Voir la Deuxième Conférence de Fuscli
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meilleur dont aucun pur amateur ne peut se former la moindre idée. iMais le jour sous lequel Constable considérait les œuvres d'art était exactement celui sous lequel Lord Bacon place les sciences, quand il dit : « C'est une erreur fatale de croire qu'elles sont arrivées par degrés à l'état de perfection et qu'elles ont alors été enregistrées par tel ou tel écrivain, et que rien de mieux ne pouvant par la suite être inventé, les hommes n'ont besoin que de cultiver et de faire valoir ce qui est ainsi découvert et terminé : au lieu qu'en réalité, cet enregistrement des sciences ne provient que de l'assurance d'un petit nombre, et de la paresse et de l'ignorance de beaucoup. »■ Ceci encore : « De même que l'eau ne monte pas plus haut que le niveau de la première source, de même le savoir dérivé d'Aristote ne dépassera jamais, aussi haut qu'il s'élève, le savoir d'Aristote. Et par conséquent, bien qu'un écolier doive avoir foi dans son maître, cependant un homme d'une bonne instruction doit juger par lui-même ; car ceux qui apprennent ne doivent à leurs maîtres qu'une foi temporaire et une suspension de leur propre jugement jusqu'à ce qu'ils soient pleinement instruits, non pas une absolue résignation ou une perpétuelle captivité. Que les grands auteurs aient donc leur dû; mais de façon à ne pas frustrer le temps, qui est l'auteur des auteurs, et le père de la vérité. »
Ai-je besoin de dire combien peu Constable se souciait des habituelles classifications de l'art? Il jugeait comme tous ceux qui ont du goût et qui donnent franc jeu à leur goût, jugent les tableaux par leur seul mérite intrinsèque. Le bon arl était pour lui Varl élevé, quelque humble que soit le sujet; et l'art médiocre, quelque sublime qu'en soit l'intention, était à son jugement, Varl has{\).
1. Tous les hommes de génie ont quelque chose en commun, quelque dissemblables que soient leurs productions, mais le génie et la
Dans Fêté de 1840, j'accompagnai M. Purton dans une excursion en SufTolk. Nous fûmes reçus à Flatford avec la plus grande hospitalité par M. Abram Constable et ses sœurs, et on nous fournit les facilités d'explorer ce qui était pour nous un terrain classique, où nous eûmes l'avantage d'être accompagnés par le fils aîné de Constable et par son neveu, le Rév. Daniel Whalley.
Nous visitâmes la maison où est né Constable. C'était un grand et bel édifice, inhabité à cette époque, et qui a depuis été démoli. Une vue du derrière de cette maison forme le frontispice du Paysage Anc/lais avec ces vers inscrits au-dessous :
« Hic locus œtatis nostrœ primordia novii Annos felices lœlitiœque dies :
Hic locus ingeniiis puériles imhiiil aunos Artibus et nostrœ taudis origo fuit. »
Dont la traduction par M. Fisher se trouve dans l'un de «es carnets :
Cet endroit a vu le printemps de ma vie,
Heures de Joie et aussi de Bonheur ;
Ce lieu a pour la première fois pénétré mon
imagination denfant de l'amour de lArt.
Ce lieu a été l'origine de ma Renommée. »
médiocrité n"ont rien en commun ; Raphaël et Van Ostade peuvent être classés ensemble, mais jamais Raphaël et Carlo Maratti. Depuis que cette note a été imprimée, j'ai rencontré le passade suivant dans la Vie de Wilhie par Cunningham. Parlant de Raphaël et de Michel- Ange, Wilkie dit : <> Ils ont cela sans quoi les Vénus et les Apollon perdraient leur valeur et gjràce à quoi les figures de Van Ostade et de Rembrandt deviennent instructives et sublimes; à savoir l'expression et le sentiment. »
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Nous vîmes que le paysage de huit ou dix des plus importants sujets de notre ami pouvait tenir dans un cercle de quelques centaines de mètres ayant pour centre Flatford, tout près de Berghoit ; compris dans cet espace sont l'écluse, qui forme le sujet de plusieurs tableaux — la maison de Willy Lott — le petit pont de bois surélevé et la pittoresque chaumière qui est auprès, qu'on voit dans le tableau gravé pour l'ouvrage de MM. Finden, et introduits dans d'autres, — et la prairie où le tableau de Consfruclion de bateaux a été entièrement peint (1). Si
1. M. Holmes a consigne une impression analogue du pays de Constable :
« Pour un garçon doué d'un sens aigu de la beauté naturelle, peu de contrées pouvaient être plus heureuses. Sur la colline, à Berghoit, il pouvait observer les moulins à vent sefforçaut à leur reuvre, ou s'attarder dans l'ombre du calme vieux cimetière avec sa pittoresque église à moitié finie et son curieux beffroi. Du sommet de la colline, il pouvait promener son regard sur la sinueuse vallée de la Stour, avec SCS saules argentés, ses plantureuses prairies et ses eaux chatoyantes, qui s'étend à l'est vers Dedham, Stratford, Langham et Stoke, et à l'ouest s'ouvrent vers la mer. Un court chemin en lacet le menait jusqu'au moulin de Flatford, qui est encore aujourd'hui, en dépit de sa haute cheminée, un vrai paradis pour le dessinateur. Devant lui il voyait la rivière surmontée d'un pont de bois à arches, l'écluse avec de temps en temps un chaland qui passait ou un patient pécheur à la ligne, et comme fond, la belle maison du vieux meunier, avec des groupes délicieux de saules et de peupliers autour. Derrière, dans l'ombre des bâtiments, la chute d'eau chatoyante du moulin étincelle et rejaillit encore, s'échappant rapidement avec des rides sous l'arceau du feuillage qui s'élève près de la Ferme de Gibéon, la blanche maisonnette où Willy Lott, comme son épitaphc dans le cimetière sur la colline le rapporte, passa tous les jours de sa longue vie. De Flatford, il n'y a qu'une courte promenade le long de la rivière bordée de roseaux, en passant par Dedham, avec ses grands peupliers et la massive tour de son église, qui domine toute la vallée à des kilomètres de distance, jusqu'à Stratford et Langham, chacun une mine de bonnes choses pour le peintre, bien que le Moulin de Stratford et la
frappante clail la ressemblance de quelques-unes de ces scènes avec les tableaux laits d'après elles, et que nous connaissions si bien, que nous pouvions à peine croire que nous nous trouvions pour la première fois sur le lieu où ils furent peints. Pour d'autres, nous vîmes que Constable en avait plutôt combiné et varié les matériaux que donné des reproductions exactes. Dans les grandes compositions telles que Le Cheval Blanc et La Charrette de Foin, tous les deux faits aux alentours, il a élargi la rivière très avantageusement ; et chaque fois qu'il en avait l'occasion, il aimait introduire la tour de l'église de Dedham, qu'on voit de beaucoup d'endroits près de Flatford. A Stratford le pittorresque petit moulin à eau que nous avait fait connaître le tableau donné par Fisher à M. Tinney, el au lieu duquel s'élève maintenant un grand bâtiment en brique, nous manqua. Nous visitâmes Stoke ; et à Neyland, qui lui est contigu, nous vîmes le tableau d'autel du Sauveur bénissant les éléments ; nous vîmes également le tableau d'autel à Brantham ; et nous visitâmes Langham, où tout est tellement changé excepté l'église, que nous pûmes à peine le reconnaître comme le sujet de La Ferme du Presbytère. L'aspect du .Moulin de Dedham est grandement amélioré dans tous les tableaux qu'il en a faits, parce qu'il a montré la roue, qui en réalité est cachée.
Ferme du Presbytère du passé aient disparu. Enfin à Stokc-l)y-Nayland, on trouve un villag^c avec de superbes maisons à moitié construites en bois, et une église qui doit être sûrement une des plus nobles de toutes les églises de campagne, endroit élevé duquel on peut entrevoir, très loin, le paysage qui iiispira le jeune Gainsborough. Rien dans ces seize kilomètres de vallée ne frappe particulièrement, en exceptant peut-être l'église et le village de Stokc ; pourtant, il serait difTicilc de trouver un autre endroit dans toute l'Angleterre où fut contenue une plus grande variété de matériaux pittoresques dans un cercle aussi restreint. » C. .1. Iloi.Mns, loc. cil.
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Dans l'éducation d'un artiste, il n'est guère possible de prévoir quelles circonstances seront avantageuses, ou inversement ; c'est seulement en regardant en arrière que nous pouvons juger ces choses. Les voyages sont maintenant à l'ordre du jour, et ils peuvent parfois être avantageux, — mais il ne peut y avoir que peu de doute que d'avoir restreint ses études au champ le plus étroit dans lequel furent jamais peut-être confinées les études d'un artiste, fut au plus haut point favorable à l'art de Constable ; car la connaissance des effets atmosphériques sera le mieux acquise par une étude constante des mêmes objets sous l'influence de chaque changement des saisons et des heures du jour. Il faut bien avoir présent à l'esprit que son ambition ne fut pas de peindre beaucoup de choses imparfaitement, mais de peindre un petit nombre de choses bien.
L'impression faite sur l'esprit de M. Purton et sur le mien par ces paysages superbes fut que Constable, né parmi eux, et né peintre, était presque nécessairement né peintre paysagiste. En les quittant, mon compagnon fit quelques remarques qui me semblèrent si justes et si heureusement exprimées, que je lui demandai de vouloir bien me les donner par écrit, et son aimable acquiescement à ma demande me permet de les ajouter au bref récit de notre excursion.
« En considérant, dit M. Purton, d'aussi fiièles transcriptions de la nature que celles qui se montrent dans les paysages de Constable, il serait difficile de désigner une qualité ou un mérite qui les distingue par-dessus tout : et peut-être trouvera-t-on que cette unité ou individualité constitue leur charme principal : un seul esprit l'emplit, une unité d'intention parcourt le tout ; et cela, on peut l'observer, les meilleures autorités font proclamé le sine qua non de la composition poétique :
« Denique sit quidvis simple.v duntaxat et unum » (1).
Qu'il représente la tempête approchante qui va éclater solennellement — la fraîcheur de brise du matin — ou la profonde immobilité d'un midi d'été — chaque objet représenté, depuis les plus grandes masses jusqu'à la plus petite plante ou la plus petite branche, semble animé, pour ainsi dire, par l'esprit même de la scène et le respirer. Egalement ses figures semblent naturellement évoquées par le paysage et en faire partie : nous ne demandons jamais si elles sont bien placées là où elles sont, et à moins qu'elles veuillent se mouvoir, c'est là qu'elles doivent rester. Ses chemins calmes et ses recoins couverts ne servent jamais à introduire un épisode romantique ou sentimental pour diviser, non pour hausser l'intérêt ; tout est rendu subordonné à l'unique objet en vue : incarner une conception pure d'un effet de nature. D'où vient que le vrai amant de nature n'admire pas à première vue la beauté des lignes ni la vérité du coloris manifestées dans ses ouvrages; sa première impulsion est, comme Fuseli, de demander son parapluie, ou comme Bannister, de sentir la brise lui souffler au visage (2). Je n'entreprends pas de faire remarque:- à quelles hautes qualités d'art il lui fallut atteindre, ou de quelles difficultés se rendre maître, avant
1. «En un mot, quoi que ce soit, que cela soit simple (ou plutôt seul et un. » Horace, L'Art Poétique.
2. Le lecteur se souvient de la remarque de M"»' Fislier à l'arrivée du Cheval blanc à Salisburv, lorsque promennut son regard du tableau au jardin, elle observait « la même sorte d'air dans les deux » ; et de l'exclamation de Lady Morlcy en voyant le tableau d'Englefield Uouse : « Comme c'est frais, comme il y a de la rosée, comme c'est réconfoBtant et réjouissant ! » C'est pour ceux qui sentent et jugent •Je cette manière que Constable peignait ; mais les amateurs, cl même les artistes, ne sont pas toujours de pareils juges.
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qu'il pût réaliser un sentiment aussi profond du naturel ; mais j'imagine que les plus hautes connaissances d'art, même toute sa patiente étude auraient été vaines, si elles ne s'étaient pas greffées sur la plus pure et la plus chaude admiration et affection pour les lieux et les effets qu'il a représentés (1). »
1. Nous croyons devoir compléter cette très intuitive earactérisation de l'art de Constable considéré dans son principe interne, par ces quelques lignes où nous avons résumé l'opinion de M. C. J. Holmes {loc. cit.) sur le développement de sa technique :
Le principe de l'art de Constable, c'est son amour du coin de terre ofi il est né. Dans l'expression de cet amour il a été d'abord guidé par les maîtres. Il a beaucoup copié et imité dans sa jeunesse — Claude Lorrain, \A'aterloo, Gainsborough, Girtin, \\'ilson — sans cesser de travailler d'après nature suivant son inspiration, car il avait l'intuition et le désir d'un art entièrement différent de celui qu'il trouvait exprimé dans les tablnaux. Ses premières esquisses vraiment modernes et naturalistes datent de tSOl. Mais il continua longtemps encore à travailler dans le style des anciens jusqu'à ce qu'il fût assez sûr de lui-même pour s'exprimer en grand selon son style à lui.
« La différence entre son point de vue et celui de ses prédécesseurs peut se définir par la siibstitiilion de l'amonr pour la, chose réelle représentée à l'amour pour son symbole pictural. » Il ne consent qu'un sacrifice minimum de la réalité en vue de l'unité et de la largeur de l'ensemble. Car il est possédé avant tout du respect des choses réelles. Le souci des choses poétiques ou artistiques ne vient qu'après-
Do 1801 à 1806, il subit surtout l'influence de Ruysdael, Gainsborough et Girtin. En 1807 et pendant les années suivantes, il copiedes portraits de Reynolds, travail qui eut une grande influence sur son art en lui enseignant à construire un tableau. Constable « s'acheminait vers la combinaison des tons éclatants de ses esquisses de plein air avec l'unité d'effet que tout bon tableau exige. » Il avance lentement. La Construction de Bateaux de 1815 < avec tout son air et sa luminosité, ne trahit que peu de progrès sur la technique de Claude Lorrain », tandis que depuis longtemps ses esquisses se prouvaient d'une fougue et d'un réalisme qu'il ne devait pas dépasser. La Chaumière dans un Champ de hlédc 1818 marque une étape définitive dans
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Une partie exlrômemcnl intéressante des œuvres de Constable n'est connue que de ses amis intimes, — je veux dire le contenu de ses nombreux carnets d'esquisses. 11 y a dans ces carnets de nombreux paysages complets en miniature, souvent en couleur, et quand ils ne sont pas teintés, le clair obscur est souvent rendu à la mine de plomb, parfois avec une grande profondeur d'effet, et toujours avec un goût exquis. — Le nom de presque tous les endroits où il a pris un croquis y est joint, et lorsqu'on parcourt ces cahiers, une chose frappe qu'on peut également remarquer dans ses tableaux, c'est que les sujets de ses œuvres forment une histoire de ses affections, — Bergholt et ses alentours — Salisbury — Osmington — Hampstead — Oillingham — Brighton — Folkestone, (où ses garçons étaient à l'école),— et les endroits du comité de Berk qu'il visita avec M. Fisher. A l'exception de son excursion dans le comté de Derby, et
la fusion de ses qualités. Cesl le déljut de lèi-c de plénitude. En 1821 il inaugure sa magnifique série des vues de Hampstead, correspondant à l'époque culminante de sa vie. Il ne peint que des ciels pendant quelques temps. Cette période (1817-1822' fut d'ailleurs le moment de bonheur parfait dans son existence.
La Cathédrale de Sulisburt) vue du jardin de l'Évéché « est remarquable comme étant la première grande œuvre achevée où son procédé caractéristique d'indiquer le brillant du soleil par des taches et des frottis est largement employé. »
Ses marines (1824, Brighton) le démontrent quelque peu gêné et différent de lui-même, un sent qu'il n'est pas là dans son élément.
Le Che\>al qui saule de 1S25, au contraire, est une pierre milliairc dans sa carrière.
Les oeuvres des années dernières montrent un certain froidissement de son art et quelque convention {Ferme de la Vallée, Cénotaphe Château et Moulin dArundel). Il était fatigué par les douleurs morales et la mort de sa femme en 1829 lui avait porté un coup dont il ne se releva pas (N. D. T.).
après aux Lacs anglais, il ne voyagea jamais exprès pour chercher des sujets. Le clair obscur, comme je l'ai dit, était une chose de toute importance à son jugement. Beaucoup d'artistes ne le voient nulle part, mais Goustable le vit partout, et dans toute sa beauté. Alors, pourquoi serait-il allé en quête de sujets, quand les lieux qui lui étaient chers depuis son enfance ou par suite des associations de l'amitié, non seulement possédaient en général de grandes attractions par eux-mêmes, mais, pouvaient, là où ils avaient le moins de beauté, être élevés jusqu'au sublime par cette puissance ?