SES MAXIMES D'ART
L est permis, d'après un règlement de l'Académie Royale, d'exposer les œuvres, qui ne l'ont pas été auparavant, d'un artiste défunt, à la première exposition, et à celle-là seule, qui suit sa mort. Le tableau de Constable du Moulin et Château d'Arundel fui considéré par ses amis comme suffisamment achevé pour être envoyé à l'Académie. Il avait commencé deux petits tableaux mais ils n'étaient pas assez avancés pour être reçus même comme esquisses, et par conséquent le Moulin fut la seule œuvre due à son pinceau qui honora l'exposition de 1837, la première qui se tint à Trafalgar Square. C'était là un sujet tout à fait selon son cœur, et il s'était donné beaucoup de mal pour le rendre complet dans tous ses détails ; dans cet éclat argenté, effet qu'il rechercha par-dessus tout pendant les dernières années de sa vie, aucune production de son pinceau ne le surpasse. Le tableau resta en la possession de ses enfants,
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car ce fut l'un de ceux (jui furent réservés par son fils aîné à la vente de ses œuvres.
Avant que ihéritage de tableaux laissé par Constable ne fût dispersé (1), M. Purton proposa que par une souscription faite parmi les admirateurs de son génie, on achetât une de ses œuvres pour l'offrir à la Galerie Nationale. Il suggéra le choix du grand tableau de Salishury eue des prairies, comme étant, de par sa grandeur, son sujet, et la magnificence de son traitement, celui qui convenait le mieux à une collection publique. Mais la majorité des amis de Constable pensèrent que la hardiesse de son exécution le rendrait moins propre à s'adresser au goût général que certaines autres de ses œuvies, et le tableau du
1. A la vente après décès faite les 15 et 16 mai 1838, par les soiiif de MM. Poster et fils, on vit parmi d'innombrables esquisses, études et tableaux formant quatre-vingt-six lots les grandes œuvres suivantes, demeurées entre les mains de lartiste :
Dedham Vale, Briyhton and Ihe Chain Fier. The Lock. The Glehe Farm, View of FlatforJ Mills, Salishury caihedral from Ihe Bishop's Garden, The Opening of Waterloo Bridge, Vieic of Dedham, View of Ihe river Slour wilh irhite horse in a barge,, Hadleigh Casile, Salishury caihedral from Ihe McadoiL'S, Dedham Mill and Church. Arundel Mill and Casile.
La plus haute enchère fut obtenue par Vieir of ihe River Slour (The While Horse), qui fit un peu moins de 1.000 francs. La même œuvre atteignit en 1894, 160.000 francs. L'ensemble (y compris les tableaux de maîtres possédés par Constable et quelques copies d'après les maîtres) fit environ 63.000 francs.
Constable possédait une petite collection qui renseigne sur ses affections artistiques. Elle réunissait les noms de : Van Goyen, D. Téniers, Everdingen, Wilson, Joshua Reynolds, Jacob Ruysdacl, Wynants, Snyders, Siel^rechts, AA'atleau, Guardi, Lucas Granach, .Tackson, Breughel, Borgognone, Opie, etc.
On vendit également des copies de sa main d'après des tableaux de. .Tacob Ruysdael (4), Claude Lorrain (3), Artois et Rubens. (N. D. T. — Voir les détails dans C. J. Holmes, lac. cil.).
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Champ de blé, peint en 1826, fut choisi à sa place. Comme j'étais très intéressé dans cette affaire, j'écrivis à ce sujet à ceux des amis de Constable que je pensais bien vouloir s'y associer, et parmi les réponses que je reçus, en voici une de M. Andrew Robertson qui voudra bien, j'espère, m'en pardonner la publication :
« 10 Berners Street, 21 août 1837. Mon cher Monsieur, J'ai eu aujourd'hui le mélancolique plaisir, si je puis associer ces deux mots, de revoir la collection de notre ami resrretté Constable. Le sjrand nombre de ses œuvres restées en sa possession prouve trop clairement combien peu ses mérites furent compris par ceux qui pouvaient et qui auraient dû les acquérir ; et que, si on n'avait pas adopté un projet comme celui qui, à l'honneur de ses amis, a été mis à exécution, il est très probable que ses œuvres seraient tombées entre les mains des seuls artistes pour une bagatelle, et qu'elles seraient restées relativement ensevelies, jusqu'à ce qu'elles fussent déterrées, pour ainsi dire, et ramenées à la lumière, à une autre époque. En vérité, je regrette infiniment d'avoir perdu l'occasion d'ajouter mon nom à la liste de ceux qui témoignent des mérites d'un génie si original, si anglais, si éveillé aux beautés de la simple nature, et dont on peut dire si véridiquement qu'il était
Nullius addiclus jiirare in verba magislri.
1! avait ses singularités, mais elles n'étaient pas dans la conception, ni dans la façon dont il regardait la nature ; il voyait clairement, et non pas sombrement à travers un verre, ni à travers l'œil des autres. Ses singularités n'étaient que dans l'exécution, et dans l'admirable tableau choisi pour conserver sa mémoire à la Galerie Nationale, nous trouvons toute sa vérité de conception, avec moins
de la manière qu'on lui reprochait, que dans la plupart de ses dernières œuvres. Croyez-moi, mon cher Monsieur, votre bien sincère et cordial, A. Robertson. »
On peut reconnaître une frappante ressemblance, en certains points, entre le caractère de Constable et celui de Hogarth. Bien que les chemins d'art qu'ils ont suivis aient extrêmement divergé, cependant chacun d'eux a formé un style plus vraiment original que celui d'aucun de ses contemporains, et ceci les empêcha en partie l'un et l'autre de jouir de la renommée à laquelle ils avaient droit (1). Ils encoururent tous deux l'accusation de vanité, venant peut-être d'hommes beaucoup plus vaniteux, parce qu'ils justifiaient leurs propres mérites. Hogarth exprima dans une spirituelle eau-forte, la Bataille des Tableaux, son sentiment de l'injustice qu'il éprouvait de la part des amateurs, et Constable dit ouvertement son opinion des critiques ; et il s'exprima avec à propos, vérité et liberté sur le compte des artistes contemporains, comme le fit Hogarth, ce qui leur suscita à l'un el à l'autre d'amers ennemis. Enfin, c'étaient tous d'eux d'authentiques Anglais ; chaudement attachés au caractère et aux institutions de leur pays ; également prompts à découvrir l'hypocrisie cafarde et le charlatanisme, non seulement en religion et en politique, mais en matière dégoût et d'art ; et bien qu'ils aient parfois porté trop loin les préjugés de leur John Bullisme, ils méritèrent lùen l'un et l'autre de
1. Les gravures de Hogarth étaient populaires, car on sentait son esprit, sa puissance de satire et son incomparable puissance d'expression ; — mais le goût et la richesse de ses compositions, labeauté de sa couleur, en d'autres termes son art, on ne le sentait pas. Un seul fait Je prouve, — il ne put obtenir pour l'ensemble <les six tableaux du Mariage à la mode plus de deux mille huit cent cinquante francs.
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leur pays, comme fermes adversaires de l'influence des vices, de la sottise ou du mauvais goût de l'étranger ; — ce à quoi pourtant le genre de sujets traités par Hogarth lui permettait de s'employer avec beaucoup plus d'effet.
Le but que je me suis efforcé de garder en vue au cours des pages qui précèdent étant de donner un récit de la vie et des occupations de Constable autant que possible racontées par lui, mes extraits de ses lettres ont été nécessairement limités aux passages se rapportant surtout à lui-même ; mais si cela, ainsi que la discrétion envers d'autres personnes, ne m'avait pas empêché de citer plus longuement ces documents, on aurait vu que dans un très grand nombre de ces lettres ses propres affaires occupaient la moindre part de son attention. En effet beaucoup de ses billets et de ses lettres ont été entièrement inutilisables pour cette raison, excepté en ce qu'elles ont ajouté à la haute opinion que j'avais auparavant conçue de la bonté de sa nature.
Mon ami, M. George Field, qui le connut pendant longtemps et intimement, me dit dans une lettre : « On pourrait faire un volume des exemples de sentiments et d'actes bienfaisants de Constable, et on ne pourrait produire aucune preuve meilleure de sa vraie valeur que celle-ci : la richesse ne gâta pas l'artiste, et elle améliora beaucoup l'homme. »
M. Field me dit dans une autre de ses obligeantes communications : « A tous moments du jour, le soir, et à n'importe quelle saison de Tannée, Constable éprouvait une joie inexprimable à contempler les œuvres de la nature. J'ai été dehors avec lui lorsque toutes les couleurs avaient disparu et qu'on ne voyait plus les objets que comme squelettes et masses : pourtant son œil était encore actif pour son art. « C'étaient là les choses, disait-il, qu'étudiait Gainsborough, et dont nous avons tant d'exquis
échantillons dans ses dessins (1). » Constable trouvait des beautés non apprêtées dans la nudité de l'hiver, qui lui faisait prodiguer son admiration pour Fanatomie des arbres, etc. Il connaissait bien le langage d'un moulin à vent et pouvait vous parler avec les termes propres des vents et des ciels, et en outre, il connaissait beaucoup d'autres langues qui ne sont pas écrites et qui sont trop peu étudiées et comprises, pour les ressources infinies qu'elles procurent aux artistes, aux poètes, aux philosophes, et à tous les vrais amants de la sagesse de la nature. Il devait probablement à cet attachement à la nature et à cette aversion pour les études factices, l'originalité de pensée, d'expression et de manières qui le distinguait; originalité qui, bien que parfois sentant la rusticité et dénuée des artifices et des conventions de la société, se marquait par une amabilité sans réserve et un raffinement réel qui étaient siens. Ce conflit de la nature et de l'artifice semble aussi avoir donné naissance aux jeux incessants d'un humour satirique par lequel il remettait au niveau les prétentions des autres, et qui, sans être entièrement inofTensif, était généralement juste, et que peu osaient affronter (2).
1. Plusieurs très belles esquisses de Gainsborough, au crayon noir et blanc, étaient accrochées dans le salon de Constable.
2, « Richard lledgravc écrit dans ses Souvenirs: « Leslie vient d'achever sa Vie de Constable et le monde ne connaîtra Constable qu'à travers les pages agréables de Leslie. 11 apparaît là toute amabilité et bonté et on ne peut reconnaître son intense, bien que débonnaire, nature sarcastique ; aimable et doux en parole, il émettait pourtant des sarcasmes qui vous coupaient jusqu'à l'os. » Mais c'était un homme de conscience et il n'appréciait aucun jugement qui ne fût sincère. M. Redgrave en fournit le témoignage. Il décrit ce mémorable incident : « Il est de notoriété qu'une certaine année, alors que Constable faisait partie du Conseil de l'Académie Royale, l'une de ses propres toiles passa par erreur devant les juges. « Rayez-lc », dit l'un ; « Ça ne peut pas aller ». dit un autre : « Passez », ajouta un troi-
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Cela l'exposait cependant, lui et ses singularités, aux attaques d'une critique anonyme peu judicieuse et sans à propos, qu'une attitude moins franche et plus élégante lui aurait épargnées ou aurait transformées en éloges ou renom, en patronage ou profit. Ces attaques anonymes lui servirent d'éperon et son humeur satirique lui donnait matière à divertir ses amis à l'occasion, bien que son cœur fût naturellement trop affectionné envers tout le monde pour être insensible à l'éloge, car l'affection recherche l'affection, et louer c'est aimer. Il est remarquable que nos plus éminents paysagistes, en commun avec le génie sous d'autres formes, aient été soumis par cette indépendance naturelle de pensées et d'action, à une fréquente incompréhension et négligence pendant leur vie ; l'incomparable Wilson en est un exemple. Mais chez lui cette faculté produisait plus d'âpreté que chez Constable. Faut-il attribuer cela à la dilï'érence de leur situation de fortune, ou des caractères chez ces deux grands peintres? »
sième ; et on était sur le point de le marquer d'une croix à la craie lorsqu'on lut le nom de « John Constable ». Naturellement il y eut de piteuses excuses et le tableau fut tiré du tas condamné pour être mis parmi les œuvres de ses collègues de l'Académie. Mais après que la besogne fut terminée, Constable prit son tableau sous le bras et se dirigea vers la porte, en dépit des remontrances de ses collègues. « Je ne puis songer, dit-il, à ce qu'on l'accroche, après qu'il a été ouvertement rejeté. » L'œuvre ainsi condamnée était le Cours d'eau bordé de saules, qui ligure à présent au Musée de South Kensington sous le titre Prairies arrosées près de Salisbury. Lcslie me dit un jour de ce tableau qu'il donnerait volontiers en échange n'importe laquelle de ses œuvres, tellement atxlente était l'admiration qu'il lui inspirait. » Loni) Windsor, loc. cit.
« John Constable devait avoir une nature à se faire aimer, au mf)ins de ceux qui le connaissaient bien. En société, d'après tout ce qu'on rapporte, il était incivil, quelque peu cynique, ne pouvait retenir sa langue, et par conséquent on ne pouvait pas plus l'appeler un homm3 populaire qu'un peintre populaire. » Id., id.
Ces extraits de lettres de M. Field ne constituent qu'une partie de l'aide dont il m'a fait bénéficier.
Pendant l'hiver, dès qu'il put le faire, Constable envoya fréquemment des vêtements et des couvertures pour les distribuer aux pauvres de son village natal ; aucun trait de son caractère n'était vraiment plus aimable que sa sympathie pour les souffrances des classer pauvres, et sa considération pour leurs sentiments à tous égards. Il possédait cette distinction innée et la seule réelle qui se marque à la conduite qu'on observe envers les inférieurs et les étrangers; c'était un gentilhomme envers les plus pauvres de son espèce ; il se conduisait en gentilhomme jusque dans une diligence et restait un gentilhomme à la table d'auberge du relai.
Un esprit comme celui de Constable, uni à un tempérament nerveux si sensitif, ne pouvait être indifférent à la musique. C'était dans sa jeunesse un bon joueur de flûte, mais il mit l'instrument de côté quand il vit que la peinture exigeait toute son attention. Préférant la simplicité et l'expression à un étalage pompeux d'art, je me souviens qu'à une soirée musicale pendant un trio en italien dont il avait les oreilles abasourdies, et qui ne convenait qu'aux vastes dimensions de l'Opéra, il me murmura à l'oreille : « C'est bien possible que ça soit très beau, malgré que c'est très désagréable; mais si ces gens allaient faire un tel bruit devant votre porte ou la mienne nous enverrions chercher la police pour qu'elle les emmène. »
Les lignes suivantes, qui se rapportent au même sujet peuvent prendre place ici. J'ai trouvé cette note écrite de sa main dans ses papiers ; et c'est sans doute le brouillon d'un paragraphe qu'il avait fait insérer dans un journal de province.
« Est mort le 29 du mois dernier, à Great Wenham, Thomas Cheverton, âgé de 48 ans, laissant une veuve et
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neuf enfants. Cet homme, bien qu'étant de l'humble condition d'un journalier, a bien droit à être longuement cité dans notre nécrologie par le fait qu'il était doué d'une voix absolument extraordinaire ; l'une des plus pleines, des plus riches, et des plus délicieuses voix de haute-contre qu'on ait peut-être jamais entendue. Il pouvait facilement monter jusqu'au ré et même jusqu'au mi dans les hautes notes. Son savoir musical était remarquable et son apparition dans les humbles chœurs des églises de village était toujours saluée par un plaisir silencieux même des gens les mieux élevés. Il était doux et affectueux pour les siens, que voilà maintenant jetés dans un monde, trop occupé, cela est à craindre, pour jeter un regard sur des êtres aussi humbles, ou pour étendre la main de la charité vers des êtres si modestes et si abandonnés, l*"" août 1831. »
Parmi les papiers au milieu desquels j'ai trouvé ceci, il y avait de nombreux feuillets détachés, contenant des remarques, des notes et des citations, dont beaucoup avaient sans doute pour but de l'aider dans ses conférences. Voici un choix fait parmi ces notes et parmi quelques-unes de ses lettres inédites.
« Quand j'étais jeune j'aimais extrêmement lire la poésie, j'aimais également la musique et je jouais moi-même un peu ; mais en avançant dans la vie et dans l'art, j'ai bientôt abandonné cette dernière occupation ; et à présent après trente ans, je dois dire que les arts frères ont eu moins de prise sur mon esprit dans ses excursions momentanées hors de mon domaine propre, que les sciences, particulièrement que l'étude de la géologie, qui plus que toute autre semble satisfaire mon esprit. 10 novembre 183.). »
« La différence entre la puissance et la vérité est très importante en peinture, comme dans les autres matières
de goût. Une anecdote touchant Barry et Garrick peut illustrer cela. Peu d'acteurs ont eu plus de puissance que Barry ; il put vraiment pendant un certain temps partager avec Garrick l'admiration de la ville. Ils jouèrent concurremment Lear pendant cinquante soirs ; mais le public fut ramené à une juste appréciation par une épigramme, qui mit sous un jour convenable ce qui les distinguait et dont le dernier vers était :
« Nous donnons à Barry nos chaleureux applaudissements, au seul Garrick nos larmes. »
« On ne peut aucunement mettre de coté le système. Sans système le champ de la nature serait un désert où il n'y a pas de chemin ; mais le système devrait .concourir à notre recherche, et non pas en être le principal objet. » — White de Selborne. »
« Cette imitation d'un dessin d'une touche élégante de Waterloo a été l'un de mes premiers instructeurs — J. G. — Reçu par moi en cadeau de J. T. Smith, 1798. — (Écrit à l'envers d'un dessin à la plume.)
« Les connaisseurs croient que l'art est chose déjà faite. »
« Je n'ai encore jamais rien vu dans l'art qui m'ait entièrement satisfait. Les tableaux les moins maniérés, et en conséquence les meilleurs que j'ai vus, ce sont certaines œuvres de De Hooghe, particulièrement un sujet de plein air chez Sir Robert Peel. Les intérieurs sont aussi bons, mais moins difficiles, parce qu'ils sont moins éclatants(l). »
1. Constable n"a pas voulu dire que ces œuvres étaient les plus grandes réalisations d'art ; il voulait dire simplement qu'elles étaient les plus parfaites au sens où certains petits poèmes peuvent être considérés comme plus parfaits que L'Iliade ou le Paradis perdu.
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« Le monde est vaste; il n'y a pas deux jours qui soient semblables, ni même deux heures ; et il n'y a jamais eu deux feuilles d'un arbre semblables depuis la création du monde ; et les pures et authentiques productions d'art, comme celles de la nature, sont toutes distintes l'une de l'autre. »
« Dans une époque telle que la nôtre, la peinture devrait être comprise, au lieu d'être contemplée avec un émerveillement aveugle, elle ne devrait pas être considérée seulement comme une poétique aspiration, mais comme une poursuite légitime, scientifique et mécanique.»
« Les vieilleries de l'art, les tableaux moisis, communs, misérables, que les beaux messieurs collectionnent, accrochent et étalent aux yeux de leurs amis peuvent être comparés à la
■< Misérable kyrielle de boîtes vides, d'Alligators empaillés, etc. »
dont parle Shakespeare. La nature n'est rien moins que cela, soit en poésie, en peinture ou dans les champs. »
« Barry croyait qu'il devait pour être grand rejeter les attributs de la peinture ; d'où le dessin aux contours de fer et la lumière d'airain de ses tableaux aux Adelphi. »
« Les plus parfaits de tous les maîtres du vrai clair obscur, c'est Claude Lorrain et Van Ostade. Le clair obscur de Rembrandt est décidément un trait artificiel dans ses œuvres; il peignit expressément pour le clair obscur; c'était là son langage particulier et dont il se servait pour exprimer le sentiment. »
« Quelles étaient les habitudes de Claude Lorrain et des deux Poussin ? Quoiqu'entourés de palais remplis de
tableaux, ils firent des champs leur principal lieu d'études. »
« Cowper mettait au nombre de ses avantages comme poète qu'il avait lu très peu de poésie; car « l'imitation», disait-il, « même des meilleurs modèles me répugne; elle est servile et mécanique ; c'est là une supercherie qui a permis à beaucoup d'usurper le titre d'auteurs, qui n'auraient pu rien écrire du tout, s'ils n'avaient pas écrit sur le patron de quelqu'un de vraiment original (1). »
« La sottise de l'imitation est bien exposée dans la fable de * L'Ane et le Bichon ».
* Je déteste môme Garrick quand il est de seconde main » — Churchill. »
« M. W a conscience d'être un grand maniériste et
qu'on pense qu'il l'est. On lui dit combien son tableau avait donné d'ennui au conseil à cause de cela, et que pour ce motif il serait accroché à l'écart des autres; il fut blessé et dit : « la manière peut être bonne ou mauvaise. » Mais Fuseli établit la vraie distinction entre le style et la manière. »
« Lord Bacon dit : « La ruse n'est que de la sagesse tortue. Rien n'est plus dangereux que lorsque des hommes rusés passent pour sages. C'est cela le maniérisme en peinture. Les maniéristes sont des gens rusés, et le malheur est que le pul)lic n'est pas capable de discerner entre leurs tableaux et la vraie peinture. »
« Le maniérisme séduit toujours. C'est plus ou moins
1. Le dernier livre que Constablc avait lu et qui avait occupé probablement son attention un peu plus d'une heure avant sa mort, était un volume de la Vie de Cowper par Southey, contenant les lettres du poète.
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une imitation de ce qui a déjà été fait, par conséquent toujours plausible. Il diminue la longueur du chemin et coupe au plus court vers la renommée et les émoluments, en nous faisant profiter des travaux des autres. 11 mène à une réputation presque immédiate, parce que le monde ignorant s'en émerveille. Il e>^t toujours accompagné de certains charmes, voyants et plausibles, et qui prennent l'œil. Gomme la manière vient par degrés, qu'elle est nourrie par le succès dans le monde, la flatterie, etc., tous les peintres qui veulent être réellement grands devraient être perpétuellement sur leur garde vis-à-vis d'elle. Rien d'autre qu'une étroite et continuelle observation de la nature ne peut les protéger contre le danger de devenir des maniéristes. »
« N'est-ce pas sot, me dit M. Northcote à l'exposition, comme nous étions devant le tableau de X..., pour un homme de peindre ce qu'il n'a jamais vu ? N'est-il pas déjà assez difficile de peindre ce qu'on voit vraiment (i). »
Cette savoureuse leçon me conduit à demander ce qu'est la peinture, sinon un art d'imitation? Un art qui consista à réaliser, non à feindre. J'obseive sans cesse que tout homme qui ne peut pas se soumettre à un long labeur dans l'imitation de la nature, s'envole dans les nuages, devient un fantôme, et produit des rêves d'absurdité et des avortements. Il croit se couvrir du voile d'une « belle imagination » qui est généralement, et presque toujours chez les jeunes gens, le bouc émissaire de la sottise et de la paresse. »
1. Le reproche de Northcote ne s'adressait pas au surnaturel en peinture, mais à ranfma/ure/. Le tableau auquel il est fait allusion était présente comme une scène réelle, mais il était traité d'une manière que l'artiste concevait comme poétique.
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€ ULen n'est beau que le vrai » — Boileau.
« Observe que ton meilleur directeur, ton guide parfait est la Nature, Copie d'après elle. C'est dans ses chemins qu'est ton arc de triomphe. Elle est au-dessus de tous les aàitres maîtres ; et confie-toi toujours à elle d'un cœur hardi; — particulièrement lorsque tu commences à sentir qu'il y a un sentiment dans le dessin. — Jour après jour ne manque jamais de dessiner quelque chose qui, quelque petit que cela soit, fera cependant beaucoup à la fin ; et fais.de ton mieux. »
« Extrait du livre de Cennino Cennini sur la peinture écrit il y a quatre cents ans, imprimé maintenant pour la première fois en 1821, d'après le manuscrit du Vatican. C'était un élève de Angiolo Gaddi, dont le père travailla sotis Giotto pendant vingt-quatre ans. »
« Nul parmi les plus grands peintres ne fut excentrique dans ses œuvres. Ils étaient trop conséquents avec euxmêmes pour mériter une telle épithète, trop conscients de ce qu'ils faisaient. »
« La fureur de protéger, qu'on pourrait appeler le Mécénisme, parmi les riches et les grands et qui a sa source dans l'espérance soit d'être le premier à découvrir le génie dans l'obscurité, soit de métamorphoser en génie quelque jeune homme de talent ordinaire, bien qu'elle puisse de temps à autre être utile, est beaucoup plus souvent préjudiciable aux réels intérêts de l'art, et même à l'individu qu'on patronne ainsi. Des hommes très dignes, possédés par cette vanité, deviennent complètement aveuglés à l'injustice qu'ils commettent envers ceux qui ont loyalement conquis le terrain et dont ils n'hésiteraient pas à les écarter, pour faire place à quelque favori de
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leur cru, qui doit par leurs leçous aussi bien que par leur patronage, être placé au pinacle de la renommée. . . »
« Il doit y avoir un sentiment moral dans l'art, aussi bien que dans toute autre chose, et il n'est pas juste pour un jeune homme de prétendre à un grand éclat ou à une grande perfection, sans étude ni peine. »
« Il n'y a jamais eu un peintre enfant, et il ne peut pas y en avoir. L'art exige un long apprentissage, étant mécanique, autant qu'intellectuel. »
« Ce fut à Rome que Claude Lorrain devint l'élève réel de la Nature. Quand il y vint, c'était un peintre maniériste invétéré. Mais il s'aperçut bientôt qu'il était nécessaire de « devenir comme un petit enfant » et il se consacra à l'étude avec une ardeur et une patience de travail qu'on n'avait peut-être jamais égalées auparavant. Il passait toutes ses journées dans la campagne et dessinait le soir à l'Académie, car après tout l'art est une plante d'intérieur, non du désert. » . . . .
A ces quelques glanes parmi les papiers de Constable j'ajouterai quelques souvenirs de sa conversation. Sa manière de parler était constamment digressive, cependant il ne perdait jamais de vue le sujet par lequel il avait débuté, mais il y revenait toujours, bien que ce soit souvent à travers un sentier long et détourné. Sa conversation qui était assez amusante en elle-même, le devenait parfois encore plus par cette habitude d'excursionner, mais elle le rendait très peu propre à faire un conférencier improvisateur. On pourrait comparer sa conversation à une carte ou à un tableau découpé, dont les parties quand on les voit séparément ne paraissent avoir aucun lien entre elles, mais dont chacune peut être placée de façon à former un tout complet.
En réponse à une demande faite à mon ami Collins pour qu'il m'aide dans cette partie de mon travail, je reçus le mot suivant :
« Cher Leslie, Je me suis torturé le cerveau au sujet des anecdotes de Constable,et le résultat en est le souvenir d'un grand nombre de bonnes choses, qui n'étaient destinées malheureusement qu'à la conversation autour de la table avec des amis : comme je vous l'ai dit, je craignais que ce fût là le cas. Le grand charme de la conversation de notre ami regretté sur l'art, ne consistait pas seulement dans son originalité, mais dans sa réelle valeur, et l'évidence qu'elle apportait de son amour profondément senti de son métier, amour indépendant de tous les avantages du monde qu'on peut obtenir par lui Je vous
ai cité son admirable remarque sur la composition d'un tableau, à savoir, que toutes ses parties en étaient si nécessaires au point de vue du tout, que cela ressemblait à une somme en arithmétique ; enlevez ou ajoutez le plus petit chiffre, et elle devient fausse. De même ses observations sur le clair obscur contenaient tout ce qu'on peut dire sur ce profond sujet. Combien je me réjouis de voir que tant des grandes choses qu'il fit seront enfin réunies pour le bénéfice des futurs élèves. »
La comparaison dont parle M. Collins entre un tableau et une somme en arithmétique, avait pour but, de la part de Constable de démasquer les libertés impardonnables que prennent parfois les possesseurs d'oeuvres d'artistes morts, en les coupant, les agrandissant ou en les modifiant d'une façon quelconque.
« Enlèveriez-vous ou ajouteriez-vous quelque chose,
disait-il, à une ordonnance de médecin? » On peut
appeler ici l'attention sur un autre procédé, qui n'est peutêtre pas plus justifiable, — celui qui consiste à confier à des artistes le soin de terminer des tableaux laissés ina-
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chevés par leurs prédécesseurs. les meilleurs peintres savent qu'une œuvre de quelque valeur que ce soit ne peut être menée à bonne fin que par le cerveau et la main de celui qui l'a conçue et en conséquence ceux qui se chargent de terminer des tableaux inachevés sont ceux qui sont le moins capables de deviner les intentions de leurs auteurs (1).
Quelques-unes des esquisses de Constable ont été ainsi terminées indignement, et ce qui est un préjudice encore plus grand à sa réputation, on a fait des contrefaçons totales de ses œuvres. J'en ai vu des multitudes de ce genre et avec l'étonnement que leur misérable pauvreté piit en imposer aux acheteurs. Mais on les produit en se fiant sûrement au peu de connaissance réelle de son style que possèdent pour le moment nos amateurs.
Pour revenir de cette digression au plus agréable sujet de la conversation de Constable, je me souviens de lui avoir entendu dire : « Quand je m'asseois pour faire une esquisse d'après nature, la première chose à laquelle je m'efforce est d'oublié)' que j'aie jamais vu un tableau, » (2) Il savait bien qu'en dépit de cet effort, sa connaissance des tableaux avait une influence sur chaque touche de son pinceau, car en parlant d'un jeune artiste qui se vantait de n'avoir jamais étudié les œuvres des autres, il disait : « Après tout, il existe une chose qui s'appelle l'art. >
En entendant quelqu'un dire de la collection célèbre des dessins de Raphaël qui appartenait à sir Thomas Law-
1. J'ai connu de déplorables exemples de la terminaison d'reuvres inachevées de ^^'^lkie, et beaucoup plus encore d'œuvres laissées dans cet état par Lawrence.
2. Une preuve curieuse de l'immobilité dans laquelle il se tenait acsis un jour, en train de peindre en plein air, fut la découvci*te d'un mulot dans la poehe de son habit.
rence : « Ils inspirent », il répliqua : « Ils font plus, ils instruisent. »
L'aimable mais excentrique Blake parcourant un des carnets d'esquisses de Gonstable dit d'un superbe dessin représentant une avenue de sapins de la Lande-Hampstead : « Mais ce n'est pas du dessin, c'est de l'inspiration. » Et il répondit : « Je ne me suis jamais douté de cela auparavant ; c'est un dessin que j'ai voulu faire. »
« Mes tableaux ne seront jamais populaires » dit-il « car ils ne possèdent pas la patte. Mais je ne vois pas la patte dans la nature. »
Il dit aussi : « Quoi qu'on puisse penser de mon art, il est mien ; et j'aimerais mieux posséder une maison à moi, fut-ce une chaumière, que d'habiter un palais qui serait à un autre. »
Il dit à une dame qui regardait une gravure représentant une maison et la traitait de chose laide : « Non, madame, il n'y a rien de laid ; je n'ai jamais vu une chose laide dans ma rie : en effet, que la forme d'un objet soit ce qu'elle veuille, — la lumière, l'ombre et la perspective le rendront toujours beau. C'est la perspective qui améliore la forme de ceci. »
Parlant du goût pour le prodigieux et rétonnant, goùl très contraire au sien, il employa une citation du premier livre des Rois. « Un grand et fort vent déchire les montagnes et rompt en pièces les rochers devant le Seigneur ; mais le Seigneur n'était pas dans le vent ; et après le vent vint un tremblement de terre ; mais le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre ; et après le tremblement de terre vint un incendie : mais le Seigneur
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n'était pas dans l'incendie ; et après l'incendie se lit entendre une douce petite voix. »
On lui demanda dans combien de temps on pouvait acquérir du goût pour les œuvres du Dominiquin, et il répondit : « A peu près dans le même temps que vous pouvez acquérir du goût pour les œuvres d'Homère. »
Un artiste qui dépréciait tous les genres d'art excepté le genre héroïque, dit en sa présence, « qu'il ne pouvait concevoir à quoi Jean Steen devait sa grande réputation si ce n'était aux grands éloges que Sir Joshua Reynolds avait fait de son style » ; « Et pourrait-il donc la devoir, répliqua Constable, à une meilleure autorité ? »
Il fut frappé d'une remarque du D"" Gooch, qui trouvai t « que chaque cas individuel de maladie était une nouvelle étude.» Constable en fit l'application à la peinture, et dit: « D une semblable manière chaque tableau vraiment original est une étude séparée, et gouvernée par des lois à elle-même; de sorte que ce qui est vrai chez l'un, sera souvent entièrement faux si on le transporte chez un autre. »
Un ami de Constable qui lui exprimait son peu de satisfaction de ses propres progrès dans l'art reçut (c'est lui qui me le dit) le plus grand encouragement à persévérer qu'il ait jamais rencontré, dans la réponse suivante : « Si vous aviez trouvé la peinture une chose aussi facile que vous vous l'êtes autrefois imaginé, vous l'auriez abandonnée depuis longtemps. »
Il ne pouvait pas facilement résister à la tentation de faire une réponse inattendue, et quand un dimanche, après avoir prêché, l'archidiacre Fisher lui demanda comment il trouvait son sermon, il dit: « Vraiment je l'aime beaucoup, Fisher ; j'ai toujours aimé ce sermon. » Mais Fisher avait trop d'esprit lui-même pour ne pas goûter
cette réponse ; et s'il ne tenait pas compte de semblables pointes à son ami, c'était sans doute un compte justement balancé.
Lorsque Gonstable avait l'occasion de trouver un domestique ou un commerçant en faute c'était rarement sans accompagner son reproche d'une plaisanterie, bien qu'elle fût souvent aiguë. A la personne qui fournissait du lait à sa famille, il dit : « A l'avenir nous vous serions obligés de nous envoyer le lait et l'eau dans des boîtes séparées. »
Un tableau représentant un assassinat et envoyé à l'Académie pendant qu'il était du Conseil, fut refusé en raison de l'étalage dégoûtant de sang et de cervelle qu'il présentait ; mais il reprochait plus encore à l'œuvre d'être misérable, et il dit : « Je ne vois pas de cervelle dans ce tableau (1). »
Je regrette de n'avoir pas trouvé parmi ses papiers ses observations sur les ciels et les nuages, dont il parle dans une lettre à iM. George Gonstable.
Je me souviens de lui avoir entendu faire à différentes occasions des remarques sur les effets atmosphériques, mais je ne puis guère me rappeler quoi que ce soit de ce qu'il dit assez distinctement pour le rapporter. Je me souviens qu'il me lit observer un aspect du rayonnement solaire, que peu d'artistes ont peut-être remarqué, et que je n'ai jamais vu rendre dans aucun tableau, excepté dans son Pont de Waterloo. Quand le spectateur se tient le dos au soleil, il peut voir parfois les rayons converger en perspective vers l'horizon en face de lui. Depuis qu'il
1. Ceci me rappelle un mot encore meilleur que l'on rapporte d'Opie, qui. lorsqu'un jeune artiste lui demandait ce qu'il mêlait à ses couleurs, re-pondait : « Do la cervelle ».
CONSTABLE d'aPRÈS SES AMIS 307
attira mon attention sur de semblables effets, j'ai remarqué le matin de très bonne heure les lignes des rayons diminuant en perspective à travers un arc-en-ciel.
Je l'ai vu admirer un bel arbre avec la même extase de joie que s'il avait pris un bel enfant dans ses bras. Le frêne était son arbre favori et tous ceux qui sont familiers avec ses tableaux ne peuvent manquer d'avoir observé combien fréquemment il est introduit comme objet cher, et combien superbement les particularités qui le distinguent sont marquées. Je me souviens qu'il me fit remarquer dans une avenue de châtaigniers, la grande élégance que donnait à leurs troncs la direction en spirale des lignes de l'écorce.
Il n'admettait jamais une distinction que l'on fait parfois entre la poésie et la vérité. Il sentait que le surnaturel n'a pas besoin d'être Vanlinaturel (1). Il n'admettait pas non plus que le conventionnel en art, bien ((u'on pût le trouver dans les ouvrages des plus grands maîtres, dût être considéré sous un autre jour que comme preuve de l'imperfection humaine. Il considérait l'imitation par les peintres modernes de ce qui est conventionnel dans les ouvrages de leurs prédécesseurs comme une grande cause de la détérioration de l'art. « Raphaël et Michel-Ange, dit-il, s'ils pouvaient se lever de leur tombeau, seraient grandement étonnés des théories d'après lesquelles on a supposé que leurs œuvres furent faites ; de ce que, par exemple, les cliarraes de la couleur ou le clair obscur seraient une dérogation à la dignité intellectuelle de leurs créations (2). »
1. Pourquoi est-ce que « les Dieux d'Homère se perpétuent jusqu'à ce jour comme les Dieux de la poésie » si ce n'est parce qu'ils sont doués de passions humaines ? C'est pour la même raison que les sœurs fatidiques, les Obéron, les Titania, les Puck, les Ariel et les Caliban nous intéressent.
2. Une pareille théorie, cela me semble, peut être renversée à l'instant par deuK remarques de Fuseli : « Le Jérémic parmi les Prophè-
Il m'a souvent fait remarquer, même dans les gravures imparfaites que nous avons d'après la Chapelle Sixtine, l'admirable distribution de la lumière et de l'ombre ; et il me dit que Stothard, les regardant avec lui, dit: « Michel- Ange composait toujours pour le clair obscur. » Gonstable considérait que l'union des diverses supériorités proposée par les Carrache, n'était peut-être pas impossible, mais que leur échec là où ils échouèrent, provenait avant tout de ce que leur attention s'était trop restreinte aux œuvres de leurs prédécesseurs. Il préférait le conseil donné aux jeunes ai'tistes par Wilkie, quand ils le consultjiient, «/)e*gnez cela bien » aux recommandations contenues dans le sonnet d'Augustin Carrache (1). Il considérait que l'analogie entre la religion et le goût était valable à tous égards. Il me dit qu'un des discours de Sir Joshua Reynolds avait été transformé en sermon, et quon n'avait trouvé qu'aucun changement n'était nécessaire, dans le cadre général des arguments.
Si on compare les opinions éparpillées dans les lettres de Gonstable avec celles qu'il exprime dans ses conférences, il ne me sera pas nécessaire de dire que son amour de la nature ne l'aveuglait pas sur la valeur réelle de l'art. Je ne me rappelle pas m'être trouvé une seule fois avec lui devant un beau tableau, ancien ou moderne, sans qu'il ait appelé mon attention sur quelque beauté qu'il contenait et que je n'avais pas remarqué auparavant; et si sa connaissance intime de la nature le rendait plus difficile qu'on l'est de coutume dans son admiration pour les tableaux, elle lui donnait un goût pour ce (|u'il y a de
tes rayonne de léclat de Titien, mais avec une largeur inconnue à Giorgione et à lui. » Et « LEvc sous l'arbre à la douce harmonie perlée de Corrège. »