Cf., plus haut, page
mettre une infidélité et les irrésistibles palpitations de son cœur. En femme qui se sent faiblir, elle dirige contre ellemême les arguments qui lui doivent faire étouffer sa passion. Et malgré que ces arguments soient sérieusement battus en brèche par le souvenir des charmes physiques et intellectuels d'Euphues, Philautus, au bout de cette première élape vers la faute, garde encore l'avantage
« Ah! malheureuse Lucilla, quelle n’est pas ta perplexité? Quel combat douteux se livrent en toi... {a conscience et ta concupiscence ? O mon Euphues, tu ne te doutes guère de la douleur soudaine que j'éprouve à cause
de ta charmante personne... , toi dont les rares qualités..…..….. , la conduite courtoise...……. , les traits avenants et parfaits, et les discours polis... m'ont plongée dans ce
malheur. Et peux-tu, Lucilla, être assez légère pour abandonner Philautus et courir vers Euphues? Peux-tu préférer un étranger à lon compatriote ?...…. Ah! Euphues
Oui, le dernier amour est le plus fervent, mais le premier doit être le plus fidèle. Oui, Euphues a plus de perfections, mais Philautus a une affection plus profonde t ».
Une femme qui hésite entre deux hommes, et qui en est réduite à faire valoir à ses propres yeux les mérites de l’un, se donnera à l’autre. Et en effet, à peine Lucilla a-t-elle accordé à Philautus ce semblant de préférence que,
14. « Ah wretched wench Lucilla how art thou perplexed? what a doubtfull fight dost thou feele betwixt... conscience and concupiscence? O my .Euphues, lyttle &Gost thou know the sodayne sorrow that I sustayne for thy sweete sake. whose rare qualyties.. whose courteous behauiour.… whose comely feature without fault, whose fyled speach…. hath wrapped me in this misfortune. And canst thou Lucilla be so light of loue in forsaking Philautus to flye to Euphues? canst thou prefer a straunger before thy countryman ?.…. Why Euphues doth perhappes desyre my loue, but Philautus hath deserued it. I but the latter loue is moste feruent. I but the firste ought to be most faythfull. I but Euphues hath greater perfection. I but Philautus hath deeper affection » (Works, I, 205).
par un brusque écart de sa pensée, elle nous révèle combien ses scrupules étaient au fond peu sincères. Ses hésitations n'étaient qu’un hypocrite hommage rendu à la morale; car, en affirmant tout haut son intention de rester fidèle à Philautus, elle cédait déjà intérieurement à Euphues. Et la voilà qui se demande avec inquiétude quelle opinion Euphues pourra bien avoir d'elle, si elle suit sa nouvelle passion
« Ah ! sotte que tu es ! Penses-tu qu'Euphues te Jugera constante envers lui, quand tu auras été inconstante envers son ami? Crois-tu qu'il ne se méfiera pas de ta fidélité,
HeSaiieneque celle qui a été infidèle envers un homme ne sera fidèle à personne t ».
Mais Lucilla est femme, et par suite elle est observatrice. Elle a remarqué que la vanité masculine est si forte qu'un homme dans une pareille infidélité trouve surtout matière à alimenter son orgueil, et qu'ainsi aveuglé il est capable de toutes les naïvetés. El elle se rassure aussitôt :
« Mais Euphues peut-il me convaincre de légèreté, quand c'est pour lui que je manque à la fidélité ? Peut-il me condamner pour déloyauté, quand il est la seule cause de mon indifférence ? Peut-il, avec justice, me condamner pour trahison, lui qui a eu ce témoignage et cette preuve de ma bienveillance ? Ne sait-il pas que... bien que j'aie été légère avec Philautus, je pourrai être adorable pour Euphues ? » ?
1, « Ah fonde wench, doste thou thincke Euphues will deeme thee constant to him, when thou hast bene vnconstant to his friende? Weenest thou that he will haue no mistrust of thy faithfulnesse, when he hath had tryall of thy fycklenesse ?.. well dothe he know that... she that hath bene faythlesse to one, will neuer be faythfull to any » (Works, I, 205).
2. « But can Euphues conuince me of fleetinge, seeing for his sake I breake my fidelitie ? Can he condemne me of disloyaltie, when he is the onely cause of my dislyking? Maye he iustly condemne me of trecherye, who hath this
Cette lueur d'espoir une fois entrée dans son cœur, et ses désirs gagnant insensiblement à mesure que les objections faiblissent devant les suggestions de sa subtilité féminine, Lucilla, par un revirement logique, en vient à trouver les motifs qui excusent sa trahison. Si elle abandonne Philautus, c'est qu'Euphues mérite davantage d’être aimé
« Ce n'est pas mon désir mais ses mérites qui poussent mon esprit vers ce choix; ce n’est pas non plus le manque d'une pareille bienveillance chez Philautus, mais l'absence de semblables vertus qui détourne mon inclination de l’un vorsuFauire:..… Bien que j'aie aimé Philautus pour ses qualités, cependant, en voyant Euphues le surpasser, je devais tout naturellement le préférer { ».
Au cours de cette réflexion, l’excuse a été comme infléchie, et Lucilla estime maintenant non seulement que sa passion est légitime, mais encore qu'elle est louable. Petit miracle de l’illogisme féminin ! une fois entrée dans cette voie, elle trouve en foule les raisons qui la confirment dans son revirement
« Donc, plus mon changement est excusable, plus mon choix est excellent; et moins je suis condamnable, plus Euphues est louable. Le diamant n'a-t-1l pas plus de valeur que le rubis parce qu'il a plus de vertu ? Ne préfère-t-on pas l’'émeraude au saphir, à cause de sa propriété merveilleuse ? Euphues n'est-il pas plus digne d’éloges que Philautus, parce qu’il a plus d'esprit? » ?
testimony as tryall of my good will? Doth not he remember that... although I haue bene light to Philautus, yet I may be louely to Euphues ? » (Works, 1, 205-206).
1, « It is not my desire, but his desertes that moueth my mynde to this choyse, neyther the want of the lyke good will in Philautus, but the lacke of the lyke good qualities that remoueth my fancie from the one to the other... Although I loued Philautus for his good properties, yet seing Euphues to excell him, I ought by Nature to lyke him better » (Works, I, 206).
2, « By so muche the more therefore my change is to be excused, by how much the more my choyce is excellent : and by so much the lesse I am to be
De raisonnements en raisonnements, elle en est arrivée à considérer sa trahison comme un fait accompli. Mais une nouvelle crainte vient ébranler son assurance et raviver ses incertitudes. Elle se souvient que, devant Euphues, elle a raillé la constance des femmes : quelle confiance Euphues pourra-t-il avoir en celle qui a de son sexe une si piètre opinion ?
« Fi, Lucilla ! Pourquoi t'encourager dans ta propre folie? Peux-tu imaginer qu'Euphues est ton ami, alors que par tes paroles tu en as fait ton ennemi ? N'as-iu pas accusé les femmes d'inconstance? N'’as-tu pas affirmé qu'on les pouvait gagner facilement ? Ne leur as-tu pas reproché leur faiblesse ? Quel meilleur argument Euphues peut-il avoir contre toi que ta propre réponse ?....…. Si tu as calomnié les femmes, il te tiendra pour méchante ; si tu as révélé la vérité, il faudra bien qu'il te considère comme inconstante..…... S'il te trouve légère avant d'être courtisée, il devinera que tu seras changeante après le mariage t ».
C'est là une crainte qu’elle ne cherche pas à dissiper; elle aime mieux se réfugier lâchement dans l'espérance. Elle suppose que l'accord est conclu avec Euphues, et elle examine de face les obstacles qui pourront se dresser contre son amour. Son père, d'abord, s’opposera à un
condemned, by how much the more Euphues is to be commended. Is not the Dyamonde of more valewe then the Rubie, bicause he is of more vertue? Is not the Emeraulde preferred before the Saphyre for his wonderfull propertie ? Is not Euphues more prayse worthy then Philautus being more wittie? » (Works, I, 206).
1. « But fye Lucilla, why doste thou flatter thy selfe in thyne owne follye? canst thou fayne Euphues thy friend, whome by thyne owne wordes thou hast made thy foe? Dyddest not thou accuse women of inconstancie? dyddest not thou accompt them easy to be wonne? dyddest not thou condemne them of weakenesse? what sounder argument can he haue against thee, then thine owne answer ?.. If thou haste belyed women, he will iudge thee vnkynde, if thou haue reuealed the troth, he must needes thincke thee vnconstant... If he fynde thee wanton before thou be woed, he wil gesse thou wilt be wauering when thou art wedded » (Works, I, 206).
mariage avec un inconnu ; en femme de tête — ce côté pratique qui est au fond de tout caractère féminin est assez bien observé — elle prépare déjà et coordonne les réponses qu'elle fera aux objections du vieillard :
« Mais suppose qu'Euphues t'aime, que Philautus t’abandonne, crois-tu que ton père te donnera la liberté de vivre selon tes désirs ? Estimera-t-il digne d’hériter de ses possessions celui qu'il juge indigne de posséder ta personne ? Est-il vraisemblable qu'il te donne en mariage à un étranger, à un Grec, à un homme de basse naissance ? Oui, mais mon père sait-il si Euphues est riche, si ses revenus ne sont pas équivalents aux terres de mon père, si sa naissance est noble ou non ? Peut-on douter qu'il soit de sang gentil, quand on voit ses gentilles manières ? Peut-on mettre en question son honneur quand son honnéteté est si grande ? Peut-on dire qu’il est prodigue celui qui est incomparable pour toutes les qualités de l'esprit t ».
A cette récapitulation des perfections d'Euphues, Lucilla s'est exaltée. L'idée de révolte contre celui qui pourrait s'opposer à sa passion surgit :
« Ah ! si seulement j'étais sûre de la bienveillance d'Euphues, je ne tiendrais pas si superstitieusement compte de la malveillance de mon père. Le temps m'a sevrée du sein de ma mère, et l’âge m'a délivrée des corrections de mon père. Quand les enfants sont au maillot, ils sont encore
1. « But suppose that Euphues loue thee, that Philautus leaue thee, will thy father thinckest thou giue thee libertie to lyue after thyne owne lust? Will he esteeme him worthy to enherite his possessions, whom he accompteth vnworthy to enioye thy person? Is it lyke that he wyll match thee in marryage with a stranger, with a Grecian, with a meane man? I but what knoweth my father whether he be wealthy, whether his reuenewes be able to counteruaile my fathers lands, whether his birth be noble, yea, or no? can any one make doubte of his gentle bloude, that seeth his gentle condicions? Can his honoure be called into question, whose honestie is so greate ? is he to be thought thriftelesse, who in all qualities of ye minde is peerelesse? » (Works, I, 206-207).
soumis au fouet et ils doivent prendre garde à la sévérité de leurs parents. Quant à moi, puisque je ne suis plus nourrie de bouillie, je ne me laisserai pas mener par leurs persuasions. Que mon père tienne tels discours qui lui plairont, je veux suivre mon désir i ».
Mais ce dernier mot, qu’elle prononçait tout à l'heure ? presque avec honte, sonne maintenant à son oreille comme une absurdité, tant elle est persuadée de la légitimité de sa décision. C’est l'amour, l'amour le plus beau, celui qui fait les héroïnes
« Mon désir, Lucilla ! qu’as-tu dit? Non, non, c'est mon amour que j'aurais dû dire, car je suis aussi loin du désir que je le suis de la raison, et aussi près de l'amour que de la folie. Alors persévère dans ta détermination, et montre ce que l'amour peut faire, ce que l’amour ose faire, ce que l'amour a fait 3 ».
Lucilla à ainsi triomphé de toutes ses hésitations. Et pour mieux marquer la longueur du chemin parcouru par son héroïne au cours de ses défaillances successives, l’auteur n'avait plus qu’à la montrer en contradiction formelle avec ses pensées du début. Elle avait commencé par des protestations de vertu et de modestie: elle termine par un élalage impudent de fausseté féminine. Maintenant que son pari est pris, il ne lui reste plus qu'à commettre sa trahison décemment, en sauvegardant les apparences
1. « But were I once certaine of Euphues good will, I woulde not so supersticiousiy accompt of my fathers ill will. Time hath weaned me from my mothers teat, and age ridde me from my fathers correction, when children are in their swathe cloutes, then are they subiect to the whip, and ought to be carefull of the rigour of their parents. As for me seeing I am not fedde with their pap, I am not to be ledde by their perswasions. Let my father vse what speaches he 1yst, I will follow mine owne lust » (Works, I, 207).
2, Voir page précédente.
3, « Lust Lucilla, what sayst thou? No, no, mine owne loue I should haue sayd, for I am as farre from lust, as I am from reason, and as neere to loue as I am to folly. Then sticke to thy determination, & shew thy selfe, what loue can doe, what loue dares doe, what loue hath done » (Works, I, 207).
« Puisqu'il m'est impossible d’étouffer les charbons du désir sous l'oubli, je les attiserai dans les cendres de la modestie ; voyant que je n'ose pas découvrir mon amour par pudeur virginale, je dissimulerai jusqu'à ce que je trouve une occasion favorable t ».
Et le tout est couronné par un mouvement d'impatience, un cri arraché par la fougueuse passion qui pendant tout le monologue a fait dériver la raison de Lucilla
«€ Ah ! plût aux cieux qu'Euphues se rendit ici, afin que sa vue pût adoucir un peu mon martyre? ».
Cette dissection des pensées de Lucilla prouve, on le voit, que l’auteur avait une connaissance déjà approfondie des coins el recoins d’un cœur de femme. Et bien que dans la subtilité ou la logique un peu raide du développement, on sente l'influence persistante des méthodes scolastiques du moyen âge %, par le soin évident qu'il prend de nuancer les idées, de ramener les actions aux sentiments, de mettre à nu les mobiles secrets des actes, Lyly fait songer aux procédés du roman d'analyse. Près de deux cents ans avant Richardson, il a cherché à intéresser son lecteur par la seule minutie avec laquelle il a décomposé les mouvements d'une âme. Et ce qui sépare le peintre de Lucilla du peintre de Pamela, c'est peut-être une simple question de quanüté #. On ne trouve dans l'Anatomy of Wit que quelques-
1. « Albeiïit I can no way quench the coales of desire with forgetfulnesse, yet will I rake them vp in the ashes of modestie, seeing I dare not discouer my loue for maidenly shamefastnes, I wil dissemble it til time I haue opportunitie » (Works, I, 207).
2. « But I would to God Euphues woulde repaire hether, that the sight of him might mittigate some part of my martirdome » (Works, I, 207).
3. Cf. Courthope, History of English Poelry, II, 196. IL y a aussi, peut-être, influence de Pétrarque dans la subtilité avec laquelle les personnages prennent plaisir à analyser leurs sentiments jusqu’à la torture.
4. Je ne prétends pas, d’ailleurs, que cette minutie ait mêmes qualités chez les deux auteurs. Richardson a plus d'incidents; son récit est mieux nourri de faits et, par suite, son analyse sentimentale est moins abstraite, moins intellectuelle : elle n’est pas le produit d’un développement de rhétorique,
uns de ces monologues ; dans Richardson, la persistance de ce procédé d’anatomiste du cœur humain fait la qualité propre et aussi le charme de l'œuvre.
Contact avec la vie, méthode rigoureusement exacte, aventure d'amour se déroulant dans le cadre de la société contemporaine, analyses psychologiques des sentiments — ce sont là évidemment les principaux caractères que nous sommes accoutumés à chercher dans le novel. Et l'on comprend, en somme, que certains critiques, séduits et éblouis par tant de modernité, se soient écriés dans un élan d'enthousiasme : « L'Anatomy of Wit est le premier novel anglais ! » A la considérer froidement, cette affirmation est néanmoins contestable. Il faut se méfier des bornes qui déterminent trop nettement les limites d'un genre. Un genre littéraire a toujours des ancêtres qu'il perpétue, et dans lesquels on peut toujours retrouver les germes initiaux de l'espèce. N'y a-t-il pas, par exemple, un rapport de descendance entre l'Anatomy of Wit et les novelle italiennes {, telles qu'elles avaient été acclimatées en Angleterre par Painter et Fenton ?? Et sans même remonter jusqu'à ces modèles étrangers, peut-on attribuer à Lyly la découverte de certaines caractéristiques du novel sans être injuste pour un bon ouvrier dont les efforts ont préparé et certainement facilité l'éclosion de l’Anatomy of Wit : je
mais de la réflexion qui se concentre sur les événements pour en tirer toute la valeur psychologique. De là vient aussi cette sensibilité qui pénètre l’œuvre et la fait vibrer, tandis que les analyses de Lyly restent toujours froides. — I1 faut ajouter que Lyly et Richardson se rencontrent sur deux autres points : le besoin de moraliser et l'emploi de la lettre comme procédé littéraire.
1. Cf. plus haut, page 74. Comme dans beaucoup de novelle italiennes, l’amour, l'amour trompeur, fait le sujet de l’Anatomy of Wit, et le lieu de la scène est placé en Italie. Les novelle prétendaient aussi peindre la vie contemporaine.
2. Painter dans son Palace of Pleasure (1566-1567), qui contient la traduction de plusieurs contes de Boccace et de Bandello; Fenton dans ses Tragicall Discourses (1567), qui sous ce titre donnait en anglais treize des contes de Bandello.
songe à l'auteur du Petite Pallace of Pleasure 1. Comme Lyly, Pettie avait eu l'idée, deux ans plus tôt, d'exploiter les aventures amoureuses de certains de ses amis 2: Jui aussi, il avait introduit dans le récit des tableaux de la vie du temps ÿ, et plusieurs fois il avait analysé les sentiments de ses héros. Ses histoires seraient tout à fait comparables à celle de Lyly s'il leur avait accordé un peu plus d’ampleur, et s'il ne s'était pas cru obligé de déguiser les personnages réels sous des noms antiques, préparant ainsi le roman héroïque du XVII siècle. Telles qu’elles sont, elles n'en marquent pas moins pour le novel un état de développement antérieur à celui de l’Anatomy of Wit#.
1. À Petite Pallace of Pettie his pleasure : Contaynyng many mretie Hystories by him set foorth in comely colours, and most delightfully discoursed (déposé à la Stationers’ Company le 6 août 1576).
2. L'auteur dit dans sa dédicace : « Diuers discourses touch neerely diuers of my nere freindes : but the best is, they are so darkely figured forth, that only they whom they touch, can vnderstand whom they touch; yet to auoide all captious constructions, I pray you in any wise let them bee an object only for your owne eyes. If this mislike you in my discourses, that I make Camma vse the example of the Countesse of Salisbury, the Dutches of Sauoy, and sutche who were of far later yeeres, then the auncient Camma is, with the like in diuers other of the stories : you must consider that my Camma is of fresher memory then any of them, and I thinke in your judgment, of fresher hew then the fayrest of them » (Sig. A, iii). Le livre se compose de douze histoires portant les titres suivants : Sinorix & Camma; Tereus & Progne; Germanicus & Agrippina; Amphiaraus & Eriphile; Icilius & Virginia; Admetus & Alcest ; Scilla & Minos; Curiatius & Horatia ; Cephalus & Procris; Minos & Pasiphae; Pigmalions friende & his Image; Alexius.
3. Voir, entre autres choses, le « masque » dans Curiatius and Horatia.
4. I1 n’est pas douteux que Lyly se soit inspiré de Pettie (Voir, plus loin, page 471, les rapports de l’euphuisme avec le style de Pettie). De plus, nous retrouvons dans Pettie mêmes monologues psychologiques et même façon de les amener : « Scilla.. departed into her chamber by her selfe to thinke more of the matter, where shee entred with her selfe into these contrarieties » (p. 131). « Germanicus likewise his Misteris beeing gone gat him to his chamber to entertaine his amarous conceites and beeing alone brake forth into these wordes… » (p. 41). Cf. Lyly : « But Lucilla who now began to frie in the flames of loue, all the company beeing departed to their lodgings, entred into these termes and contrarieties » (I, 205). « Philautus.. flange out of the dores and repairing to his lodginge vttered these words » (I, 232). Pettie avait également fait usage de la lettre, en particulier dans Icilius & Virginia. Dans Pigmalions friende and his Image, on trouve une dissertation contre les femmes qui rappelle le « Cooling Card » de Lyly.
Au nom de la vérité historique, on doit donc refuser à l'Anatomy of Wüil cette dénomination flatteuse de premier novel. Mais j'irai encore plus loin. Je me demande si l'on peut considérer ce livre comme un véritable novel. Il est évident que si l’on ne veut pas se contenter de formules vagues ni jouer sur les mots, on ne pourra appliquer cette étiquette qu'à une œuvre présentant non seulement les principaux caractères, mais encore tous les caractères du genre ; et que, de plus, ces caractères devront être suffisamment développés. Envisagée à ce point de vue, l’Analomy of Wit nous paraîtra certainement moins digne d’admiration; car, parmi ces éléments essentiels au novel, il en est qui font totalement défaut, et la plupart de ceux que nous avons relevés sont à l'état embryonnaire.
Tout d’abord, l'intrigue n'existe pour ainsi dire pas. Le sujet en est des plus minces. Le dénouement n'intervient que par une pensée d’après coup. Et les quelques incidents qui servent à échafauder cette brève crise sentimentale sont d'une monotonie désespérante. Il y a parmi eux un nombre surprenant de voyages dont l'opportunité est vraiment singulière. Don Ferardo a subitement besoin d’aller à Venise pour affaires 1 : son départ permet à Euphues d'être présenté à Lucilla. Peu de temps après, le même Ferardo se souvient d'affaires urgentes qui nécessiteront une absence de plusieurs jours ?; et, cette fois, Philautus l'accompagne on ne sait trop pour quelle raison : Euphues a ainsi tout le loisir de faire sa cour et de déclarer sa flamme. Une troisième fois, l'infatigable vieillard reprend la route de Venise #, sans doute pour de nouvelles affaires : et c’est alors qu'Euphues peut avoir avec la coquette Lucilla une