‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 101 sur 321 · Aduertisement for Papp-hatchett (Works, II · texte numérisé non relu

Aduertisement for Papp-hatchett (Works, II

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la moelle { ». Et c'était juste. Sous sa légèreté apparente, Lyly se proposait un but et appliquait une tactique parfaitement définis. Délaissant les argumentations abstraites, il se plaçait au point de vue politique ; et il cherchait à convaincre de trahison Marprelate et ses partisans. Il montrait que ces « suceurs? » de l'Eglise complotaient tout autant contre le gouvernement d’'Elizabeth que contre Dieu. Il raisonnait ainsi : « À l'autorité de l'Eglise est lié tout l'état du royaume et ceux qui escamotent un à un les évêques attaquent la couronne $ ». « Un empire affermi ne saurait comme de la pâte de verre être grossi, allongé ou façonné par le souffle du premier venu, ni être brisé pour être refondu et de nouveau soufflé # ». « Quand l'antique organisation de l'Etat est transformée par les factions, quand de nouvelles lois sont inventées par les esprits poinülleux, il en résulte des opérations troubles et dangereuses 5 ». Et dans une comparaison saisissante, il faisait surgir une brusque vision des dangers que courait la reine : « Si un gentilhomme chevauchait sur une route suivi de vingt hommes, et s1 une troupe de voleurs, par ruse ou par force, liait tous ces serviteurs, un bon juge de paix penserait qu'il a dû y avoir vol. Quand les Martinistes, ces fieffés voleurs d’églises, lieront les bras et les jambes de l'Eglise, il me semble que le chef suprême de l'Eglise

1. « O sir, I am not al tales, and riddles, and rimes, and iestes..… if Martin knock the bone he shall find marrow » (Works, III, 407).

2, « Those that be suckers of the Church » (Works, III, 397).

3. « We find that to the rule of the Church, the whole state of the Realme is linckt, & that they filching away Bishop by Bishop, seeke to fish for the Crown » (III, 405).

4. « À settled raigne is not like glasse mettal, to be blowne in bignesse, length or fashion of euerie mans breath, and breaking to be melted againe, & so blowne afresh » (Works, III, 409).

5. « When the ancient gouernment of the state should be altered by faction, or newe lawes brought in that were deuised by nice heads.… there should followe a foule and slipperie managing » (Works, III, 409).

devrait pâlir! ». Et encore : « Ceux qui arrachent les rameaux donneront bientôt de la cognée dans l'arbre, et quand une fois ils se seront mouillé les pieds dans les factions, ils ne regarderont pas jusqu’à quelle profondeur ils s'engagent dans le gué de trahison? ». Mais, objectet-on, « Martin est le premier à crier : Ave Cesar ; 1l ne complote donc pas contre César ». — « Que m'importe », reprend Lyly, « ils crient « Vive la Reine »; mais c’est le mot d'ordre qu'ils ont reçu de tous les traîtres, lesquels, même lorsqu'ils sont convaincus de sédition, crient jusque dans leur dernier souffle « Dieu sauve la Reine ! ». « Dieu sauve la reine! » dis-je moi-même; oui, qu'il la sauve des mains de tous ceux qui n’ont pas ces mots gravés dans le cœur : « Puisse la reine gouverner longtemps ainsi ! 8 ». Cette tactique était particulièrement habile ; elle valait mieux que toutes les discussions théologiques ou que le ridicule. Elizabeth était sincèrement aimée de son peuple“; insinuer que sa personne était en péril, c'était ranimer le loyalisme chez les plus indifférents, et refroidir le zèle de la majorité des réformateurs, qui, s'ils n'éprouvaient pour

1. « If à Gentleman riding by the way with twentie men, a number of theeues should by deuise or force binde all his seruants ; the good Iustice of Peace would thinke he should bee robd. When Martinists rancke robbers of the Church shall binde the legges and armes of the Church, me thinkes the supreme head of the Church should looke pale » (Works, III, 407).

2. « They that teare the boughs, will hew at the tree, and hauing once wet their feete in factions, will not care how deepe they wade in treason » (Works, III, 412).

3. « Because they say, Aue Caesar, therefore they meane nothing against Caesar. There may bee hidden vnder their long gownes, short daggers, and so in blearing Caesars eyes, conspire Caesars death. God saue the Queene; why it is the Que which they take from the mouthes of all traytors, who though they bee throughly conuinced, both by proofe and their owne confessions, yet at the last gaspe they crie, God saue the Queene. God saue the Queene (say I) out of their hands, in whose hearts (long may the Queene thus gouerne) is not engrauen » (Works, III, 408-409).

4. L'année 1588 marque, dans la vie d’Elizabeth, l'apogée de sa popularité. La victoire sur l'Espagne, que l’on attribuait en partie à son habile politique, avait fait d'elle une idole pour le peuple.

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l'épiscopat que de l’antipathie, tenaient avant tout à la paix et à l'union du royaume. Et Pappe with an Halchet exerça sur l'esprit des contemporains une influence réelle; on lui attribua même l'honneur d'avoir réduit Marprelate au silence 1.

Les idées exprimées par Lyly dans son opuscule ne lui étaient d'ailleurs nullement personnelles. C'étaient celles de toute la Cour qui se solidarisait avec les privilégiés contre les destructeurs de privilèges ?. Et en prêtant à des opinions hautement manifestées par la noblesse et silencieusement partagées par la reine 8, le secours de sa plume mordante, Lyly, cela ne paraît pas douteux, était mû par l'espoir de voir son zèle récompensé 4. Mais ce n'est pas là la seule raison qui le fit prendre part à cette querelle, où, malgré tout, il était mal à l'aise; notre auteur était aussi sollicité par l'attrait de satisfaire des haines personnelles. Depuis le jour où il avait vainement essayé de nuire à Gabriel Harvey auprès du comte d'Oxford, Lyly avait gardé à sa

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