmes, loc. cit.
1. Le Bedeau de Paroisse. L'autre était le petit portrait en pied du duc d'York peint pour Sir Willoughby Gordon.
108 JOHN COXSTABLE
ne plus jamais entendre Bruire ses feuilles mortes, ni gronder ses torrents (1).
Je suis allé à la Galerie de Sir John Leicester, voir les Artistes Anglais. Je ne me souviens de rien autant que d'un grand, solennel, clair, chaud, frais paysage de Wilson qui flotte encore dans mon cerveau comme un rêve délicieux. Pauvre Wilson ! Pensez à son sort, pensez à sa magnificence. Mais l'esprit perd moins de sa dignité dans le malheur que dans la prospérité. Il chemine maintenant bras dessus bras dessous avec Milton et Linné. Il fut un de ceux désignés pour montrer au monde les richesses cachées et les beautés de la nature. »
Constable exposa à l'Académie, avec le tableau de la cathédrale de Salisbury vue du jardin de l'évêché, Une Etude d'Arbres, esquisse et Une Chaumière; et il envoya à la Galerie Anglaise une vue de la jetée de Yarmouth.
« Gillingham,Shaftesbury, 9 mai.iMon cher Constable,... lime tarde d'apprendre quel accueil vous avez eu à l'exposition. Le Courrier parle de vous avec honneur. « Constablea d'admirables études de paysages ».... J. Fisher»....
« Mon cher Constable, Quand il s'agit de vous acquitter d'une affaire réelle, vous êtes le plus énergique et le plus ponctuel des hommes. Dans les choses moins importantes, comme de mettre votre culotte, vous êtes porté à perdre le temps à décider quelle jambe vous passerez la première. Je vous remercie cordialement pour la rapidité avec laquelle vous avez exécuté mes deux commissions.
1. « O Angleterre, beaucoup plus chère que la vie n'est chère, Si j'oublie ta valeur que jamais plus Il ne soit permis à ton lils ingrat d'entendre Bruire tes feuilles vertes ni gronder tes torrents ! ■»
Ode d'action de grâce pour la paix générale.
Je n'ai jamais quitté ce tableau des yeux depuis que je l'ai vu. La nature morte est toujours ennuyeuse parce qu'elle n'évoque pas d'associations ; mais celle-ci est si délicieusement vivante que je ne peux lui résister. Si l'un de vos moulins au bord de la mer qui sont accrochés au mur chez vous est encadré, je voudrais que vous le mettiez à côté du tableau de fruits... J'ai découvert trois mou/ms, vieux, petits et pittoresques sur cette rivière. J'ai un grand désir de posséder votre Charrette ; mais je n'ai pas pour le moment à ma disposition ce qu'il vaut, et ce que vous devez recevoir; mais je vous demanderais cette faveur que vous ne vous en sépariez pas avant de me prévenir. Il sera du plus grand prix pour vos enfants en restant accroché là où il est, jusqu'à ce que vous ayez rejoint la société de Ruysdael, Wilson et Claude Lorrain. Comme alors les louanges et l'argent ne seront d'aucune valeur pour vous, le monde vous accordera libéralement l'un et l'autre, Tinney dit que son tableau est inférieur au mien. Il n'arrive pas à découvrir que le mien est accroché seul, et que le sien est gâté, comme c'est toujours le cas, par la mauvaise compagnie. J. Fisher. »
« 10 juillet. Mon cher Fisher, Je suis toujours content de moi quand je vous ai contenté. Vous avez fait une excellente acquisition, celle d'une œuvre absolument délicieuse : c'est un tableau de nuance perlée, mais le ton en est si profond et si moelleux qu'il fait un effet du diable à côté de mes propres paysages ; mais j'en ferai mon profit, car je travaille en ce moment le ton. Le peintre est C. de Vris, un artiste contemporain de Rubens. De Heem a peint d'excellents tableaux de fruits et de fleurs au même moment, mais les œuvres de ce peintre sont plus rares, et d'après M. Bigg, meilleures ; j'ai ôté la bordure de camelote qui était collée sur la surface du tableau et en cachait cinq centimètres tout autour, au grand pré-
judice de la composition. Je compte beaucoup sur le temps où nous serons ensemble, ce sera mes seules vacances. L'époque dont vous me parlez fera exactement mon affaire. La tentation que vous m'offrez a amusé ma femme, vous pensez que « trois moulins » sont irrésistibles, mais c'est vous qu'il me faut. J'ai une proposition à faire à Tinney ; il faut qu'il me rende son tableau, avec treize cents ou quinze cents francs, et je lui en ferai un autre, qui plaira davantage aux dames et aux vieux raseurs. Sir William Curtis aurait bien envie de ma Charrette, mais je n'ai pas beaucoup confiance, et j'aimerais beaucoup mieux vous ; nous pourrons en parler quand nous nous verrons ; c'est un compagnon-né de votre tableau; il doit vous appartenir. Ce n'est pas un petit compliment pour le tableau qu'il a hanté l'esprit de l'échevin depuis le moment où il l'a vu à l'Institut ; mais bien que ce soit un homme du monde, il est tout cœur, et il aime réellement la nature (1). Cela me fait beaucoup de bien qu'il soit là où il est à présent : qu'il y reste donc pour le moment. Si Tinney et moi nous tombions d'accord, cela me permettrait de faire un autre grand tableau pour l'exposition; cela me nuit cette année de ne pas en avoir un... X... m'a montré un joli tableau qu'il est en train de faire, mais il est insipide et beaucoup trop joli pour être naturel. Sir George Beaumont vient de me quitter; il est content d'un grand bois que j'ai teinté (2). »
« Charlotte Street, 18 août. Mon cher Fisher, Astley Cooper arrive souvent une heure plus tôt que celle fixée pour faire une opération, ce qui épargne au patient l'an-
1. Constable m'a dit que Sir William Curtis, pendant une maladie, avait fait accrocher dans sa chambre un beau Gainsborough, de façon à ce qu il pût le voir par l'ouverture des rideaux du lit.