La fille de Mme Whalley, qui était à l'école à Leicester
à me hausser dans l'estime de Sir George el de Lady Beaumont. Il est impossible d'être plus aimable et de toutes les manières imaginables plus obligeant qu'ils le sont tous deux envers moi.
« On me laisse faire absolument ce que je veux, avec libre accès à travers toute la maison, où je peux me saturer d'art, à la seule condition de les laisser faire ce qu'ils veulent. J'ai copié l'un des petits Claude Lorrain; un frais lever de soleil, tableau extrêmement émouvant (1). Une esquisse aurait peut-être rempli le but que je me propose en ce moment, mais je voulais en avoir un souvenir plus durable ; et une esquisse d'un tableau est comme si on n'y jetait qu'un seul regard ; elle n'est pas suffisante pour venir y boire maintes et maintes fois. J'ai également commencé le petit bosquet de Claude, une scène de midi « qui réchauffe et qui réjouit, mais qui n'excite ni n'irrite ». On voit entre les profondeurs des arbres une chute deau et un temple en ruines, et un berger solitaire appelle de son chalumeau des chèvres et des moutons .
Sous les ombrages épais et là où le ruisseau s'égare.
Le berger solitaire joue du chalumeau pour ses moutons qui paissent.
Je dessine dans la soirée et Lady ou Sir George Beaumont lisent à haute voix. Sir George a connu intimement beaucoup de gens de talent, pendant ces cinquante dernières années et il est rempli d'anecdotes. Ce pays est magnifique et abonde en pittoresque. La cloche sonne maintenant pour aller à l'église. Sir George et Lady Beaumont n'y manquent jamais tous les dimanches matin
1. Le Céphale et Procris, un autre précieux don de Sir George Beaumont à la Galerie Nationale.
et soir, et disent des prières de famille. . . . Dans la salle à manger sont accrochés quatre Claude Lorrain, un Cozens, et un Swaneweldt; le soleil les illumine à son coucher. Dans les profondeurs obscures des jardins, et au bout d'une des allées est un cénataphe élevé à la mémoire de Sir Joshua Reynolds, portant inscrits de beaux vers de Wordsworth. Il y a de la terrasse une vue splendide sur une région montagneuse, et il y a un jardin d'hiver dont Sir George a emprunté l'idée au Spectateur (1).
« A Mme Constable,2 novembre. Le temps a été mauvais, mais je ne regrette nullement d'être confiné en cette
maison Je m'en vais à présent déjeuner devant
le Narcisse de Claude Lorrain. Qu'il est adorable et enchanteur! Il surpasse fort, très fort tous les paysages que j'ai vus. Écrivez-moi. Mes baisers et mon amour aux chéris. J'espère que mon séjour ne dépassera pas cette semaine. »
Dans une de ses lettres écrites de Cole-Orton à sa
1. Wilkie qui, en compagnie de M. Haydon, visita le château d Cole-Orton en août 1809, décrit ainsi la maison et sa situation : « Dance qui l'a dessiné s'est bien acquitté de sa tâche. Nous l'avons trouvé extrêmement vaste et splendide. Nous entrâmes d'abord par un grand portique dans le couloir d'entrée qui conduit à un magnifique vestibule éclairé du plafond. Autour du vestibule est une suite de pièces décorées de la façon la plus élégante. Les pièces du haut sont surtout des chambres, tandis qu'au sommet de l'édifice est
l'atelier de Sir George Le pays d'alentour est pittoresque
et assez riche en bois, et comme nous avons l'avantage de le voir du haut d'une éminence, la distance en adoucit au regard les contours et contribue à le rendre moins âpre que toutes les autres parties de la région que nous avons traversées de Londres jusqu'ici. » Wilkie parle aussi d'une abbaye en ruines du voisinage, que rend intéressante le fait d'être le lieu de naissance de Beaumont qui écrivit en collaboration avec Fletcher, et dont le frère était un ancêtre de Sir George.
femme, Conslable dit : « Sir George se lève à sept heures, fait une promenade dans le jardin avant le premier déjeuner et sort à cheval pendant deux heures, qu'il fasse beau ou laid. Nous avons jusqu'ici déjeuné à huit heures et demie, mais aujourd'hui nous avons commencé à l'heure d'hiver, neuf heures. Nous ne quittons pas la table immédiatement après le déjeuner, mais nous causons un peu sur les tableaux qui sont dans la salle. Nous allons alors dans l'atelier, et Sir George se met très courageusement à l'ouvrage et moi à côté de lui. A deux heures, on amène les chevaux devant la porte. J'ai eu l'occasion de voir les ruines d'Ashby, le torrent et les rochers (comme ceux d'Everdingen) à Grâce Dieu, et au même endroit un vieux couvent, celui de lord Ferrar, un endroit grandiose mais mélancolique. Nous ne restons pas longtemps à dîner. Lady Beaumont nous lit le journal (le Herald), et de là nous passons au salon pour le thé, et après cela vient un vrai régal ; on me donne des cartons remplis de superbes dessins et gravures, et Sir George lit une pièce de théâtre de la façon la plus exquise. Samedi soir ce fut Comme il vous plaira etje n'ai jamais auparavant entendu lire les Sept Ages si merveilleusement. Hier soir, dimanche, il a lu un sermon et une bonne partie de V Excursion de Wordsworth. Quelques-unes des descriptions de paysage dans cette pièce sont extrêmement belles. Vers neuf heures, le domestique entre avec quelques fruits et une carafe d'eau, et à onze heures nous allons nous coucher. Je trouve toujours du feu dans ma chambre et je reste debout à peu près une heure encore, car j'ai tout ce qu'il faut, bureau pour écrire, etc., etje me reproche à cet endroit le moindre instant de sommeil non indispensable. Vous ririez en voyant mon lit, tellement j'y ai entassé de choses, livres, cartons, gravures, toiles, tableaux, etc. »
« 9 novembre. Comme j'ai été heureux, ma chère aimée, de recevoir votre bonne lettre, me donnant de
bonnes nouvelles de vous et de nos chers petits
Rien, j'espère, ne m'empêcheia de vous voir cette semaine. L'absence me rend en vérité absolument nerveux, et je commencerai bientôt à être alarmé au sujet
de l'exposition Je ne m'étonne pas que vous
soyez jalouse de Claude Lorrain. Si quelque chose pouvait s'interposer à travers notre amour, ce serait lui. J'avance rapidement une superbe petite copie de son étude d'après nature d'un petit bosquet. Ma bien chère aimée, soyez seulement assez bonne pour être heureuse sans moi cette semaine, nous serons longtemps j'espère avant de nous séparer à nouveau. Mais, croyez-moi, cette visite m'aura fait du bien pour aussi longtemps que je vivrai. Sir George n'est jamais en colère, ni de mauvaise humeur, ni maussade, et quoiqu'il aime énormément la peinture, elle ne le harcèle pas. Vous m'aimerez beaucoup mieux qu'avant. Southey vient demain avec sa femme et sa fille. Je sais que vous regretteriez que je ne restasse pas pour le voir, c'est un si bon ami de Gooch ; mais les Claude Lorrain, les Claude Lorrain sont tout, tout ce à quoi je puis penser ici Le temps est si mauvais que je puis à peine voir par la fenêtre, mais vendredi il a été charmant. Je ne pourrai guère vous faire une esquisse de la maison ; mais je rapporterai beaucoup de choses, quoique de petite dimension, à vous montrer. . . . Jeudi c'était l'anniversaire de naissance de Sir George, soixante-neuf ans et marié depuis près d'un demi-siècle. Les domestiques ont eu un bal et je me suis endormi au son du violon. »
« 18 novembre. Ma bien chère aimée ,
J'ai été très content de recevoir de très agréables nouvelles de vous et de mes chers petits .... Je finirai mon
petit Claude Lorrain jeudi et ensuite j'aurai quelque chose à faire à des tableaux de Sir George, ce qui me prendra un jour ou deux de plus et ensuite je viendrai .... Je vous ai envoyé par Southey un pauvre petit mot écrit à la diable, mais j'ai été occupé toute cette matinée à une petite esquisse de cette maison, qui a beaucoup plu à tout le monde ici, pour l'album de ]\r'e Southey. Sir George ne me laisse partir qu'à contre-cœur. Il voudrait que je vienne passer la Noël chez lui et il a parlé d'une petite commande qu'il voudrait que j'exécute ici, mais j'ai refusé, car je désire tellement rentrer. Sir George est très bon et je ne doute pas qu'il ait eu l'intention de me demander ce petit tableau pour payer mes dépenses. J'ai tellement travaillé dans la maison que je ne suis pas sorti une seule fois de la semaine dernière, à tel point que je suis en train de devenir très nerveux. Mais je suis sûr que mon séjour ici me sera finalement du plus grand profit, et je ne pouvais mieux m'employer à l'avantage de nous tous, car ce séjour m'a rendu plus artiste. On sonne pour le déjeuner. Je me dépêche maintenant de finir, car le domestique attend. Je crois véritablement que l'exemple des habitudes de cette maison me sera utile autant que je vivrai. Tout est si ponctuel. Sir George n'entre jamais dans son atelier le dimanche ni ne se risque à toucher un carton à dessin. Jamais il ne s'impatiente. Il sort toujours à cheval ou à pied pour une heure ou deux, à deux heures; je veux que vous fassiez de même, ne fut-ce que dans le square. Je m'amuse tous les soirs à faire des esquisses d'après les dessins de Sir George, de Dedham, etc. Je ne pourrais pas porter tous ses carnets d'esquisses ... - Je voudrais ne pas avoir entrepris autant de besogne ici, — mais j'étais avide des Claude Lorrain.»
Dans la lettre suivante à sa femme, Constable déplore
la facilité avec laquelle il a laissé les désœuvrés lui faire perdre son temps dans son atelier, une calamité à laquelle son bon naturel le condamna jusqu'à la fin. M""' Constable dans une de ses lettres lui avait dit :« M. X... est resté ici à peu près une heure samedi, en lisant le journal et se parlant à lui-même. J'espère que vous ne le recevrez plus si souvent. M. Y... un autre désœuvré, est venu ici une ou deux fois. »
« Château de Cole-Orton, 21 novembre. Ma bien chère aimée. J'ai le cœur aussi gros que vous pouvez l'avoir de rester si longtemps éloigné de vous et de tous nos chers petits, éloignement toutefois qui maintenant tire rapidement à sa fin. En effet, ma gourmandise de tableaux m'a fait me tailler à moi-même beaucoup plus de besogne que je n'aurais dû en entreprendre en ce moment. Un des Claude Lorrain m'aurait suffi, mais je n'ai pas pu m'y mettre tout d'abord, et j'ai passé ici quinze jours avant de le commencer. Il sera fini aujourd'hui, avec peut-être une petite touche samedi matin. Je dois ensuite boucher quelques trous à un vieux tableau. Mais j'ai peur de ne pas pouvoir partir samedi, quoique j'espère que rien ne me retiendra lundi. Je puisa peine croire que je ne vous ai pas vue, ni vous, ni mon Isabelle, ni mon Charley depuis cinq semaines. Hier il y a eu un très fort vent, et une splendide soirée telle que je n'en vis jamais auparavant de semblable, à cette saison. Était-ce la même chose chez vous ? Mais à Londres on ne peut rien voir, qui soit digne d'être vu, dans l'ordre des choses naturelles.
« Je ne me laisserai certainement pas déranger gravement^ comme je le faisais par des gens qui dévorent mon temps, mon cerveau et tout le reste. Sir George dit que c'est tout à fait grave et inquiétant. Faites que j'aie ma lettre dimanche, mon dernier jour ici, car je voudrais être
122 JOHN COXSTABLE
tranquille et rassuré pendant mon voyage qui sera long et fatigant, et je serais trop nerveux quand j'approcherai de la maison; donc, je vous en prie, donnez-moi bien de vos nouvelles à tous. Je crois qu'en décembre il viendra ici des gens du grand monde, que Sir George redoute, parce qu'ils dérangent tellement ses habitudes de peintre; car aucun artiste n'aime l'art plus que lui. »
« 25 novembre. Ma très chère aimée, J'espère que rien ne m'empêchera de partir d'ici demain après-midi et de vous serrer dans mes bras jeudi matin, ainsi que .mes petits. Oh, comme je serai heureux ! Il me semble que j'ai été à Vécole, et je ne puis qu'espérer que ma longue séparation de vous pourra finalement être pour moi la cause d'un grand et durable progrès comme artiste, et même en tout. Si vous avez des amis avec vous, je vous prie de les renvoyer avant mon arrivée. »
Bien que Sir George Beaumont et Constable s'entendissent en général, dans leurs opinions sur les vieux maîtres, leur goût à chacun différait essentiellement sur quelques points d'art et leur conversation ne languissait jamais par manque d'un « non plein d'animation ». Une communion constante avec des tableaux dont les tons sont atténués par le temps, arrive à rendre l'œil inapte à jouir de la fraîcheur. Sir George trouvait Constable trop audacieux dans les moyens qu'il adoptait pour obtenir cette qualité ; alors que Constable voyait que Sir George se laissait souvent tromper par des effets provenant du temps ou du hasard et par les trucs qu'emploient les marchands beaucoup plus souvent qu'on ne le suppose généralement pour donner dft moelleux aux tableaux; et en ces matières chacun était disposé à persuader l'autre. Sir George plaçait un petit paysage de Gaspar Poussin sur son chevalet, à côté d'un tableau
qu'il était en train de faire, en disant: « Maintenant, si je peux égaler ces tons, je suis sûr d'avoir raison. » « Mais supposez, Sir George, répondait Coustable, que Gaspar puisse surgir de son tombeau, pensez-vous qu'il reconnaîtrait son tableau dans l'état où il est présentement ? Ou s'il le reconnaissait, n'aurions-nous pas de la difficulté à le persuader que quelqu'un n'en a pas enduit la surface de goudron ou de cambouis, qu'il a ensuite imparfaitement essuyé ? » Un autre moment, Sir George recommandait la couleur d'un ancien violon de Crémone comme ton dominant de toute chose, et à cela Coustable répondit en posant un vieux violon sur la pelouse verte devant la maison. Une autre fois encore, Sir George qui semblait considérer les teintes d'automne comme nécessaires, pour une certaine partie au moins d'un paysage, dit : « Est-ce que vous ne trouvez pas très difficile de trouver où placer votre arhre brun !» — « Non, pas le moins du monde, je ne mets jamais rien de ce genre dans un tableau » fut la réponse. Mais quelque contraires que fussent leurs opinions sous ces rapports, et quoique Coustable sut bien que Sir George n'appréciait pas ses œuvres, — l'intelligence, l'esprit, et les manières aimables et séduisantes du baronet lui avaient gagné le cœur, et une sincère et durable amitié subsista entre eux.
Pendant sa visite à Cole-Orton, en dehors de ses admirables copies d'après les Claude Lorrain, il fit une esquisse d'après un paysage de Rubens, une grande esquisse de la façade de la maison, et un dessin du cénotaphe élevé à Sir Joshua Reynolds.
Coustable n'avait jamais été, et ne fut jamais plus dans la suite, séparé aussi longtemps de sa femme et de ses enfants qu'il ne le fut à cette occasion ; et le désir anxieux de revenir, et en même temps son envie de compléter les copies qu'il avait entreprises à Cole-Orton, le retint telle-
ment à son chevalet, que sa visite se trouva être au préjudice au lieu d'être au bénéfice de sa santé.
« Salisbury, 12 décembre. Mon cher Constable, . . . Je ne sais quoi vous conseiller pour l'exposition. Le Waterloo dépend entièrement de la perfection et du fini qu'il a. Si le tableau était de moi, je le garderais toujours sur mon chevalet, et j'y travaillerais pendant cinq ans, une touche tous les jours.
« Le grand orage a fait des ravages à Gillinghara. Il a abattu deux de mes grands ormes, courbé un autre à un angle de quarante-cinq degrés avec le sol, et dépouillé un troisième de ses branches, n'en laissant qu'une seule entière. J'ai fait abattre celui-ci et votre bois n'existe plus que dans vos esquisses. Le grand orme au milieu de la pelouse a été épargné .... John Fisher. »
« 18 décembre. Mon cher Fisher, Votre lettre bonne et bienvenue, comme d'habitude, ne respire qu'excellente humeur, amitié et intelligence. J'en avais besoin d'une comme celle-là; car à peu près depuis Fépoque de mon retour j'ai été alité et je suis absolument anéanti par des douleurs dans les os de la tête et du visage, provenant probablement des dents. Cela a commencé à Gillingham.
Je reviens maintenant à votre lettre pour
voir ce qui exige des remarques. Premièrement : je suis décidé pour l'exposition. Il faut que mon Waterloo soit fini et un autre ; peut-être ceux de Tinney, Dedham, mais plus probablement mon Ecluse. 11 faut que je retourne à Gillingham pour y chercher un sujet pour l'autre été.
« Deuxièmement. Que je regrette lé bosquet au bas de
votre jardin ! Ceci m'a réellement fait de la peine. Je
m'étais promis de passer les heures d'été sous son ombre.
« Troisièmement. Je suis content que le grand orme soit
sauf .... »