ÉTUDE CRITIQUE DE L'ŒUVRE
The Anatomy of Wit.
On à vu qu'en écrivant son Anatomy of Wit Lyly avait des intentions nettement didactiques. Montrer les dangers de certaines modes étrangères depuis quelque temps en honneur dans son pays, dénoncer les vices qui s'étaient introduits sous le manteau attrayant de la nouveauté, donner à la jeunesse fourvoyée un idéal de vie grâce auquel elle retrouverait le chemin de la vertu, et aux parents une recette d'éducation qui leur permettrait de développer chez les enfants toutes les perfections, — tel était le plan que s'était tracé l’auteur et qu'il avait exécuté avec vigueur et ténacité.
Cette façon d'envisager l’Anatomy of Wit, tout en établissant la véritable signification de l’œuvre, nous permet aussi de disculper Lyly d’un reproche qu'on lui a assez souvent adressé. Le livre, a-t-on dit, manque de proportions ; il est informe ; « c'est moins un livre que le cadre d'un livre ». Rien n'est plus injuste. La construction en est, au contraire, harmonieuse et bien équilibrée. Elle est à double face. Lyly nous a d’abord donné un exemple sous forme d'histoire; puis de cette histoire il a üré une conclusion morale et pratique. C’est là un procédé particulièrement bien approprié au genre didactique ; c'est celui qu'emploient de préférence les sermonnaires et les fabulistes. Car l'histoire fixe l'attention, allèche les gens à
convaincre, el les dispose à écouter avec plus de patience les exhortalions que l'humanité vicieuse n'aime guère subirt. Et la morale ainsi préparée devient plus accessible parce qu'elle ne repose pas sur de vagues généralités, qu’elle prend pied à tout instant sur l'exemple concrel, et qu'elle tire de cet exemple à la fois sa substance et sa démonstration.
Non moins louable est la manière dont Lyly a dosé cette morale. Il est évident qu'il s'est préoccupé de graduer l'importance de ses conseils. Tout d’abord, sur le dénouement de son histoire, 1l a échafaudé une satire de la femme et de l'amour. C'est une transition parfaite, car par son sujet, le « Cooling Card? » se rattache à l'aventure du héros, et, par ses intentions, il amorce l'œuvre didactique annoncée. À ce traité d’une portée restreinte, puisqu'il ne vise que les « amants insensés », il a fait succéder une question d'intérêt général : l'éducation des jeunes Anglais®. Enfin à cette dissertation sur le moyen de devenir homme de bien, il a donné comme couronnement la solution du problème devant lequel tous les autres problèmes humains paraissent de médiocre intérêt, celui du salut de notre âme et de la préparation, dès ce monde, à la vie de l’au-delà #. Il serait difficile d'imaginer une progression plus naturelle et plus satisfaisante pour l'esprit.
Quelles que soient les qualités et la logique de cette conception architecturale, il n'en est pas moins vrai que, dans la forme, l’Analomy of Wit se décompose en deux parties bien distinctes et qui ressortissent à des juridictions
1. Wilson, dans sa Rhetorique, avait dit: « To delite is nedefull, without the whiche, weightier matters will not be heard at all, and therefore, hym canne I thanke, that bothe can and will euer mingle sweete, emong the sower, be he Preacher, Lawer, yea, or Cooke » (fol. 9).