La dame décrite dans la lettre précédente
sans vous. Vraiment cela vaut bien la peine d'avoir passé par où j'ai passé pour les heures et les pensées que nous avons eues ensemble. Je suis en grande faveur auprès de toute la famille de Seymour Streel, et je songe continuellement à la grande bonté qu'ils m'ont témoignée dans mes anciens jours quand cela était vraiment précieux pour moi ; car j'ai longtemps chancelé sur le seuil et je me suis débattu dans le chemin, et il n'y eut jamais aucun jeune homme plus près d'être perdu : mais me voici, et il me faut maintenant prendre garde où je suis. »
« Gillingham, 10 mai. Mon cher Constable, J'admire votre générosité léonine à passer sur mon long silence sans m'en faire de reproches. Je suis heureux que vous ne m'en ayez pas demandé la raison, car je ne puis en désigner aucune, excepté que je pensais toujours à vous, me proposant chaque jour de vous écrire et négligeant chaque jour de mettre mon projet à exécution. Votre dernière lettre est évidemment écrite sur un ton de joie triomphale et avec raison. Votre réputation et votre fortune ont tous deux augmenté, et vous n'êtes redevable pour tous deux qu'à la Providence et à vos efforts. Je ne suis pas surpris que « Le Navigateur » se soit vendu à première vue; c'était un de vos meilleurs tableaux. L'achat de vos deux grands paysages pour Paris vous fait certainement monter de deux ou trois degrés sur l'échelle de la popularité. Ces nigauds d'Anglais qui n'osent pas se fier à leurs propres yeux, découvriront vos mérites quand ils verront qu'on vous admire à Paris. Nous devrions y aller
maintenant pour une semaine Je vous quitte en
général plus sage que lorsque je suis venu et certaines de vos savoureuses sentences restent fixées dans ma mémoire comme une épine et me font une piqûre quand je m'assoupis. « Un homme croît toujours, soit vers le haut soit vers le bas. » J'ai essayé de me développer « vers le haut »
depuis que nous nous sommes quittés John
Fisher »
« Mon cher Fisher, J'avais compté sur le plaisir de revoir le comté de Berk avec vous, mais ça n'est pas possible cette année, je viens de m'engager à finir pour le mois d'août sept tableaux de petite dimension pour Paris. Les grands vont être exposés au Louvre et mes acheteurs disent qu'on attend avec beaucoup d'impatience de les voir à Paris. Le Directeur de l'Académie d'Anvers, M. Vanbree, est venu me voir, il dit qu'ils feront une
grande impression sur le continent Le monde est
débarrassé de Lord Byron, mais la bave mortelle de son contact subsiste. »
« Brighton, 29 mai. Le dignitaire de l'Église semble avoir oublié le dignitaire du chevalet .... Je suis occupé ici, mais je n'aime pas cet endroit et il me manque une lettre de vous. Cependant j'avance dans mes tableaux pour la France, l'un des plus grands est complètement achevé et c'est mon meilleur comme éclat joint au calme, ce à quoi je m'efforce pour le moment. Brighton est le réceptacle des mondains et du rebut de Londres. La splendeur de la mer et, pour employer votre magnifique expression, sa « voix éternelle », est étouffée par le bruit et le tumulte des diligences, des tilburys, des fiacres, et la baie n'est plus qu'un Piccadilly, ou pire que cela, de bords de mer. Des femmes habillées et déshabillées, des messieurs en robe de chambre et en pantoufles ou même sans cela ou sans rien d'autre, jusqu'aux genoux dans les vagues ; des valets, des enfants, des bonnes d'enfant, des chiens, des garçons, des pêcheurs et des hommes de service, des garde-côtes avec sabre et pistolet ; du poisson pourri, et ces hideux amphibies, les vieilles baigneuses, dont le langage, à la fois par les jurons et la voix, les fait ressembler à des hommes, tout cela mélangé
132 JOHN COXSTABLE
en une perpétuelle et indécente confusion. L'endroit comme il faut ou la Promenade de la Mer, est encore plus artificiel, avec son aspect arrangé et propre, et la jetée à la mode ou Môle de la Chaîne, avec ses longues et élégantes enjambées dans la mer sur une étendue de quatre cents mètres. » (Ici l'écriture est interrompue par une esquisse). « En un mot, il n'y a rien ici pour un peintre, excepté les vagues et le ciel, qui a été vraiment ravissant et toujours changeant (1). Les bateaux de pêche d'ici ne sont pas aussi pittoresques que les bateaux de Hastings, la différence consiste en ceci. » (Ici une esquisse). « Mais ces sujets-là sont tellement rebattus à l'exposition et sont vraiment si peu propices au magnifique sentiment qui appartient au paysage qu'ils ont fait beaucoup de mal. Ils constituent une classe d'art beaucoup plus facile que le paysage et l'ont en conséquence presque supplanté. Pendant que j'étais dans la campagne, car je suis à l'ouest de la ville et tout à fait en dehors, j'ai rencontré un homme très intelligent et d'esprit très fin, M. Phillips. Nous sommes devenus intimes et il contribue beaucoup à notre plaisir ici. C'est un botaniste et tous ses ouvrages d'histoire naturelle sont instructifs et amusants, écrits pour les enfants de tous âges ; son Histoire des Arbres est délicieuse (2). Nous sommes au
1. Au dos de l'une des esquisses à Ihuile faites par Constable à rextrémité ouest de Bri^hton pendant Tété de cette année, il y a ces mots : « Les environs de Brighton consistent en enclos pour les vaches comme à Londres et en masses affreuses de terre pelée qu'on appelle la campagne. »
2. « Constable lui prêta un jour 2.500 francs avec peu de chance d'être remboursé. M. John James Masquerier, un portraitiste, l'absolu contraire à tous égards de Phillips, vint voir Constable à Londres pour lui exprimer ses sympathies au sujet de cette perte d'argent. « Jamais je n'oublierai, écrit Lucas, l'expression de son attitude et
11° 9, Jardins de M™" Sober, ainsi nommés d'après jyjmo Sober, la châtelaine ; elle a fait construire une chapelle, et un homme qu'on avait amené complètement ivre devant les juges, lorsqu'on lui demanda qui il était, répondit qu'il était « un des membres de l'assemblée des fidèles de M'"e Sober. »
« Mardi dernier, le plus beau jour qu'il y ait eu, nous sommes allés au Rempart, qui est en réalité les restes d'un camp romain, dominant un des plus admirables paysages de nature qu'il y ait au monde, et par conséquent une scène des moins faites qui soit pour un tableau. C'est l'aflaire du peintre de ne pas lutter avec la nature en mettant un pareil paysage, une vallée remplie de sujets sur une étendue de quatre-vingts kilomètres, sur une toile de quelques centimètres, mais de faire quelque chose avec rien, effort qui doit presque forcément le rendre poétique ; mais vous comprenez cela mieux que moi. Ma femme et mes enfants vont admirablement bien. »
Constable retourna à Londres en juin avec le jeune Dunthorne, laissant sa famille à Brighton. Pendant qu il était en ville, il tint un journal, qu'il envoya périodiquement à M"'° Constable et dont voici quelques
extraits : « Mercredi, 16 juin Un Français et sa
femme sont venus me voir, ils ont été très contents, pouvaient parler un peu anglais et ça a été très bien. Il m'a commandé un petit tableau et désirait savoir si je recevrais des commandes de Paris, où, dit-il, j'étais très connu et très estimé ; et, si je voulais y venir, les artistes me recevraient avec beaucoup d'éclat. Il a été enchanté du
son air, tandis qu'il le regardait en plein visage, lui disant « Sachez donc bien, Masquerier, que j'aimerais mieux perdre celte somme avec Phillips que la gagner avec vous! » Lord \A'iNnson, loe. eit.
tableau de Tinney, qui fait maintenant superbement bien sur le chevalet; cela m'est utile de pouvoir montrer une aussi bonne œuvre. Jackson m'a dit que Lord Fitzwilliam m'aurait certainement acheté mon tableau, s'il n'avait pas été vendu à M. Morrison. Fisher est venu et à dîné. Leslie est venu me demander de passer la soirée avec lui. Il est resté pour prendre le thé. Fisher et Leslie ont beaucoup parlé de Washington Irving. Un livre nouveau de lui vient de paraître. Fisher est absolument ravi d'irving. »
« 21 juin Collins est venu me voir, il me
dit que je suis un grand homme à Paris et qu'il est curieux qu'on n'y parle que de trois artistes anglais : Wilkie, Lawrence et Constable. Cela paraît magnifique. Il a été très frappé de l'efTet du tableau de Tinney. Il espère que le tableau ira à la Galerie. »
« '22 juin .l'ai reçu une lettre de Paris, M. Arro-
wsmith m'a fait savoir que mes tableaux sont arrivés à bon port et combien ils ont été admirés ; il parle de revenir à la fin du mois prochain. Je serai prêt pour lui; sa lettre est flatteuse, mais je n'ai aucune envie d'aller à Paris (1). »
1. « M. Arrowsniith le presse sans cesse de venir à Paris. Il écrit do nouveau au mois d'octobre do la mcnic année : « Je voudrais pouvoir vous tenter en vous prédisant un accueil plus qu'amical ; mais si cela peut vous satisfaire, je puis vous assurer que personne ne serait davantage le bienvenu que vous, et je crois que le pays vous offrira des choses assez intéressantes à voir pour compenser la perte de votre
temps Veuillez dire, je vous prie, à M°". Constable que nous
serions extrêmement heureux si elle pouvait se décider à entreprendre le voyage avec vous au cas où vous viendriez ; sinon cette saison, en tous temps nous serions heureux de sa visite aussi bien que de la vôtre. Vous devez savoir que nous vous avons préparé une chambre depuis au moins deux mois. » Constable songea évidemment à accepter cette invitation, car en mars 1825. M. Arro^^smith pai-Ic de sa visite
« 2 juin. Après le premier déjeuner je suis allé chez l'évêque sur son désir. 11 voulait me dire qu'il pensait à ce que je relouche le tableau de la Calhédrale, et a indiqué beaucoup de choses. — « Il espérait que je ne prendrais pas ses observations eu mauvaise part. » Je lui ai dit « tout au contraire, car Son Éminence était mon affectueux mentor depuis vingt-cinq ans ». Il doit me l'envoyer demain !M. Neave est venu ce soir vers
cinq heures. C'est toujours l'homme le plus agréable du monde. Il a été absolument étonné du tableau sur le chevalet (celui de Tinney), et a dit qu'il espérait que je resterai toujours fidèle au pittoresque, et à ces scènes en lesquelles je suis « si pleinement original». M'"*' Hand me dit que Owen parle toujours en termes tellement flatteurs de moi, de toutes les façons, ce qui est tout à fait charmant. »
« 30 juin. Sir George Beaumont est venu pour savoir si je voudrais me charger d'une singulière commande. Il y a une dame qui s'est consacrée à la découverte de ce qu'on appelle le secret du coloris vénitien. Elle s'occupe de cela depuis vingt ans, et à la fin a écrit au ministre pour demander que des essais convenables soient faits sur ce point par des artistes éminenls. Sir George m'a demandé d'en faire l'essai disant qu'on me paierait mon temps, etc., et pensant que la dame étant à présent à Brighton, cela ne me dérangerait peut-être pas. Je le reverrai demain ; j'ai oublié le nom de la dame. »
(( l" juillet. Je suis heureux de voir que la dame qui a
comme d'une chose assurée : mais ne pouvant dominer sa répugnance à quitter rAngletcrre et son œuvre, il semble ne s'être jamais décidé à mettre ce projet à exécution. Sa sœur, le 10 septembre
1825, fait allusion à son voyage en France Mais lo voyage ne
vint jamais. » Lord Wi^nson, loc. cit.
18(j JOHN CON STABLE
découvert le secret des Vénitiens refuse de le soumettre à n'importe quel artiste. Elle voudrait que les Directeurs de l'Institut Anglais envoient beaucoup d'artistes et qu'ils leur offrent de très hautes récompenses s'ils réussissent, car Sir George pense que cela aura une issue. M""' X. . . a vu l'Exposition et a été enchantée de mon tableau qui, dit-elle, « avantage l'endroit, mais ne fait pas mentir la nature. »
« 2 juillet. Reçu une lettre de l'Institut offrant des prix pour les meilleures esquisses et tableaux représentant la Bataille du Nil et celle de Trafalgar; cela ne me regarde pas. »
« 3 juillet. M. Ottley est venu ce matin. Je lui ai été présenté par Sir George Beaumont. Il a été très content ; il est resté longtemps et a regardé beaucoup de choses. C'est plutôt un amateur qu'un artiste, et par conséquent il trouve des quantités de fautes. C'est un bon démolisseur, mais un pauvre créateur, dépourvu d'originalité d'esprit Suis allé prendre le thé avec M. Ottley. Vu
de belles gravures. Je n'ai jamais vu une pareille collection d'eaux-fortes de Waterloo. II y avait également une quantité de choses de lui, qui m'ont fait beaucoup souffrir, de ces choses si laborieuses, si insipides, si inutiles, mais très propres à faire illusion. Elles sont toutes d'une seule feuille (1), et principalement des lauriers, des herbes, des houblons, des raisins, etc., et tout cela par dix mille. C'est un écrivain de beaucoup de talent et un honnête homme. Il dit qu'il a beaucoup perdu avec ses publications sur l'art. »
« 7 juillet. Pris le thé avec Rochard. Les Chalon et
1. Il veut dire que chaque feuille séparée était dessiuéc sans préoccupation de lensemble.
Newton y étaient. Une agréable soirée. Vu dans un journal qui était sur la table, un paragraphe mentionnant l'arrivée de mes tableaux à Paris. Ils ont fait beaucoup de bruit et les critiques professionnels français sont furieux contre les artistes, parce qu'ils les admirent. Tout cela est assez amusant, mais ils ne peuvent pas venir me trouver de ce côté-ci de l'eau, et je n'irai pas, »
« 10 juillet. Me suis habillé pour aller dîner chez Leslie. C'est une maison qui convient bien à un artiste, mais très à l'écart. Mais c'est tout à fait à la campagne. Willes et Newton y étaient. Après le dîner j'ai fait une promenade à travers champs et à la nouvelle église, Saint John's Wood, où mon pauvre oncle, David Pike Watts est enterré. Vu la tombe. Une soirée délicieuse. »
Dans une autre partie de son journal, Constable décrit la familiarité des pigeons de son voisin. Ils étaient entrés dans la pièce où John Dunthorne travaillait et s'étaient perchés sur le chevalet, et il continue ainsi: «Mary Constable m'a raconté une drôle d'histoire au sujet d'un de ses cygnes et d'une cane qui avait des petits. Il allongea son cou vers sa couvée et elle l'attaqua avec furie, et après bien des histoires, des éclaboussures, du bruit, elle le repoussa et s'éloigna triomphalement perchée sur le dos du cygne. »
« Brighton, 18 juillet. Mon cher Fisher, J'ai souvent tenté de vous écrire, mais à Londres j'avais tellement d'occupations et d'interruptions que j'ai été contraint de reculer ma lettre jusqu'à mon arrivée ici, où je
suis venu chercher le repos auprès des miens
J'ai formé le plan de ne recevoir aucune commande audessous de cinq cents francs, quelque petit que soit le tableau, car il doit être aussi parfait et le sujet aussi bon que pour une toile de deux mètres. Nous avons i^çu une lettre des sages de l'Institut, ils offrent une bonne chose:
il s'agit d'obtenir des tableaux d'artistes vivants qui sont chez des particuliers, pour organiser une Exposition l'année prochaine à la place de celle des vieux maîtres. 11 faut que je demande que le tableau de Tinney puisse en être, et comme il est déjà en ma possession, cela est facile. Les critiques français ont commencé à s'occuper de moi, et cela de la façon ordinaire, en établissant des comparaisons avec ce qui a été fait. Ils sont irrités contre les artistes qui admirent ces tableaux qu'ils « se mettront
maintenant à examiner » etc Ils reconnaissent
que l'effet est « riche et puissant, que l'ensemble a un air de nature et que la couleur, leur mérite principal, est vraie et harmonieuse, mais faut-il admirer des œuvres aussi insolites pour ces seules qualités ? Que devient alors le grand Poussin? » Ils avertissent ensuite les jeunes artistes « de se méfier de la séduction de ces œuvres anglaises. » Tout cela vient de ce qu'ils sont des critiques en règle. L'exécution de mes tableaux, je le sais, est singulière, mais j'aime ce précepte de Sterne : « Ne faites pas attention aux dogmes des écoles, mais allez au cœur comme vous pourrez»; et il est évident que j'ai atteint quelque chose qui ressemble à cela, par l'impression que ces tableaux ont faite sur la plupart des gens qui les ont vus ici et à l'étranger. J'ai l'article et je vous l'enverrai. Je médite quelque grand paysage, mais je n'ai pas l'envie de continuer mon Waterloo, je suis pénétré de l'idée qu'il me ruinera. Je voudrais vous voir à Salisbury, mais comment et quand, je ne sais. Je compte passer un mois de repos ici, et j'ai apporté avec moi plusieurs œuvres à compléter. Quel bonheur de pouvoir ainsi transporter ma profession avec moi. Ma femme se trouve
beaucoup mieux et plus forte du changement. »
Immédiatement à la descente de la diligence, après un de ses voyages de Londres ù Brighton ou réciproquement.
Constable peignit la très belle esquisse, d'après laquelle fut faite la gravure du Paysage Anglais, appelée « Aprèsmidi d'été après une averse » ; c'était le souvenir d'un effet qu'il avait observé près de Red Hill (1)
« 2 novembre. Mon bien cher Fisher, Je suis résolu à vous écrire, bien que je ne sois guère de force à le faire. . . . Toutes mes indispositions ont leur source dans l'esprit. C'est quand je suis inquiet et malheureux que je deviens sensible au froid, à l'humidité, à la chaleur, et à toutes ces stupidités. Je ne suis pas bien depuis quelques semaines, mais j'espère bientôt me remettre à travailler »
« 13 novembre. Mon cher Constable, J'espère
que vous changerez cette année votre sujet quant à Vheure de la journée. Thomson, vous savez, n'a pas écrit quatre Étés, mais quatre Saisons. Les gens se fatiguent de voir du mouton en haut, du mouton en bas, et du mouton sur le côté, quoique de la plus exquise saveur et de la plus petite taille. Quand vous récrirez, raconteznous quelque chose de votre femme et de vos enfants. J. Fisher. »
« Charlotte Street, 17 novembre. Mon cher Fisher, Je
vous remercie de votre lettre d'hier John
Dunthorne est ici, il me réconforte et m'aide tellement que je voudrais toujours l'avoir auprès de moi; il m'avance beaucoup dans les parties inférieures du travail, telles que
le calque, la mise au carré, etc Je médite
un grand tableau et j'ai égard à tout ce que vous me dites, mais je ne partage pas cette idée qu'il faut varier
1. « John Jackson, de lAcadémic Rojale, fut tellement ravi de cette esquisse qu'il offi-it pour l'obtenir de faire en échang:e un tableau de n'importe quelle dimension, mais Constable ne voulut pas sen séparer. » Lord ^^'Im>soR, loc. cit.
140 JOHN COXSTABLE
ses projets pour maintenir le public en bonne disposition. Les changements de température et d'effet amèneront toujours de la diversité. Que serait-ce si Van derVelde avait abandonné ses marines, Ruysdael ses chutes d'eau et Hobbéma ses forêts natales ? Le monde aurait perdu autant de traits distinctifs de l'art. Je sais que vous ne souhaitez aucun changement essentiel, mais je dois lutter contre l'argument spécieux soutenu en hauts lieux, même par Lawrence, que le sujet fait le tableau. Vous pensez peut-être qu'un effet de soir ferait bien l'affaire ; cela pourrait peut-être me créer quelques nouveaux admirateurs, mais j'en perdrais beaucoup d'anciens.
« Je m'imagine enfoncer un clou; je l'ai enfoncé d'une certaine longueur, et en persévérant je pourrai l'enfoncer jusqu'au bout; en le quittant pour en cogner d'autres, bien que je puisse m 'amuser, je ne fais pas avancer plus loin le premier pendant que ce clou particulier reste immobile. Nul homme pouvant faire bien une chose, ne pourra faire n'importe quelle autre différente chose également bien et cela est vrai, même de Shakespeare, le plus grand maître en variété. Envoyez-moi le tableau du chemin ombragé quand vous voudrez. Voulez-vous en avoir un autre ? Je me sers du carnet d'esquisses pour quelques jours, il est plein de bateaux et de vues de la côte. Les sujets de ce genre me semblent plus faits pour l'exécution que pour le sentiment. Je considère le vrai sentiment pastoral du paysage comme très rare et difficile à atteindre. C'est de beaucoup le genre le plus exquis dans la peinture aussi bien que dans la poésie. Je suis passé chez Angerstein l'autre jour, quel souverain maître
que Claude Lorrain! Quelque chose peut-il
dépasser la canaillerie des journaux? Après avoir dit tout le mal possible de X..., vrai pour la plus grande part, les voilà qui s'efforcent maintenant de détourner la justice
de son cours. J'ai rencontré plusieurs fois Sir à
Bi'ighton. C'est un solide gaillard, sensé, idiot, habile, sot, vulgaire; très amusant, assurément un grand menteur, il a été longtemps porté partout sur les épaules du monde et son esprit est rempli de toute la saleté de la vie. Je crains que cette lettre mal écrite et amphigourique ne vous ennuie. Mais, pardonnez-moi, car cela m'a procuré beaucoup d'amusement d'esprit à l'écrire. Ma femme demande des nouvelles de M™^ Fisher et de vos enfants. »
« Mon cher Constable, Vous trouverez ci-jointes des remarques sur vos tableaux à Paris. Ils ont fortement frappé les F'rançais et ils ont créé une division dans l'école des paysagistes de France. Vous êtes accusé de négligence par ceux qui reconnaissent la vérité de vos effets, et la fraîcheur de vos tableaux leur a enseigné que, bien que vos moyens puissent ne pas être essentiels, votre but doit être de produire une imitation de la nature, et la prochaine exposition de Paris fourmillera de vos imitateurs, ou l'école de la nature contre l'école de Birmingham (1). J'ai vu un homme en attirer un autre près de vos tableaux en disant : « Regardez ces paysages d'un Anglais, — la terre paraît être couverte de rosée. » Bien cordialement à vous, William Brockedon, 11, Caroline Street, Bedford square, 13 décembre. »
Constable m'a parlé d'une singulière habitude d'un de ses homonymes qui n'était pas cependant de ses parents, Archibald Constable, l'éditeur d'Edimbourg, vint le voir, je pense cette année-là, et se présenta lui-même disant que, partout où il allait, il tenait à voir tous ceux qu'il pouvait
1. Centre de la fabrication des objets en « toc »; synonyme ici de « camelote ». (N. D. T.)
trouver, portant son nom, qu'il ne connaissait pas auparavant (1).
« Charlotte Street, 17 décembre. Mon cher Fisher, . . . .... Comme j'aimerais passer un jour ou deux avec vous à Bath ; mais après un été aussi interrompu, et tant d'indispositions pendant l'automne, je me sens dans l'impossibilité absolue de quitter Londres, tellement mon ouvrage est en relard. Nous entendons parler de bien mauvaises maladies tout autour de nous, causées sans doute par les pluies excessives. Je viens de recevoir une lettre de Sir George Beaumont ; il a été sérieusement malade et absolument incapable jusqu'à ces derniers temps de toucher un pinceau. Tout ce qui m'appartient vous appartient, et je n'aurais pas hésité un seul instant à vous envoyer le carnet d'esquisses de Brighton, mais quand vous m'avez écrit, mon Français était à Londres, nous étions en train de décider pour l'ouvrage, et il m'a demandé de faire douze dessins, qui seront gravés ici et publiés à Paris, tous d'après ce carnet. J'y travaille le soir. Ce carnet est plus grand que mes autres et ne contient pas de petits croquis isolés, mais uniquement de vraies compositions représentant des bateaux et des vues de la baie ; il peut y en avoir une
1. Je n'ai pas trouvé l'exposé suivant de l'origine du nom, à temps pour le placer où il aurait dû paraître, dans le premier ciiapitrc. « Le nom patronymique de Constable tira sa première origine d'une charge importante ainsi nommée dans les premiers temps, comme le Connétable de Chcster, le Connétable du Richmond ; et il y a à ce moment-ci un Connétable de la Tour de Londres, charge qui fut introduite en Angleterre par les Normands. Il y avait certaines charges de ce genre en Bretagne, en France, d'où beaucoup de leurs titulaires vinrent en Angleterre avec l'armée de Guillaume le Conq\iérant, parmi lesquels nous trouvons un Constable, le premier du nom. comme il apparaît dans la liste ou table de Battlc-Abbey, à la Tour de Londres, imprimée dans la chronique de How. p. 138. » Histoire de l'origine des Titres de Poulson, vol. II.
trentaine environ. Si vous avez envie de les voir pendant quelques jours, dites-moi comment je dois vous les envoyer. Mes affaires de Paris marchent très bien. Bien que le directeur, le comte Forbin, ait donré tout d'abord à mes tableaux une place très honorable au Louvre, cependant après avoir été exposés pendant quelques semaines, ils grandirent en réputation et furent déplacés de leur première place pour occuper un poste d'honneur, deux places de choix dans la salle principale. Je dois beaucoup aux artistes pour leur prise d'armes en ma faveur mais je dois rendre justice au comte, qui je crois n'est pas un artiste et qui pense que comme mes couleurs sont rudes, il faut les voir à distance. Ils se sont aperçu de l'erreur, et reconnaissent maintenant la richesse de la texture et l'attention portée à la surface des choses. Ils sont frappés de leur vivacité et de leur fraîcheur, choses inconnues à leurs propres tableaux. La vérité est qu'ils étudient (et ce sont des élèves très laborieux) seulement les tableaux ; et comme le dit Northcote : « Ils connaissent aussi peu la nature qu'un cheval de fiacre connaît le pâturage. » En fait, cela est pire, ils font de laborieuses études d'objets particuliers, de feuilles, de rochers, de pierres, etc., séparément; de sorte que ces objets paraissent détachés, sans appartenir à l'ensemble, et ils négligent absolument l'aspect de la nature, sous ses divers changements. J'ai appris hier que le possesseur en demande douze mille francs. On aurait voulu en acheter un. Le Chariot, pour la nation, mais il n'a pas voulu les vendre séparément. Il me dit que les artistes désirent beaucoup les acquérir et les placer à un endroit où ils pourraient aller les voir. Reynolds va làbas en juin pour les graver, et il a envoyé deux aides à Paris pour préparer les planches. Il est occupé maintenant à VEcluse et il doit graver les douze dessins. Dans tout cela je n'ai aucuns frais à faire, et cela ne peut manquer
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d'augmenter ma réputation. Ma femme me traduit quelques-unes des critiques. Elles sont amusantes et lines mais superficielles. Après avoir dit : « II n'est que juste d'admirer la vérité, la couleur, la vivacité générale et la richesse des surfaces, cependant ce sont là comme les préludes en musique et les chants abondants et harmonieux de la lyre éolienne,qui ne signifient rien »; et ils les appellent « des discours et des harangues, des conversations grandement fleuries affectant une facilité insouciante, etc. » Toutefois il est certain qu'ils ont fait du bruit et ont fait réfléchir les élèves paysagistes. Maintenant vous devez bien me croire, il n'y a personne au monde autre que vous à qui je pourrais écrire de cette manière, et tout cela à mon sujet; mais ôtez à un peintre la vanité, il ne touchera plus jamais à un pinceau. »
Ce qui suit est une partie de la réponse de M. Fisher à cette lettre: « Je suis content de voir qu'on est en train de graver vos tableaux, parce que cela contribuera à étendre votre renommée; mais j'ai quelque crainte quant au résultat. Il y a dans vos tableaux trop d'effet fugitif et de tonalité générale pour être rendus par le blanc et noir. Votre charme est dans la couleur et dans la teinte fraîche du jour anglais. La pierre de la gravure en mezzotinte ne saisira jamais cela. »
CH-VPITRE VIII
ANS une lettre en date du 5 janvier 1825, Constable parle d'envoyer à Fisher quelquesunes de ses études à l'huile de Brighton, et dit: « La vue de la mer pourrait peut-être remonter M™" Fisher, (qui était très malade). Je griffonne, ajoute-t-il, hAtivement ces lignes dans l'obscurité devant une toile de deux mètres, dans laquelle je me suis embarqué avec toutes mes inquiétudes habituelles. C'est une vue de canal, ma prochaine lettre en contiendra une esquisse à la plume. »
« 22 janvier. Mon cher Fisher, Je suis inquiet de n'avoir pas de vos nouvelles. J'espère que vos invalides n'ont ni fait une rechute ni augmenté en nombre. J'écris deWoodmanstone, un village à 10 kilomètres au sud-est de Croydon. Je suis en train de faire un groupe de trois enfants avec un âne, les petits enfants de M. Lambert dont les ancêtres habitaient ici en 1300. C'est pour envoyer à leurs parents aux Indes orientales. Les enfants sont ici pour leur éduca-
lion et parlent i mpaiiaitement la langue à leur arrivée. Le boucher ramenait chez lui un veau dans sa charrette, lorsqu'un des enfants s'écria : « Tante, pourquoi le monsieur il emporte la vache en cabriolet. » Vous pouvez supposer que j'ai quitté la maison très à contre-cœur pour exécuter cette commande. Le giand sujet sur mon chevalet promet, c'est un canal, rempli de tout le mouvement particulier à une scène de ce genre quand quatre ou cinq bateaux passent ensemble ; avec des chiens, des chevaux, des garçons, des hommes, des femmes et des enfants, et ce qui est le mieux de tout, de vieux bois, d'étais, de plantes aquatiques, de saules, de souches d'arbre, de joncs, de vieux filets. Je consens, si vous n'y voyez pas d'objections, à ce que votre tableau aille à la Galerie, mais j'essaierai d'avoir celui de Tinney quand le moment viendra, car je crois qu'il a plus de qualité pour être exposé parmi d'autres tableaux. J'ai reçu une lettre de Paris ce matin, m'informant que le roi, à sa visite au Louvre, a été heureux de me décerner une médaille d'or pour le mérite de mes paysages. Il a nommé en même temps Lawrence chevalier de la Légion d'honneur. J'ai de la fierté et de la satisfaction en vous parlant de cela ; mais je puis vraiment dire que votre attention pour moi au début et votre amitié alors que j'étais obscur, valaient davantage et que j'y songe avec plus de satisfaction intime qu'à cela, et à tous les autres égards que j'ai rencontrés, réunis. Je suis parti de chez moi jeudi et serai de retour à la fin de la semaine. Mon petit groupe est sur la toile et fait un joli tableau. Dans le . fond est l'église de Woodmanstone. (Suit ici uneesquisseà laplumedu tableau) M. Lambert est le type du propriétaire campagnard d'autrefois. Son cabinet renferme des tableaux de chevaux de courses et de chasse, des fusils, des guêtres, des gants, des tournevis, de l'étoupe, des pierres à fusil, etc. Vous ne pouvez croire combien je regrette d'être ici et de négliger
mon grand paysage ; mais il ne faut pas que je me fâche avec de bons amis, et que je jette l'échelle en bas d'un coup de pied. »
« Bath, 21 janvier. Mon cher Conslable,
Votre colis est arrivé à bon port. Vos études de Brighton nous ont transportés en imagination à Osmington. Je les ai montrées à un artiste qui habite ici, il voulait savoir de quelles couleurs vous vous serviez. La collection Choiseul m'a été de la plus grande utilité. J'ai copié à la mine de plomb le boucher vendant le bœuf d'Ostade, le garçon regardant par la fenêtre au soleil et un Vanderheyden. Merci à vous de m'avoir donné le sixième sens, le pouvoir d'éprouver du plaisir au clair obscur. Cela m'a aidé à passer bien des heures anxieuses. J'étais impatient d'apprendre comment vous aviez été traité à la visite du roi de France au Louvre. Votre médaille ne peut pas vous avoir donné plus de joie triomphante qu'elle ne m'en a donné à moi-même. Je considère toujours en vérité votre réputatioi) comme mienne, et à mesure que vous vous élevez lentement et durablement dans l'estime publique, je me fais gloire d'avoir contracté une amitié aussi durable avec un homme d'un tel mérite. Mais on sent mieux ces choses-là qu'on ne les dit John Fisher. »
« Bath, 8 avril. Mon cher Conslable, Je suis sorti hier, à cheval, de la pâle atmosphère de Bath, pour me rendre au village verdoyant de Bath-Easton et je me suis trouvé instinctivement au moulin, entouré de barrages, de chutes d'eau, de filets et de saules, avec une odeur d'herbes, d'eau courante et de farine venant à mes narines. Je n'ai pas besoin de vous dire que la scène vous a évoqué dans mon esprit et a été la caubc de cette lettre. » M. Fisher après avoir parlé de la maladie sérieuse de M'"° Fisher, continue ainsi : « Je vous renverrai vos études dans une semaine ou à peu près. Je mettrai dans le même paquet
deux volumes des sermons posthumes de Paley, que vous pourrez lire à votre famille un dimanche soir. Ce sont des compagnons bien appropriés à vos études, étant exactement comme elles, pleins de vigueur, frais, originaux, chauds de l'observation de la nature, faits sur le moment, non polis, non retouchés après. Il y a, en tête d'une nouvelle édition de ses œuvres, une vie de Paley par son fils, dans laquelle la vie intime de l'homme est mise à découvert. Si vous pouvez l'avoir, il y a des morceaux qui vous causeront de la joie. Il paraît avoir été un Ikomme d'esprit vigoureux, sans artifice, simple de cœur, qui a dit la vérité et déclaré son honnête opinion à tout homme qu'il rencontrait, ami ou ennemi. A cause de cela il s'est attiré souvent de mauvaises affaires. J'espère pouvoir faire une apparition dans la capitale et jeter un coup d'œil sur votre
tableau vers le 20 juin Dans une lettre que
j'ai reçue du collège de Charler-House, on disait que vous étiez déprimé en apparence, et que vous aviez perdu votre gaieté habituelle dans la conversation. Quelle est la dent de la roue qui avait besoin d'huile ? J. Fisher. »
La réponse de Constable à cette lettre manque, mais on peut en partie connaître son contenu par la réponse de M. Fisher. « Bath, 10 avril. Mon cher Constable,... Nous allons pour l'instant d'une façon très prospère... Mon esprit et mon entrain ont été très ébranlés, et j'ai reçu votre offre de venir à Osmington avec une joie à laquelle depuis longtemps je n'étais plus habitué. Nous rentrerons en nous promenant du rivage au logis à la brune, pour trouver les restes du dîner, comme autrefois, et nous passerons la soirée à compléter des esquisses. Il y a toujours de la place pour vous. Voulez-vous m'accompagner dans ma tournée pastorale, les 14, 15 et 16 juin, et retourner avec moi à Osmington ?... Pourquoi votre tableau n'est-il pas resté sur le chevalet quelques semaines de
plus ? J'ai relu votre lettre, mais je ne trouve aucune autre observation qu'elle nécessite, de sorte que je conclurai par une citation qai vous plaira. A propos, jamais vous ne répondez à mes lettres. Vous écrivez comme si vous ne les aviez pas reçues. Mon extrait est tiré de VHistoire d'Angleterre de Sharon Turner, Vol. I, page 424. Jl parle de notre éducation classique, qu'elle empêche notre oi'iginalité de croître, contracte l'esprit, et fait que les hommes ne sont intelligents qu'en mots. C'est une illustration parfaite de votre maxime qu' « on ne fait jamais deux fois une bonne chose > :
«... C'est en littérature comme en peinture : si nous étudions l'excellence des grandes œuvres du passé trop intensément, nous ne faisons plus qu'imiter ; nous éteignons le génie, et nous tombons au-dessous de nos modèles. Si nous faisons de nous des copistes, nous devenons inférieurs à ceux que nous copions. La contemplation exclusive ou continue des mérites qui nous ont précédés, contracte nos facultés dans les limites étroites de leurs cercles particuliers, et rend même ce degré d'excellence que nous admirons et dont nous nous nourrissons, inattingible » J. Fisher. »
« Charlotte Street, 13 avril 1825. Mon cher Fisher, Merci de votre seconde lettre. Vous dites que vous « allez d'une façon prospère » et ceci m'a délivré d'un sentiment de tristesse qui me hantait depuis que j'avais lu le second paragraphe de votre première... Il est vrai que je ne réponds pas à vos lettres, mais je les lis et les relis sans cesse, et elles font généralement réponse aux miennes. Toutes vos citations sont bonnes et elles sont en faveur de ma grande théorie. C'est la canne et le bâton de ma pratique, et cela ne peut jamais manquer à celui qui le possède ni le tromper.
« On est encombré de grands tableaux à l'Académie;
150 JOHN CONSTABLK
je ne sais pas ce qui adviendra du mien, on me dit qu'il fait un effet superbe... Mon Ecluse est maintenant sur mon chevalet ; elle est argentée, ventilée, délicieuse ; tout y est sain, tout ce qui croupit dans la mort en est absent, et c'est étonnamment un ; la gravure sera belle... Je suis tellement harcelé et interrompu qu'il me faut à présent terminer presque aussi brusquement que je l'ai fait la dernière fois... Je songe beaucoup à ma visite à Osmington. Je ferai l'impossible pour y aller. J'abandonnerai Paris d'abord... J'ai des nouvelles assez encourageantes de mon tableau à Somerset House. Son sentiment original me soutiendra à travers toutes les fautes. Mais elles ne devraient pas exister, pour le rendre plus académique, et pour empêcher le vulgaire instruil dans notre art de se moucher dessus... Je suis invité à prendre le thé avec ma femme et mon nouveau bébé (1). »
La description par Constable de son tableau de V Écluse, et certains passages de ses autres lettres écrits sur un ton semblable de joie triomphante, ont été maintenus, contrairement à l'avis de quelqu'un avec qui, sur de nombreux points, je suis assez heureux pour me rencontrer. Il m'a paru qu'en faisant un choix parmi des lettres non destinées à la publication, si tout ce qui pouvait sembler entaché d'égoïsme était omis, l'intérêt serait grandement et sans nécessité diminué ; et c'est cette impression qui m'a guidé à travers toute mon entreprise. L'expression des sentiments réels d'un homme est plus intéressante, bien qu'elle puisse avoir moins de dignité que n'en revêt un silence uniforme sur le sujet de soi-même, tandis que la vanité n'est souvent pas plus grande dans le second cas que dans le premier. Dans le cas présent, l'exultation de l'artiste en présence de son plus intime ami, à la réali-