Une grande esquisse du Vallon dans le Parc d'Helminrfham
ticipation du moment qui approche ; j'ai fixé le mercredi 20 pour venir vous voir, et je me décide maintenant pour le mardi 19. Votre superbe tableau de fruits est parti de chez moi, mais il n'arrivera pas assez tôt à Salisbury pour nous rejoindre ; vous ne regretterez pas le prix qu'il vous a coûté; il est délicieux, et il me met toujours non seulement en belle humeur, mais en humeur de peindre. Je n'ai pas la marine, je l'ai donnée à Gooch en retour de ses excellents soins envers mes enfants, pour lesquels il n'a pas voulu accepter d'honoraires. J'ai reçu il y a une demi-heure, une lettre de Woodburn qui voulait l'acheter, ou bien une de mes marines ; on les aime beaucoup, et vous avez mon esquisse d'Osmington. J'ai beaucoup de choses à dire qu'il faut remettre à demain. Je laisse ma famille avec grand plaisir parce qu'ils se portent tous très bien. Ma femme a beaucoup ri de votre phrase : « Mais je ne m'attends pas à ce que vous veniez. » J'ai été à la fête champêtre de la comtesse de Dysart à Ham House. Elle a été contente des deux portraits que je lui ai faits dernièrement et elle m'a envoyé la moitié d'un chevreuil. »
« A Mme Gonstable. Gillingham, comté de Dorset, 29 août. Ma bien chère aimée. J'ai été hier à Fonthill. Ce fut une grande bonté de la part de Fisher, de m'emmener voir cet endroit extraordinaire
« Je suis monté en me promenant jusqu'au sommet de la Tour. Salisbury à vingt-cinq kilomètres de là, s'élançait vers le ciel comme une aiguille, et les bois et les lacs étaient splendides ; et d'autre part, au nord, s'étendait la région sauvage des coteaux. Mais les collines lointaines du comté de Dorset me font beaucoup aspirer vers le cher vieux Osmington, dont le souvenir doit toujours rester précieux à vous et à moi. L'entrée de Fonthill et l'intérieur sont superbes. Imaginez la cathédrale de Salisbury, ou même n'importe quel bel édifice gothique, splendidement
décoré de rouge et d'or, d'anciens tableaux, et de statues dans presque toutes les niches ; de grands coffrets d'or pour les reliques, etc., et des glaces dont quelques-unes gâtaient l'effet. Mais c'est, somme toute, un endroit étrange, idéal et romantique, absolument une féerie. On a choisi l'endroit au milieu de montagnes et de lieux déserts. Nous avons eu un si mauvais temps que je n'ai pu que peu travailler, mais je me suis attaqué deux ou trois fois au vieux moulin. »
« 30 septembre. Mon cher Fisher, Je vous aurais remercié avant ce jour de ma charmante visite, si je n'avais trouvé à mon retour tellement d'occupation, ce qui fait que j'ai trop longtemps tardé à vous écrire. Mais je pense bien que les formes pèsent aussi peu pour vous que pour moi, en une amitié qui est à la fois la fierté, l'honneur et le grand stimulant de ma vie. Mes études de Gillingham donnent beaucoup de satisfaction: M. Bigg les préfère à tout ce que j'ai fait jusqu'ici. J'ai trouvé ma femme et mes enfants en bonne santé; mieux qu'ils n'ont jamais été. J'ai pas mal à faire en ce moment, mais la difficulté pour moi gît en ce que je dois faire pour le monde l'année prochaine; je dois absolument avoir une grande toile. Il faut que j'écrive à Tinney pour son tableau, que je voudrais ravoir; je serais bien aise de l'avoir, le cadre et
tout. X m'a demandé de voir son tableau, c'est
là un art dont je ne puis rien dire, où le cœur n'a aucune place, insipide, sans intérêt. J'ai été à l'exposition particulière du Diorama; c'est en partie un transparent ; le spectateur est dans une chambre noire, et c'est très agréable et cela donne beaucoup d'illusion. C'est en dehors du domaine de l'art, parce que le but ici est de décevoir. L'art plaît parce qu'il rappelle, non parce qu'il trompe. L'endroit était rempli d'étrangers, et il me semblait être dans une cage de pies. »
« Salisbury, 2 octobre. Mon cher Constable, Tinney consent à ce que son tableau s'en aille à Londres, mais il le l'ait, avoue-t-il, parce qu'il ne peut rien vous refuser. Il craint beaucoup que vous y touchiez. L...., le graveur, dit qu' « il a un air de nature qui semble répandu sur la toile comme par magie et cela Constable peut, en un malencontreux moment, le détruire, et jamais il ne fera an autre tableau comme celui-ci, car il s'est mis à se répéter. » Je ne sais pas si cette remarque était de lui ou simplement l'écho de ce qu'il avait entendu dire par d'autres artistes; dans les deux cas c'est bien qu'on vous le dise. Je dois vous répéter une opinion que je possède depuis longtemps, que nul homme n'a jamais plus d'une conception. Milton a vidé son esprit dans le premier livre de son Paradis perdu, tout le reste n'est que la copie de celui-là. L'Odyssée est une répétition de l'Iliade. Quand vous avez vu un Claude Lorrain, vous les avez tous vus. Je ne puis découvrir aucune exception, hormis Shakespeare ; il est toujours varié, jamais conventionnel. »
« 19 octobre. Mon cher Fisher, Merci de votre bonne, amusante et instructive lettre. Je serai toujours content d'entendre tout ce qu'on dit de moi et de ma peinture. Mon but est le perfectionnement de l'un et de l'autre. L... comme beaucoup d'hommes qui vivent à la lisière de l'art, et comme ceux qui suivent et accompagnent les armées, etc., parle à profusion de ce qui devrait être, et ceci ne va pas toujours sans malignité. Les gens de cette espèce flânent au pied du Parnasse uniquement pour tirer par les jambes ceux qui laborieusement escaladent ses flancs. Il se peut qu'il soit sincère dans ce qu'il a dit à Tinney: il s'émerveille de ce qui est fait, et conclut que le tableau ne peut être rendu meilleur, parce qu'il ne connaît rien de meilleur. J'écrirai à Tinney pour lui demander son tableau, mais en lui promettant de ne pas
y toucher, même si je voyais quelque chose dans la facture qui le rendrait meilleur, sans d'abord le prévenir de mon intention.
« Au moment où vous recevrez cette lettre, je serai à déjeuner avec Sir George et Lady Beaumont, au château de Gole-Orton, dans le comté de Leicester, près de Ashby de la Zouch. J'envisage cette visite avec plaisir et j'espère y gagner. Tous les superbes tableaux de Sir George sont là et si je peux trouver le temps de copier le petit Claude Lorrain, qui est évidemment une étude d'après nature (1), cela me servira beaucoup. Sir George ne possédera ces choses que jusqu'au moment où une salle sera aménagée, au Musée Anglais, pour les recevoir. Après ma délicieuse visite chez vous, j'aurais été satisfait. Mais Sir George désirait tellement me voir, et c'est un tel ami de l'art, que j'ai cru de mon devoir envers moimême d'y aller Je voudrais revenir en ville
à mon chevalet, et ne pas être témoin de la mélancolique décomposition des arbres qui pourrissent, eux qui étaient si beaux il y a deux mois. Il faut que je vous parle de la Vie du Corrège de Goxe ; il a fait tellement de confusions et dit tant d'absurdités sur l'art, au sujet de la lettre de A. Carrache, qui elle-même est si belle. »
« A M""^ Gonstable. Château de Gole-Orton, 24 octobre. Ma très chère aimée, Je me hâte de remplir ma promesse de vous écrire à mon arrivée ici, quoique Sir George et Lady Beaumont eussent voulu que je recule cela à un autre jour, désirant que je vienne à son atelier Ah, mon amie, c'est vraiment un endroit
ravissant, et je ne désirerais que vous avec moi pour rendre mon bonheur complet. De pareils arbres, de pareils
1. Maintenant à la Galerie Nationale. Il parle ailleurs de ce tableau sous le nom de Le petit Bosquet.
horizons et tout cela paraît être arrangé pour être vu des diverses fenêtres de la maison. Tout semble une féerie.
« Je voudrais que vous écriviez à M""" Whalley, elle regardera cela comme affectueux et venant d'une sœur. Dites-lui quelle aventure j'ai eue à Leicester, étant résolu à ne pas m'en aller sans voir Alicia (1). Je n'avais pas voulu dîner à Northampton, mais je comptais beaucoup prendre mon thé à Leicester. Il venait d'être fait et presque versé, lorsque je courus chez M'^'= Linwood, et apprit qu'elle était avec toutes les demoiselles au théâtre (à peu près huit heures et demie). Je m'y rendis en hâte, vis Alicia, lui serrai la main, l'embrassai — elle avait un visage délicieux, — ses cheveux bouclés et admirablement séparés sur son beau front arrondi — ses joues roses d'être ainsi surprise, — son menton à fossettes et ses dents admirablement blanches. Vis sur la scène trois étranges personnages qui venaient de finir une étrange chanson, les spectateurs battaient des mains, et tout cela se passa en une demi-minute. Retournai en hâte à l'auberge pour finir mon thé, la société avait disparu, la diligence partait, et moi presque laissé en route. Est-ce que cela ne l'amusera pas ? Copiez cela et votre lettre sera presque faite.
« Pensez seulement que j'écris dans une pièce remplie de Claude Lorrain, (non pas des Glover, mais de vrais Claude Lorrain), de Wilson et de Poussin. Mais je pense à vous et je suis triste au milieu de tout cela. Et mes petits poulets, mon Isabelle chérie, mon petit Charley, ma Minna, et mon cher, bien cher petit John. J. C.»
« Château de Cole-Orton, 2 novembre. Mon très cher Fisher, Votre lettre est charmante, et sa venue contribue