INTRODUCTION \ VII
« Que le bleu du ciel soit crayeux ou voyant, que les nuages soient de plomb ou de pourpre, que la lumière soit dure ou entrecoupée, Constable ne cédera guère d'un iota à des théories préconçues d'harmonie, mais donne le fait réel, tout inharmonieux et désagréable qu'il puisse être >, constate le même critique.
Le paysage de Constable est le commentaire éclatant de cette vérité, qui n'est pas encore universellement admise et dont les conséquences demeurent pour la plupart virtuelles, que les choses réelles, saisies sur le fait, animées, palpitantes et crues, récèlent plus de beauté que n'en peuvent réaliser des conceptions aprioristes et qu'il y a infiniment plus de ressources d'art dans la nature, avec ses ardeurs, ses rudesses, ses harmonies particulières et parfois même sa grossièreté, que dans l'imagination des artistes,
Constable ne châtre pas la nature pour la rendre plus maniable et plus élégante : il la chérit brutale, violente, démesurée.
Il ne dénature pas son sujet. Il l'aime trop pour cela. Il ne lui impose pas sa tyrannie d'homme supérieur, il lui obéit dans l'oubli de soi et l'assurance que ses volontés sont nobles et grandes.
Nul plus que lui n'eut en horreur le factice et le précieux.
Il est le créateur de nouvelles harmonies basées sur les couleurs de la nature, plus variées, plus fortes, plus caractéristiques que celles choisies dans l'atelier en vue d'obtenir des effets de convention. Il a le premier érigé en système cet emploi des couleurs naturelles dans le paysage. Il aime et saisit la réalité pour elle-même, non pour le parti qu'un peintre peut en tirer, en la déformant. Son art est l'antithèse absolue de celui qui prétend trouver dans la « noblesse » de certains motifs, mystiquement et pénible-
ment choisis et transfigurés, une expression esthétique supérieure.
C'est par là qu'il s'affirme l'un des initiateurs d'un sens nouveau de la beauté, de la beauté universelle contenue dans chaque parcelle de la nature, fût-ce la plus plate et la moins inspiratrice, et que le rôle de l'artiste consiste à rendre visible.
Constable a le premier, je crois, expérimenté cette pratique, que l'on pourrait croire contemporaine, de multiplier les aspects d'un même lieu et d'en fixer ainsi, en documents d'art, la multiple physionomie. Ainsi ses deux grandes séries de la Vallée de la Stour et de la Lande- Hampstead, autour desquelles une bonne part de sa vie d'artiste se concentra.
Il méprise visiblement les motifs le plus souvent traités par le paysagiste, ceux que l'opinion commune tient pour les plus caractéristiques et les plus aptes à l'interprétation picturale (couchers de soleil, forêts automnales, etc.). Il a trop de vigueur et d'originalité, une trop vive sensation directe des choses pour éprouver les mêmes impressions que la moyenne des peintres. A ses yeux, la beauté existe partout et toujours, mais son tempérament le pousse surtout vers le plein midi du plein été. Il déclare ne pas aimer l'automne, la saison traditionnellement chère aux artistes. Il adore le printemps et l'été, parce qu'ils signifient pour lui joie, force, action, plénitude. Il est particulièrement attiré par l'éclat du ciel estival et des verdures abondantes, riches et lustrées. Il s'attaque à la nature dans le moment où elle revêt son plus opulent, son plus frais vêtement. Un instinct le pousse à se mesurer avec la force et l'éclat. « Il ne peignit qu'en trois ou quatre endroits,