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3. Appendice A, xix. Nash connaissait sans doute toute l'étendue des emprunts de Lyly lorsqu'il faisait remarquer que l’Euphues imitait Plutarque,
didactique, qui peut-être enthousiasma les contemporains de l’auteur, n’a éveillé chez les critiques modernes qu'un intérêt assez médiocre. Il en a été différemment de l'histoire napolitaine. C’est à elle que Lyly doit en grande partie le renouveau de célébrité dont il jouit depuis quelque temps, et aussi la place qu'on lui a octroyée dans le développement littéraire de son pays. Car on a vu en lui un de ces écrivains qui ont le privilège d'ouvrir des voies nouvelles : on le considère généralement comme le créateur en Angleterre du roman de la vie moderne t. Et il est certain qu'au cours de cette brève histoire, il est possible de découvrir à tout instant des procédés que l’on est surpris de rencontrer chez un écrivain de cette époque, car d'ordinaire on les tient pour distinctifs de ce genre que les Anglais appellent d’un mot précis et commode : le novel.
En premier lieu, l'aventure d'Euphues n'a pas été inventée par Lyly pour les besoins de la thèse qu'il soutenait : c'est une transcription de la réalité. Nous avons là-dessus le témoignage formel et irrécusable de Simon Forman ?. Cette affaire de tromperie s'était passée peu de
Ovide et les meilleurs auteurs latins (Strange Newes, &c., Works, I, 319) : « Euphues.. may be excellent good still, for ought I know, for I lookt not on it this ten yeare : but to imitate it L abhorre, otherwise than it imitates Plutarch, Ouid, and the choisest Latine Authors ».
1. C’est M. Jusserand qui à le premier attiré l'attention de la critique sur la place de Lyly dans le développement du roman anglais (The English Novel in the Time of Shakespeare).
2, Voir son Autobiographie dans les Ashmole mss., 208, Pt. 162 : « Nowe it befell in that in the yeare of our Lord God 1573, the 10. daie of May, ther was an ardente desier in Simon of further lerninge and knowleädg, and meeting with an old scollefellowe of his, whoe before were allway brought vp together and love as brethren, whose father-in-lawe was as moch againe him as Simon’s mother was againste him. Thes too confederated together to goe to Oxford, and did soe. And ther they became both pore scollers, the on which was Thomas Ridear in Corpus Christie Colledge, and Symon in Magdalen Colledge. And every day he wente to the free scolle for a tyme, and followed his boocke hard allwayes when he coulde have leysure. Nowe ther were too Bachelors of Arte that were too of his chife benefactors ; the one of them was Sir Thornbury, that after was bishope of Limbrike, and he was of
temps avant la publication du livret, et elle avait eu pour théâtre la petite ville de Brackley, située à quelques milles d'Oxford. Nous savons même qui étaient les acteurs de celte tragi-comédie d'amour : la coquette Lucilla était fille du maire de Brackley, sa victime, Philautus, était un condisciple de Lyly, John Thornborough?, et, dans sa préface de l'Euphues and his England, l'auteur a laissé entendre qu'il s'était peint dans le personnage d'Euphues 3. En utilisant cette histoire véridique, Lyly s’est donc inspiré de ce principe dont ne se départissent guère les romanciers modernes et qui veut qu'une œuvre, même d'imagination, ait ses racines dans la vie.
Magdalen Colledge ; the other was Sir Pinckney his cossine of St Mary Halle. Thes too loued him nyliljng welle, and many tymes wold make Simon to goo forth tho Loes the Kkeper of Shottofer for his houndes to goe on huntinge from morninge to nighte, and they never studied nor gaue themselues to their bockes, but to goe to Scolles of defence, to the daunceing scolles, to stealle dear and connyes, and to hunt the hare, and to woinge of wentches ; to goe to Doctor Lawrence of Cowly, for he had two fair daughters, Besse and Martha. Sir Thornbery he woed Besse; and Sir Pinckney he woed Martha, and in the end he maried her; but Thornbury he deceyued Besse, as the mayor’s daughter of Bracly, of which Ephues writes, deceyued him. But ther was their ordinary haunt alwaies, and thethere muste Symon rone with the bottell and the bage erly and late ».
I1 est quelque peu surprenant que ce passage n'ait jamais été utilisé jusqu'ici par la critique. Halliwell, qui l’a imprimé dans les extraits qu’il a donnés de l’Autobiographie de Forman, tout en notant que le mot « Euphues » est une allusion à Lyly, ne semble pas avoir entrevu toutes les conséquences de cette remarque. Le témoignage de Forman, outre qu’il est on ne peut plus affirmatif, est irrécusable. Forman était à Magdalen College lorsque se passa cette affaire ; il servait de confident à Thornborough; il connaissait certainement Ly1y. Il était donc au courant de tous les détails de l’aventure et pouvait, mieux que personne, juger de la ressemblance entre le récit et la réalité. Peutêtre même avait-il reçu les confidences de l’auteur. Simon Forman était un personnage singulier. Il se fit une certaine réputation comme astrologue. Plusieurs fois emprisonné pour exercice illégal de la médecine, il se tourna vers la nécromancie. Ben Jonson à fait allusion au renom dont jouissaient les philtres de Forman dans ÆZpicoene (IV, i). Il publia en 1591 The Grounds of the Longitude. Le manuscrit intitulé The Bocke of Plaies est célèbre par les mentions qu'il contient de représentations de Macbeth, Winter's Tale et Cymbeline.
1. Le collège de Magdalen était à Brackley en juillet 1571, et il revint à Oxford en 1572 (Bond, Lyly, Works, I, 11).