‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 108 sur 321 · Prédécesseurs et Contemporains de Shakespeare, p · texte numérisé non relu

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puisse aller aussi loin. Car enfin il ne faut pas oublier que, sous l'influence de Vénus, Pandora se conduit à peu près comme certaines héroïnes de Boccace. Il est difficile d’admeltre que Lyly ait voulu laisser entendre que la « lubricité » était un des « défauts » qui « se donnaient rendez-vous chez la reine ! ». Il n’en est pas moins vrai qu'en satirisant la femme, il satirisait, par contre-coup, la reine qui était femme. Cette idée devait venir à l'esprit d'un spectateur de l'époque avec d'autant plus de facilité que Pandora était un nom déjà attribué à Elizabeth par Warner dans son Albion's England?. Et le choix du titre, par son antithèse avec The Man in the Moone, conviait tout naturellement un public habitué à chercher un sens caché dans les pièces de Lyly, à faire la comparaison avec cette comédie, où l'auteur avait déjà représenté la reine sous ce même nom de Cinthia.

Quoi qu'il en soit, traiter un pareil sujet et le faire jouer devant la Cour constituaient une double maladresse. Lyly, en donnant lieu à de si dangereuses interprétations, mettait sa réputation d'homme d'esprit à une rude épreuve. Il semble bien, en effet, que telle ait été l'opinion de la reine ou de ceux qui avaient le pouvoir de nuire à Lyly. En janvier 1594/5, 1l était sous le coup d’une disgrâce. Il écrit

1. « Il condamna Elisabeth à voir sur la scène une femme qui est considérée comme le type de toutes les autres, Pandore, la première née de la nature, passer par toute la série des faiblesses humaines, par la mauvaise humeur, par l'ambition, par la lubricité, par la fureur, par le mensonge et par l’inconstance. Ce qu'il y a de plus piquant, c’est que cette Pandore, sollicitée par les différentes planètes de choisir l’une d’elles pour demeure, fixe sa résidence dans la lune, et que la lune porte précisément le nom de Cynthie, sous lequel Elisabeth aimait à être désignée. C'était presque insinuer que tous les défauts se donnaient rendez-vous chez la reine » (Mézières, Prédécesseurs, etc., T0).

2, Au chapitre 33. Il faut noter que Dekker, dans le Prologue de O4 Fortunatus, fait allusion à ce surnom de Pandora comme s'appliquant à Elizabeth : « Are you then trauelling to the temple of Eliza? 2. Euen to her temple are my feeble limmes traueling. Some cal her Pandora : some Gloriana, some Cynthia : some Delphæbe, some Astræa: all by seuerall names expresse seuerall loves » (Dramatic Works, I, 83).

à Robert Cecil une lettre découragée où 1l se plaint qu'on l'ait empêché de faire son devoir et de prouver son attachementt. Cette lettre venant immédiatement après les fêtes de la Noël et du jour des Rois, la phrase où il affirme que son esprit n'était pas si affaibli qu'il n’eût été capable, sinon de plaire, du moins de se rendre utile par quelque « invention », nous laisse supposer que l’on aurait refusé une de ses pièces pour les représentations de cette année-là. sous le prétexte qu'il n'était plus à la hauteur de son rôle. Lyly devait rester sur cet échec. On le verra bien reparaître en 1600 sur une scène publique avec une reprise de Loves Metamorphosis?, mais il ne devait plus divertir la reine et les courtisans. Cette représentation de The Woman in the Moone, où il mettait tant d’espoirs %, fut en réalité la première étape vers la désillusion suprême. Et l'histoire de sa vie n’est plus désormais qu'un monotone récit où vont se succéder, presque sans interruption, les désappointements, les cris de détresse et les rampantes requêtes.

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