‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 115 sur 321 · Ibid., I · texte numérisé non relu

Ibid., I

3. Par exemple, outre les « Consolations » dont il sera parlé plus loin, on pourrait citer celle de Cicéron à Laelius sur la mort de Scipion, et celle de Sénèque à Polybe. Ces lieux communs avaient été repris, avant Lyly, par d'innombrables auteurs de la Renaissance. Voir, entre autres, sur la vie de Cour : Alamanni, Satire x, imitée par Wyatt dans son poème « Of the Courtiers life, written to John Poins »; Wyatt, How to use the court and him selfe therin (adapté d'Horace, Satires, II, v); et surtout Spenser, dans son Mother Hubberds Tate. Ascham avait également écrit une lettre à sa femme, touchant la mort de leur fils (WoTïks, III, 170). Cf. aussi Guevara, Epistolas familiares ; Libro llamado Menosprescio de Corte y alabanza de aldea ; Relox de Principes ; surtout les lettres latines de Pétrarque.

On a voulu voir dans le Relox de Guevara, traduit en anglais sous le titre de Dial of Princes, l'ouvrage qui aurait non seulement inspiré à Lyly le plan de son Anatomy of Wit, mais encore qui lui aurait fourni les idées principales de ses dissertations : « The Dial of Princes and Lyly’s Euphues exhibit the same style. They coincide in their contents in many points, and both show the same dissertations on the same subjects. In both works are letters affixed at the end, and these letters treat of the same matter. In both occur the same persons, and some of these persons bear the same name. There is not much of a plot in either work; the principal contents of each are long soliloquies, and moral dissertations on love and ladies, God, friendship, youth and education, court and country » (Landmann, Shakspere and Euphuism. New Shakspere Society, 1880-1885, p. 2%55). Cette assertion est pour le moins exagérée. Je ne vois, pour ma part, aucune ressemblance, ni dans le plan ni dans la conception, entre l'ouvrage espagnol et l'ouvrage anglais, le premier étant divisé en chapitres sur toutes sortes de sujets moraux et philosophiques, le second contenant, ainsi qu'on l’a vu, une histoire d'amour d’abord, des traités ensuite. Le fait que certains personnages de Lyly portent les mêmes noms que d’autres personnages de Guevara ne prouve pas grand’chose, car

d'un auteur particulier. Les conseils à Philautus rappellent aguement l'opuscule de Plutarque intitulé : « Si le vice est suffisant pour rendre malheureux! », dans lequel est incidemment dépeinte la misère du courtisan. La lettre à Eubulus ressemble par le ton à celle de Sénèque à Marullus?; elle paraïl aussi contenir quelques idées empruntées à la « Consolation de Plutarque à Apollonios » sur la mort de son fils, ou encore à la « Consolation à sa femme » touchant la mort de leur fille3. Mais ce ne sont là que de vagues échos et, bien que l’on ait la certitude que Lyly connaissait ces différents modèles 4, il est impossible de voir dans ces imprécises ressemblances autre chose que des vestiges d'idées conservés par une mémoire tenace.

L’ « Euphues and Atheos » appartient à un genre d'imitation plus caractérisé. Le fond de ce traité est constitué par deux passages traduits presque littéralement du De Natura Deorum de Cicéron : le premier rapportant l’anecdote sur l’incrédulité de Dionysius 5, le second reproduisant, d'après Cleanthe, les quatre raisons que l’homme

ces noms sont extrêmement banals (Livia, Lucilla, Camilla). Et enfin, si les deux auteurs se sont rencontrés dans le développement de certains sujets, tels que l'existence de Dieu, l'éducation des enfants, l’exil, la satire de la vie de Cour, la satire des femmes et de l'amour, c’est que, je viens de le dire, ces sujets étaient des lieux communs. D'ailleurs, si Lyly avait imité Guevara, pourquoi aurait-il traduit directement Plutarque, Ovide, etc.? En littérature comparée, avant de conclure à l’imitation d’un auteur par un autre, il faudrait s'assurer d’abord que les deux auteurs n’ont pas eu une source commune, à laquelle ils ont puisé tous deux, et qui explique les ressemblances que l’on peut découvrir dans la pensée et même dans l’expression. Cette règle, dictée par le simple bon sens, n’est pas toujours observée.

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