L. H. Vincent, An Elizabethan novelist
2. Ibid. « They are no better than the characters in a Punch and Judy
show, where one concealed manipulator furnishes voice for each of the figures ».
pas pour caractéristique de se plier à toutes les formes et de conclure les alliances les plus étranges ? Mais, sans prétendre trancher la question encore débattue de l’incompaübilté entre l’art et le but didactique, l’on peut, je crois, affirmer que le sermon ne doit jamais empiéter trop librement sur le récit, sous peine de dénaturer le livre. Dans le premier-né de son esprit, Lyly nous a offert une preuve de cette vérité. Tout entier au plan de réforme qu'il édifiait, il a sacrifié son histoire napolitaine, et ses dissertations ont pris tant d'ampleur qu'elles ont étouffé le récit. L’Anatomy of Wit — il faut toujours en revenir là, car c'est la base de toute appréciation — est essentiellement une œuvre didactique. Tout ce que l'on peut dire, c'est que, semblable à une gangue, elle contient un roman engagé dans sa pesante matière. Cela est si vrai que, dans l'étude précédente, nous avons été obligés de nous livrer à un travail de dissociation tout pareil à celui qu’un chimiste accomplirait pour extraire un minerai précieux de l'enveloppe qui le dissimule. Reconnaissons donc pour être exacts que Lyly a découvert la formule du novel, mais qu'il n’a pas réussi, qu'il n’a même pas songé à tirer parti de sa trouvaille 1. L’Anatomy of Wit eût pu être un véritable novel ; il s’en est fallu d’un rien. Mais ce rien est tout en littérature : c’est l'effort conscient dans la mise en œuvre.
Euphues and his England.
La claire perception des possibilités encloses dans sa trouvaille, Lyly n'avait cependant pas tardé à l’acquérir. Ses veux s'étaient ouverts, presque inévitablement, le jour
1 On ne peut même pas classer l’Anatomy of Wit parmi les romans à thèse.
où, sous les influences que l’on saitt, il avait jeté aux orties son froc d'homme grave pour revêtir le pourpoint pailleté de l’homme d'esprit. Car, en renonçant à faire œuvre morale et didactique, il avait sacrifié l'unique source d'intérêt sur laquelle il avait jusqu'alors compté pour séduire son lecteur. El comme, d'autre part, dans sa nouvelle attitude, 1l recherchait l'approbation de ce même public frivole dont il avait naguère fait la satire, 1l devait tout naturellement songer, pour remplacer les traités disparus ?, à développer ce qui dans l’Anatomy of Wit avait trouvé grâce devant ce public : le récit. Cette facile découverte une fois faite, les autres devaient suivre. Car, dans cette ampleur accordée au récit, les descriptions de la société et la peinture des caractères allaient enfin trouver, pour leur libre épanouissement, cet espace nécessaire qui leur avait tant fait défaut dans le premier volume.
Ces progrès, Lyly ne les a pas accomplis du premier coup. L'on peut en réalité distinguer dans l'Euphues and his England trois partües de valeurs très inégales, et correspondant à ces trois états que nous avons notés dans la métamorphose de l'auteur. Le début ne marque aucune avance sur l’Anatomy of Wit. Il semble même que dans l'histoire de Callimachus et de l’ermite#, Lyly ait comme rétrogradé. Les caractères sont plus que jamais issus de formules. L'invraisemblance règle seule la marche des événemenis 5. Et par le cadre — deux histoires s’emboîtant
Voir, plus haut, page 81.
Cf., plus haut, pages 86-87.
Voir, plus haut, page 83.
Voir, plus haut, page 84, note 1.
5. Le hasard — un hasard heureux — fait que le jeune Callimachus, au cours de son voyage, rencontre précisément son oncle (qu'il ne connaît pas). Cet oncle — autre hasard providentiel — a été chargé par le père de Callimachus de mettre en lieu sûr la fortune du jeune homme. Il se trouve encore que Callimachus est pris du désir de raconter son histoire, ce qui permet au digne homme de savoir qu’il a en face de lui le fils de son propre frère. Et