‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 69 sur 77 · J'étais alors du Comité de placement à l'Académie · texte numérisé non relu

J'étais alors du Comité de placement à l'Académie

passé ; on dirait qu'il peint avec de la vapeur teintée, tellement il est évanescent et éthéré. Le public pense qu'il se moque du monde et se moque de lui en retour. Les nonmembres sont très forts : Charles Landseer, Herbert Partridge, Knightet Roberts. Le président n'a jamais été meilleur, mais sa santé fait qu'il se relâche de ses devoirs. J'ai dîné la semaine dernière avec Wilkie et j'ai rencontré Allan, qui est très divertissant. Wilkie m'a conseillé de faire un grand tableau pour m'imposer l'année prochaine.» Le tableau auquel il fait allusion au commencement de cette lettre était celui du Cénotaphe élevé par Sir George Beaumont à la mémoire de Reynolds. On pourrait penser que Constable ait consulté le goût de son ami Sir George en choisissant les tons d'automne pour le feuillage dans un sujet emprunté au parc de celui-ci, mais il fut conduit naturellement à ce choix par ses, études, qu'il avait faites à une date avancée de l'automne. Dans ce beau tableau digne à tous égards d'un sujet aussi intéressant, Constable n'introduisit aucun être vivant à part un cerf au premier plan et un rouge-gorge perché sur l'un des angles du monument. En désignant Le Cénotaphe au catalogue, il cita les vers qui y sont gravés, écrits par Wordsworth à la demande de Sir George Beaumont :

« Vous tilleuls rangés devant cette urne consacrée Éclatez de puissance de vie au retour du printemps ; Et ne soyez pas lents à atteindre une croissance magnifique De piliers poussant des branches d'année en année, Jusqu'à ce qu'ils aient appris à former une aile sombre, Qui rappelle à la mémoire ce monument solennel Où Reynolds, qui est parmi les plus nobles morts de notre pays Repose dans la dernière sainteté de la gloire. Là, bien que de droit l'excellent peintre dorme Où la mort et la gloire unissent leur sabbat. Cependant son esprit ne tiendrait pas pour les moins chères

La louange qui se cache et les larmes solitaires de l'amitié.

C'est pourquoi dans le parc reçu de mes pères ai-je

Élevé ce fragile tribut à sa mémoire ;

Suivant zélé depuis la jeunesse de l'art

Qu'il professait, à lui attaché au fond du cœur ;

L'admirant, l'aimant, et avec douleur et fierté

Sentant ce que l'Angleterre a perdu quand Reynolds est mort. »

Avec ce tableau, Gonstable exposa un superbe dessin à l'aquarelle de Stone Henge, de grande dimension. Il était alors complètement absorbé par la préparation des conférences qu'il fit l'été de cette année, à l'Institut Royal d'Albemarle Street, et qui commencèrent le 26 mai...

« A M. George Gonstable. Charlotte Street, 16 septembre. Mon cher ami, Je mène une vie de solitude

plus quevous le soupçonneriez au milieu de Londres, et dans une pareille carrière de champ aussi vaste que les arts. Mon fils Gharles est de retour des Indes Orientales; le voyage a été dur, mais il s'en trouve bien. Toutes ses idées visionnaires et poétiques de la mer et de la vie de marin se sont enfuies, il ne reste que la réalité, et la réalité est une triste chose. Mais dans l'énorme masse flottante il y a un ordre et une bonne conduite habituelle qui doivent avoir des avantages pour un jeune homme d'esprit ardent et pour quelqu'un qui n'a jamais été surveillé. Gharles se prépare pour un autre voyage et le bateau part au milieu

de novembre pour la Ghine Je n'ai pas quitté la

ville une seule fois cette année, si ce n'est pour une heure ou deux. Je déteste sortir de chez moi, mais quand je suis dehors je me réjouis beaucoup d'une excursion. J'ai reçu une invitation pour l'île de Wight, mais je crois bien que je n'irai pas. Il faut que j'aille en Suffolk et que j'y emmène avec moi mon jeune marin. John y a passé cinq semaines cet été, il a été le grand favori de ses tantes et de mes frères ; vraiment il est sûr que John fera son

chemin, car il n'offense jamais aucune créature vivante. J'ai peint dernièrement une lande que je préfère à tous mes efforts antérieurs ; elle est d'environ soixante-quinze centimètres, faite pour un très vieil ami, un amateur, qui sait bien l'apprécier, car je ne puis m'abaisser à peindre pour les ignorants. Leslie est venu hier, il va à Petworth dans dix jours. Je n'ai jamais vu un paysage semblable à celui que présente votre pays, je le préfère à tout autre pour mes tableaux; — bois — chemins — arbres isolés — rivières — chaumières — granges — moulins — et pardessus tout un si splendide paysage de lande. »

« 29 octobre. Mon cher Leslie, .... Je n'ai pas quitté la maison un seul jour, et je ne le pourrai pas jusqu'à ce que John soit à Cambridge et Charles sur mer. O quelle vie mélancolique, quelle misérable vie que celle d'un marin ! 11 va repartir avec le navire en Chine. Ils doivent être douze ou treize aspirants et je ne sais pas où ils trouvent à caser tant de monde »

« Mon cher Leslie, .... Mon pauvre Charles a eu un triste temps dans sa route vers les Downs, où il est possible qu'il soit retenu maintenant par les vents contraires. Il a bien décrit le terrible coup de vent de mardi. Le navire était à l'ancre près du feu de Nore et soutint l'orage avec peu de mal ; mais les naufrages autour et dans une étendue de moins de deux cents mètres étaient affreux; un grand navire passa devant eux flottant la quille en Fair, et après la tempête il vit sept grandes coques remorquées par des bateaux à vapeur. En passant près des Downs ils en virent d'échoués sur les bancs de Goodwin et d'autres sur la baie sous le Foreland. »

« 8 décembre. Mon cher Leslie, .... M. Sheepshanks a l'intention d'avoir ma Ferme du Presbytère ou Chemin Vert dont vous avez une esquisse ; c'est là un des

tableaux sur lesquels j'appuie mes petites prétentions à

vivre dans l'avenir J'espère que vous allez tous

bien, que vous êtes revenus à bon port et que vous vous trouvez bien de votre excursion. Ne vicndrez-vous pas à la dernière conférence donnée dans le vieux local ? Si oui, venez dîner ici Pauvre Westall ! »

« A M. George Constable. 12 décembre. Je vous renvoie le livre que vous m'avez prêté il y a si longtemps. Mes observations sur les nuages et les ciels sont sur des bouts de papier et je ne les ai jamais jusqu'ici rassemblées de façon à en faire une conférence, ce que je ferai, pour la prononcer probablement à Hampstead, Tété prochain. Je voudrais avoir fait une esquisse de votre beau vieux saule que vous me dites ne plus exister (quel dommage !) pour ma conférence sur les arbres. Si vous désirez d'autres choses sur l'atmosphère et que je puisse vous

aider, écrivez-moi Pauvre Westall ! Je suis allé à

son enterrement samedi. »

« 30 décembre. Mon cher Leslie, .... Venez je vous en prie, la vie est courte, V amitié est chose douce ; ce furent les derniers mots que m'adressa le pauvre Fisher dans sa dernière invitation — Mon mois à l'Ecole d'après le modèle vivant est celui de mars. J'ai décidé de faire poser les trois personnages du Saint Pierre Martyr, car je suis résolu à éplucher ce tableau à fond (1). Je possède une très vieille gravure du sujet qui est antérieure de cinq ans au tableau du Titien, faite d'après le tableau qui occupait la même place que celui-ci dans l'église des Dominicains. Le tableau était de Jacopo del Fiore, ou « Jacques de la Fleur » ; la fleur tient lieu de signature sur la gravure, formant une image très expressive. »

1. Ses conférences, où il parle beaucoup du Saint Pierre Martyr, expliqueront ceci.

L'invitation contenue dans cette lettre fut la dernière invitation écrite que j'aie reçue de Gonstable. Sans attacher aucune importance superstitieuse à des coïncidences telles que celles-ci, elles sont trop douloureuses pour qu'on les passe sous silence. Également l'expression qui suit, en ce qui concerne mars, qui se trouva être le dernier mois de sa vie, est très remarquable.

Dans un mot à M. Lucas, après l'avoir remercié pour des épreuves du Salisbury et lui avoir fait quelques remarques à ce sujet, il dit : « Que Dieu préserve votre excellente femme et lui donne un temps heureux; je n'ai pas oublié mes propres anxiétés à de tels moments, quoiqu'elles ne doivent jamais revenir. Je vous prie d'accepter mille et mille fois mes remerciements pour le plus délicieux tableau d'hiver que j'aie jamais vu (1). Vous avez fait que le dernier moment de la vieille année s'enfuit de moi avec des sentiments de plaisir ; nous n'avons plus maintenant qu'un quart d'heure dans l'année 1836! Adieu. »

« 19 janvier 1837. Cher Lucas, Nous devons garder cette épreuve comme type et en tirer tout ce que nous pourrons. L'arc-en-ciel est complet mais il faut qu'il soit clair et moelleux. Gomme je voudrais pouvoir gratter et efîacer avec vos instruments sur l'acier, de la même façon que le vieux X... (2) aurait voulu pouvoir monter jusqu'au sommet de la colline de Langham et arracher tous les arbres et toutes les haies par la racine ; mais je ne puis

1. Un tirage du Salisbury tait quand la planche était imparfaitement garnie d'encre, et qui avait accidentellement l'aspect de l'hiver. M. Lucas l'avait envoyé à Gonstable comme curiosité.

2. Un fermier qui par son avidité de tous les instants avait rendu quelques-uns de ses voisins et lui-même très malheureux, émit ce singulier désir.

faire cela et votre manière tranquille est, je le sais bien, la meilleure et la seule. »

« A -M. George Gonstable, 17 février Quant à

moi, je travaille à un superbe sujet, le Moulin d'Arundel, duquel je suis redevable à votre amitié, ce sera et je veux que cela soit mon meilleur tableau ; la dimension, quatrevingt-quinze centimètres à un mètre vingt; il sera à temps pour l'exposition, car nous avons encore six semaines de bon. Nous tenons notre première assemblée générale dans les nouveaux locaux lundi et c'est un très bel édifice (1). Je suis inspecteur à l'Académie d'après le modèle vivant, le mois prochain, ce que je regrette, car cela morcelle mon temps; mais je remplace, par échange, Turner. Ma grande gravure du Salisbury est finie, je l'appellerai ÏArc-en-Ciel, vous en recevrez bientôt une épreuve. Rappelez-moi au bon souvenir de M^*^ Conslable et de toute votre famille. Écrivez-moi bientôt, je vous prie, il me tarde de savoir que tout va bien chez vous. »

« 25 février. Mon cher Leslie, Je ne sais pas comment répondre à votre aimable requête de venir chez vous lundi, car je suis engagé avec mon meurtrier ce jour-là, et je serai occupé avec lui toute la semaine ; en d'autres termes, je commence mon inspection à l'Académie et je ferai poser la figure du meurtrier du Titien dans le Pierre Martyr. Je transformerai Fitzgerald en le saint iomhé et je donnerai l'autre personnage du moine à Emmet, qui est un homme obligeant et de bonne conduite et qui est désireux de rendre service à l'Académie ; est-ce que ce moine qui fuit ne va pas le rendre malade? J'ai été très dérangé et mon tableau ne vaut rien pour le moment »

1. Constablo ne s'est jamais associé à la clameur populaire contre l'architecte de la Galerie Nationale, pour n'avoir pas construit un édifice plus grand que ne le permettait le terrain accordé dans ce but.

, . , .Une lettre sans tiate. « Cher Lucas, La gravure est une chose grande et superbe, tout à fait améliorée et rendue absolument parfaite; V Arc-en-Ciel est splendide et c'est maintenant une affaire de tout ou rien : cela est saisissant et unique. J'ai indiqué à votre intelligent et agréable sauvage d'imprimeur, qui est tout à fait en bonne humeur, deux choses: « la lumière sur la tour sous les arbres doit être ainsi » (ici un croquis) « au lieu d'être ainsi » (un autre croquis) ; « également votre sauvage vous montrera le petit endroit sur le nuage et il m'a indiqué une bonne façon de le faire; une demi-heure suffira pour changer les deux choses l\Ierci pour la peine que vous avez prise avec VArcen-Ciel, il est admirable. J'espère que vous allez mieux .... »

« Cher Lucas, Votre homme m'a dit qu'il y a toute raison de croire que le Salisbury s'imprimera plein et riche. Le ton, le ton, voilà la plus séduisante et attrayante qualité qu'un tableau ou une gravure puissent posséder ; c'est la première chose qu'on voit, et comme une fleur, c'est cela qui nous invite à examiner la plante elle-même. Votre homme est un drôle de gaillard. Je lui ai donné cinquante sous, mais c'était avant qu'il m'eût dit qu'il « avait coutume de s'échapper le samedi soir, mais cela ne dure pas longtemps, et cela se passe généralement le dimanche matin. » Il ne peut s'en empêcher, il ne peut même pas se l'expliquer, mais c'est ainsi. Voilà Ce qu'il dit gratuitement de lui-même. Quelle créature que l'homme, cultivé ou non, civilisé ou sauvage ! Je lui ai offert un rhum à l'eau et un genièvre à l'eau, toutes choses qu'il a refusées presque avec dégoût; son heure n'est peut-être pas encore venue. >

« A M. Samuel Lane. Mars. Mon cher Lane, .... Gardez, je vous prie, vos enfants à la maison par ce temps affreux. On me dit que rien n'engendre la coque-

luche comme ces âpres vents d'est qui régnent à présent. Je sors tous les soirs de cinq à neuf heures pour aller à l'ancienne Académie, comme inspecteur à l'École d'après le modèle vivant. »

En me souvenant que Gonstable était très sensible aux influences atmosphériques et qu'il s'était trouvé maintes fois malade au commencement du printemps, je me remets en mémoire ce passage de Shakespeare que je lui ai souvent entendu répéter :

les narcisses Qui viennent avant que l'hirondelle n'ose, et reçoivent Les vents de mars avec leur beauté, — »

C'étaient à présent vraiment des vents d'une signification de mauvais présage pour lui.

Ce fut lui le dernier inspecteur qui remplit ses fonctions à l'Académie d'après le modèle vivant dans l'enceinte de Somerset House. Le dernier soir de son inspection, il fit un petit discours aux élèves, leur montrant les nombreux avantages que notre Académie procure, et les mettant en garde contre une trop grande hâte à les échanger pour l'instruction dans les écoles de France, d'Allemagne ou d'Italie. Il était d'avis que la meilleure école d'art existera toujours dans le pays où il y a les meilleurs artistes vivants, et non simplement dans celui où il y a le plus grand nombre d'œuvres de maîtres anciens. Il n'admettait pas que les Français dépassent les meilleurs artistes anglais pour le dessin, point qu'on leur accorde généralement, et comme appui de son opinion il citait celle de M. Stothard, qui dit : « Les Français sont de très bons dessinateurs mathématiques, mais la vie et le mouvement sont l'essence du dessin et leurs figures nous font trop

penser à des statues. Dans les plus légers croquis à la plume de Raphaël, quoique les proportions soient irrégulières, vous avez le principe réel du bon dessin, ses figures vivent et se meuvent (1). »

Ceci n'est qu'un souvenir, après un certain laps de temps, de ce que Gonstable me répéta avoir dit. J'écrivis à M. Maclise qui était alors élève à l'École d'après le modèle vivant, pour lui demander s'il pouvait m'aider en me procurant d'autres renseignements, et il prit la peine de m'envoyer le mot suivant accompagné d'une esquisse au crayon qu'il avait faite de Gonstable à l'Académie.

« 14, Russel Place. Mon cher Monsieur, Je ne puis retrouver dans ma mémoire la substance d'aucune allocution particulière de Gonstable, quand il était inspecteur, mais je me souviens qu'il nous parlait constamment à tous ensemble, ou plutôt quelques observations qu'il eût h faire, il les faisait à haute voix et cela était très fréquent. Tous les soirs il disait quelque chose se rapportant en général au modèle qu'il avait fait poser, et en faveur de certains accompagnements pittoresques qu'il pensait qu'on pouvait toujours introduire à propos (2). G'était auprès des élèves, un inspecteur très populaire. Le petit croquis a été fait dans des conditions peu avantageuses, placé

1. (I . . . L"allocution de M, Gonstable aux élèves fut particulière et savoureuse, cordiale. . . Lorsqu'il eut fini, les élèves se levèrent et l'acclamèrent avec enthousiasme, ne pouvant deviner que c'était là aa dernière allocution. (Morniny Chronicle, i .avril 1837). » LoRt> WmnsoR, loc. cil.

2. Ceci me rappelle une chose que j'ai souvent entendu dire à Gonstable, qu'il < ne pouvait jamais regarder un objet qui ne soit lié à un fond ou bien à d'autres objets », et il pensait qu'on pouvait enseigner de bonne heure aux élèves, à leur très grand avantage, à regarder la nature de cette façon. G'est pour cette raison qu'il disposait toutes ses figures avec des fonds et autres accompagnements. . . .

comme je Tétais en haut et au foud, ayant vue sur lui de haut en bas pendant qu'il était lui-même sur le premier banc en bas dans l'École, et ce doit avoir été quand il lit poser l'Eve, bien que je n'aurais pas cru que cela fût aussi lointain que 1830. — Croyez-moi bien cordialement votre, D. Maclise. »

« 29 mars. Cher Lucas, Je suis extrêmement heureux: de voir comme vous préparez bien le nouvel arc-en-ciel (1), l'épreuve est à peu près ce que je désirais; je pai'le de celle que vous avez emportée d'ici. J'ai enlevé du sureau une fleur à gauche, vous pourrez peut-être faire de même. Allez comme vous le jugerez convenable. Je vais à une assemblée générale jeudi, c'est-à-dire demain soir, et je dîne à Charter House samedi. Nous ne pourrons manquer d'avoir un arc-en-ciel convenable. Le sauvage est si charmant que personne ne pourrait croire pour l'instant que c'est le même homme, si doux, si ravi d'être avec John et John d'être avec lui; ils sont tous les deux dans la pièce. »

Il se peut que ce mot soit le dernier que Constable ail écrit. L'invitation dont il parle, le dîner avec le D'" Fisher, le père de l'archidiacre Fisher, à Charter House, était pour le samedi 1*"^ avril, mais il ne vit jamais l'aube de ce jour. Sa constitution était mince à un degré dont il n'était pas conscient lui-même, beaucoup moins encore ses amis, car sédentaire et irrégulier comme il l'était d'habitude, il n'avait pas la mine d'un homme malade et on n'aurait pas non plus facilement deviné son âge d'après son apparence. Peu de temps avant l'époque dont

1. D'après la manière dont il s'exprime, il semblerait que l'arc-encicl eût été supprimé pour en refaire un nouveau, mais ce n'était pas le cas; le « nouvel arc-en-cicl >> était celui dont Constable s'élail déclaré auparavant tellement satisfait.

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je suis on train de parler, je lui avais fait remarquer que je l'aurais volontiers supposé plus jeune qu'il ne l'était en réalité, ce à quoi il répondit :

« Dans ma jeunesse, je n'ai jamais mêlé

De licjTieurs bouillantes et ennemies à mon sang, etc. »

Mais le lecteur a vu combien son esprit était loin d'être égal. En parlant de son art, il disait parfois qu'il « remerciait le ciel de ne pas avoir d'imagination », bien qu'en réalité peu d'hommes en aient eu davantage, et si cela intensifiait toutes ses joies, cela aussi accroissait fortement ses chagrins. Il a pleinement montré la vérité de ces vers de Burns :

« Les cordes qui vibrent du plus doux plaisir Tressaillent des notes les plus profondes de la douleur. »

Constable eût-il même été moins sensitif, l'activité perpétuelle d'un esprit qui ne pouvait tenir en repos devait affecter sa constitution à une époque rapprochée. Ses amusements mêmes consistaient en étude. .Je ne crois pas qu'il ait jamais lu un roman dans sa vie (1). Il ne répugnait pas aux oeuvres d'imagination au nom d'un principe étroit, mais elles ne l'intéressaient pas. Je me rappelle que peu de temps après la mort de M"» Constable, quand on lui proposa des livres pour soulager son

1. « On a cependant la preuve quil a lu au moins un roman, parce qu'il mentionne dans son journal l'envoi d'un livre intitule Notre Village par M'" Milt'ord. « Trop puéril et trop peu naturel pour pour moi », tels sont ses commentaires ; « cela semble fait par quelqu'un qui aurait visité Londres pour la première fois et qui, comme un badaud, aurait été étonné de tout ce qu'il voyait. » Lonn \N'^im>soR, loc. cit.

esprit, il dit : « Je serais enchanté de lire Tom Pouce, si cela pouvait m'amuser. » Si la perle de sa femme n'avait été pour lui que celle d'une aide dans ses devoirs de père et d'une participante aux soins de la famille, il l'aurait certainement ressentie tous les jours, mais alors combien plus pesante dut être son affliction de la perte d'une femme qui ne trompa aucun des espoirs formés par lui pendant les jours où il la courtisait, si ce n'est l'espoir d'un plus long séjour sur la terre. Ses années de mariage furent indiscutablement les plus heureuses de son existence. Par la mort de Fisher et du jeune Dunthorne, il fut également privé d'amis dont personne ne remplit jamais la place auprès de lui, et sa vie d'artiste avait été une lutte continuelle pour conquérir l'estime qu'il sentait mériter mais sur laquelle il avait à présent cessé de compter. Si ses amis intimes n'avaient qu'une connaissance imparfaite de l'élat réel de ses sentiments, ceux qui ne le connurent que superficiellement et qui le virent rarement autrement qu'entouré des sourires de ses propres créations, n'auraient pu croire combien il était alors en proie à la mélancolie et aux pensées anxieuses; pensées qui, en partie, furent sans doute à la fois la cause et l'effet du déclin de sa santé. Le lecteur se rappellera un passage de l'une de ses lettres à M. Fisher, où il dit: «Toutes mes indispositions ont leur source dans l'esprit. C'est quand je suis agité et malheureux que je deviens sensible au froid, à l'humidité et à la chaleur et autres absurdités de ce genre. »

Le jeudi 30 mars, je le rencontrai à une assemblée générale de l'Académie et comme la soirée, quoique très froide, était belle, il fit à pied avec moi une grande partie du chemin pour rentrer. Les circonstances les plus minimes de cette soirée demeurent en ma mémoire. Gomme nous suivions Oxford Street, il entendit pleurer

JOHN COXriTABLE

une enfant de l'autre côté de la rue ; les chagrins de l'enfance retenaient toujours son attention. Il traversa la rue pour aller trouver une petite mendiante qui s'était fait mal au genou, il lui donna une pièce de vingt sous avec quelques bonnes paroles, ce qui, en arrêtant ses larmes, montra que le mal n'était pas trop sérieux, et nous reprîmes notre route. — Des pertes d'argent qu'il avait dernièrement éprouvées l'avaient bouleversé, mais beaucoup plus parce qu'elles le mêlaient à des personnes disposées à abuser de ses sentiments de bonté qu'à cause de leur importance. Il en parla avec une certaine irritation, mais passa ensuite à des sujets plus agréables, et nous nous quittâmes à l'extrémité ouest d Oxford Street, eu riant. — Je ne l'ai plus revu vivant.

Tout le jour suivant, il s'occupa activement de terminer son tableau du moulin et du château d'Arundel. Un ou deux de ses amis qui vinrent le voir s'aperçurent qu'il n'allait pas bien, mais ils attribuèrent cela à ce qu'il était re.-té enfermé et à l'inquiétude causée par son tableau qui allait partir dans quelques jours à l'exposition. Il sortit le soir pour faire une petite course dans un but de charité se rapportant au Fonds de secours aux Artistes, il rentra vers neuf heures, fit un bon souper et se sentant des frissons, fit bassiner son lit, luxe qu'il se payait rarement. Il avait l'habitude de lire au lit ; entre di-c et onze heures, il s'était endormi en lisant et un domestirjue vint comme d'habitude enlever son bougeoir. Peu après cela, son fils aîné, qui avait été au théâtre, rentra, et pendant qu'il se préparait à se coucher dans la chambre voisine, son père s'éveilla en ressentant une grande douleur et l'appela. Con stable était cependant si peu alarmé, qu'il refusa d'envoyer chercher un médecin ; il prit de la rhubarbe et de la magnésie, qui lui donnèrent mal au cœur, et il înit largement de l'eau chaude, ce qui le fit vomir ;

mais la douleur augmentant, il demanda qu'on allât chercher M. Michèle, son proche voisin, qui vint aussitôt. Pendant ce temps-là, Constable s'était évanoui, son fils supposant qu'il s'était endormi. M. Michèle fit aussitôt apporter de l'eau-de-vie; la chambre à coucher du malade était en haut de la maison, et le domestique devait courir en bas des escaliers pour en chercher : avant qu'on pût en apporter, il avait cessé de vivre. Il ne s'était pas passé une demi-heure depuis la première attaque de la douleur.

Une autopsie fut faite par le professeur Partridge en présence de M. George Young et de M. Michèle, mais chose étrange, on ne put attribuer qu'à une indigestion l'extrême douleur ressentie par Constable ; on ne découvrit nulle part aucun indice de mahidie suffisant, selon l'avis des médecins, pour avoir produit à ce moment un résultat fatal. M. Michèle, décrivant dans une lettre qu'il m'adressa, tout ce dont il avait été témoin, dit : « II est possible tout au plus que l'application prompte d'un stimulant ait pu soutenir le principe vital et causer une réaction dans les fonctions nécessaires au maintien de la vie. »

Le fils aîné de Constable fut empêché d'assister à l'enterrement par une maladie, causée par l'émotion douloureuse qu'il avait éprouvée ; mais les deux frères du défunt et quelques-uns de ses amis les plus intimes suivirent le corps à Hampstead (1), où quelques personnes habitant là, et qui connaissaient Constable, se joignirent d'ellesmêmes au cortège dans le cimetière. Le caveau qui con-

1. Je ne puis que rappclei" ici un passage d'une lettre à M. Fisher, écrite par Constable environ dix ans avant sa mort, dans laquelle après avoir dit qu'il avait changé de domicile et établi sa famille à Hampstead, il ajoute : « Je pourrais joyeusement m'écrier : que je jouisse ici de mon éternel repos ! »

tenait les restes de sa femme fut ouvert et il fut déposé à son côté. L'inscription qu'il avait fait placer au-dessus sur une plaque

« Eheii ! qiiam tenui e filo pendel Qiiidquid in vitn maxime arridet ! »

pouvait bien s'appliquer à la perte que sa famille et ses amis venaient maintenant d'éprouver. Les prières funèbres furent lues par un de ses amis, le Révérend T. J. Judkin, dont les larmes tombaient abondantes sur le livre pendant qu'il se tenait auprès de la tombe.

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