Works, I
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dernière entrevue, où il reçoit son congé. Il se peut que Lyly, ainsi qu'il nous en a prévenus, ait ici copié la vie avec exactitude : le résultat au point de vue littéraire est peu satisfaisant 1.
Lyly n'a pas été plus heureux dans la peinture des caractères. S'il a fait preuve de connaissances psychologiques dans les monologues qu'il a prêtés à ses héros, il n’a pas: cherché à traduire en actes les impulsions, les désirs, les passions qu'il a si subtilement analysés. Les personnages de Lyly discourent, mais ils n’agissent pas. Leur âme ne transparaît que dans leurs dissertations et comme interprétée par eux-mêmes. Et c'est pourquoi, en dépit de la complexité parois assez grande de leurs sentiments, ils n'ont pas la moindre apparence de vie. Ils sont conçus sur le modèle des personnages de moralités. Ainsi que le révèlent les noms de la plupart d’entre eux, ils incarnent une qualité ou un défaut. Eubulus est le vieillard sage et expérimenté; Ferardo, également, avec toutefois une légère nuance de rouerie ; Lucilla est la femme inconstante ; Euphues, nous l'avons vu, est le type du jeune homme de son époque ; Philautus ne peut guère se caractériser que
1, D'ailleurs, même dans les limites étroites de cette intrigue, Lyly a trouvé le moyen d’accumuler les inconséquences et les contradictions. À la page 245, il nous informe qu'il n’a pas l’intention de dire ce que devient Lucilla après sa trahison, « seeing it is nothing incident to the history of Euphues, it were superfiuous to insert it »: mais, à la page 311, il transcrit une lettre d'Euphues à Philautus, « touching the death of Lucilla ». A la page 241, Athènes est donnée comme la « nourse of wisdome »,; dans l’ « Euphues and his Ephoebus », elle est décrite comme un lieu de paresse et de débauche (p. 273-276). Page 185, l’auteur expose qu'Euphues étant arrivé à Naples « determined to make his abode » dans cette ville; page 218, Euphues affirme à Lucilla qu'il n’est venu à Naples « but to fetch fire, as the by word is, not to make any place of abode ». Page 314, nous apprenons que Botonio a été banni de Naples; à la page suivante, Euphues trouve que ce même Botonio n’est pas bien à plaindre, puisque l’exilé peut « passer l'hiver à Athènes, l’été à Naples et le printemps à Argos ». Dans la première édition de son Anatomy of Wit, Lyly avait fait mieux : il avait adressé une lettre à Ferardo dont il avait rapporté la mort longtemps auparavant (Cf. page 245). Dans les éditions suivantes, il remplaça Ferardo par Eubulus.
par l'expression de son état : il est l'ami trompé. Quant aux autres, Curio, Livia, ce ne sont que des comparses et ils n'existent que de nom.
Les traits distinctifs que ces personnages tiennent de leurs différents rôles disparaissent d’ailleurs dès que l’on considère leur langage. Ici, pas la moindre tentative pour adapter leurs paroles à leur situation ou à leur âge. Ils s'expriment tous en une langue uniforme, celle de l’auteur. Lyly ne s'est guère préoccupé « d'entrer dans la peau de ses personnages ; il lui a suffi de les faire entrer dans la sienne { ». Qu'ils soient Jeunes ou vieux, letirés ou gens du monde, hommes ou femmes, ils aiment tous à faire de longs et savants discours, parsemés de citations et d’allusions tirées de l’histoire ou de la mythologie antiques. Ils semblent avoir pris leur savoir dans la même bibliothèque, car ils ont mêmes auteurs préférés; ils ont même ton, même accent, et un critique américain a pu les comparer plaisamment et Justement aux personnages d'un guignol, qui tennent tous leur voix d’un même opérateur ?.
Sans intrigue, sans action et sans caractères, il ne saurait y avoir illusion de vie. C'est dire que l’Anatomy of Wil n'atteint même pas le but essentiel d’un roman à quelque genre qu'il appartienne : forcer l'intérêt, le plaisir ou l'émotion du lecteur en évoquant devant les « yeux de l'esprit », par une sorte de magie, des êtres qui ont la réalité de ceux que nous coudoyons tous les jours. Et au fond, ceci ne doit pas nous surprendre. L'auteur avait des intentions trop exclusivement moralisatrices pour aspirer au titre de romancier. Ce n'est pas que la morale ne puisse trouver place dans un roman: car ce genre protéen n'a-t-il