‹ John Constable d'après les souvenirsChapitre 8 sur 77 · INTRODUCTION ' ^ XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION ' ^ XIII

le grand, le lointain, le romantique ; ce qu'on fait en Italie ou en Arabie ; ce qu'est l'art grec ou celui du ménestrel provençal, j'embrasse le commun, j'explore le familier, le bas et je m'asseois à leur pied. . . »

Combien m'apparaît touchant et silencieusement héroïque, ce labeur tranquille, solitaire, poursuivi dans l'insouciance du monde, pendant que se déroulaient en Europe les plus sanglantes aventures, refîroyable drame napoléonien avec toutes ses suites! Le fils du meunier de Bergholt, durant toute la crise, ne se passionne que pour les aspects d'une vallée ou d'une lande d'Angleterre, s'oublie totalement en Taraoureuse contemplation de la nature...

D'avoir envisagé un minuscule coin de terre — celui où il était né, celui où il vivait, aimait et souffrait, — d'en avoir exprimé toute la saveur, tout le parfum d'intimité et de beauté familière, dans l'oubli et l'incuriosité du reste du monde, c'est là ce qui donne à l'art de C-onstable un tel goût de chose vécue. Le sens local est chez lui prédominant. Ce sensuel et ce fougueux — dont les études surtout, dans leur rudesse et leur brutalité splendide, prouvent le tempérament, et où il fonce parfois comme un taureau, — apparaît aussi un tendre et un intime. Un chant d'une extrême pénétration s'exhale de son paysage.

Mais là où se démontre le très grand artiste, c'est que tout en se resserrant volontairement, comme le constate son biographe Leslie,«dans les plus étroites limites peutêtre où se confinèrent jamais les études d'un artiste », c'est toute la terre, tout l'air, toute la nature que révèlent ses toiles. Il n'appartient pas au seul village dont il a décrit les aspects, mais au monde entier dont son cher Bergholt lui apparaissait comme un résumé.

XIV JOHN COxNSTABLE

Ce caractère local, familier, intime, de l'art de Gonstable apparaît d'une façon fort vive dans le Paysage Anglais, ce recueil de gravures où, — comme Claude Lorrain avec son Livre de Vérité, Turner avec son Liber Studioruni et Th. Rousseau avec le recueil qu'il projeta, — il voulut offrir comme l'essence de son œuvre à ceux qui ne pouvaient acquérir ses tableaux. L'introduction énonce le désir de l'auteur qui est «d'accroître l'intérêt pour le paysage champêtre de l'Angleterre, avec toutes les choses chères qui y sont associées, et cela même dans les plus humbles localités. » Combien éloquent et touchant le frontispice de cette série de planches, qui représente la maison paternelle avec son jardin — cette maison d'où si longuement il dut contempler, en ses années de jeunesse, le paysage d'alentour, — comme s'il voulait ainsi montrer que tout son art était sorti de là !

Constable est un candide et un simple. 11 ignore aussi bien les «ficelles » du métier que les ruses de l'existence. Sa nature est toute de modestie, de fraîcheur et d'ingénuité, avec des emballements fréquents. C'est un croyant auquel les « impies » de toute espèce sont odieux. Le grand exemple du meunier de Bergholt redit l'éternelle leçon de l'art qui enseigne que c'est aux honnêtes, fermes et droits instinctifs, non aux truqueurs, que la nature livre son secret. A cet égard, comme caractère d'homme, (nullement comme tempérament d'artiste), un rapprochement s'établit entre Constable et Millet.

11 n'est pas sans intérêt de regarder vivre ce révolutionnaire de l'art, en dehors de son chevalet. Il se dénote parfois d'une naïveté à, ce point excessive qu'elle ne laisse pas de surprendre. Du milieu conventionnel et bourgeois

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