‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 129 sur 321 · Works, II · texte numérisé non relu

Works, II

2. Fidus tombe malade de désespoir ; les médecins se perdent en conjectures, sauf un Italien qui découvre sans peine le mal dont souffre Fidus. Par les bons offices de ce médecin, Fidus obtient qu'Iffida lui rende visite, et c’est alors que, touchée de pitié, la jeune fille fait l’aveu de l’amour qu'elle a juré à Thyrsus (Works, II, 73-78).

3. Iffida, tout en refusant son amour à Fidus, consent néanmoins à recevoir ses hommages les plus amicaux : « And yet for ye great good wil thou bearest me, I can not reiect thy seruice, but I will not admit thy loue. But if either my friends, or my selfe, my goods, or my good will may stande thee in steede, vse me, trust mee, commaund me, as farre foorth, as thou canst with modestie, & I may graunt with mine honour. If to talke with me, or continually to be in thy company, may in any respect satisfie thy desire, assure thy selfe, I wil attend on thee, as dilygently as thy Nourse, and bee more carefull for thee, then thy Phisition. More I can not promise, without breach of my faith, more thou canst not aske without the suspition of folly » (IT, 77-78). Et, en effet, Iffida ne quitte pas Fidus aussi longtemps que dure la maladie; elle le soigne, le distrait, et guide ses premiers pas, lorsqu'il revient à la santé; puis, quand le jeune homme est complètement rétabli, elle l’admet dans son intimité: « She after long recreating of hir selfe in the country, repayred againe to the court, and so did I also, wher I lyued as the Elephant doth by aire, with the sight of my Lady, who euer vsed me in all hir secrets as one that she most trusted » (II, 79). Cette honnête intimité entre un jeune homme amoureux et une jeune fille fiancée à un autre homme est une conséquence curieuse de la conception moyenâgeuse de l’amour. Selon le code chevaleresque, une femme pouvait recevoir les hommages platoniques d’un soupirant sans manquer à la fidélité jurée à son mari.

4 Works, II, 79.

5. Fidus, après la mort de son amante, fuit la Cour et décide de vivre pour toujours caché dans la maisonnette où Euphues et Philautus l’ont rencontré.

un portrait assez réussi que celui de Fidus, ce vieillard à la noble apparence et aux manières courtoises, conservant pieusement sous la résignation du philosophe le souvenir encore tumultueux de celle qui fut cruelle. Et ce caractère prend une certaine ampleur de ce que la peinture du vieillard inconsolable se double de celle du brillant cavalier qu'il fut autrefois, offrant ainsi en raccourci le panorama d’une vie entière. Mieux venue encore est l'héroïne Iffida. C’est peut-être la plus charmante de toutes les femmes lyliennes. Il y a bien dans son portrait une part de convention; elle a en commun avec les amantes pétrarquisantes la froideur railleuse et la cruauté farouche. Mais elle a, ce qui l'individualise, un fonds de bonté attendrie et compatissante, mêlée à un rien de méfiance féminine? qui rappelle, de loin, certaines héroïnes de Shakspere. Elle est ia plus loyale et la plus fidèle des femmes, sans être pour cela par trop exempte de faiblesse humaine. Elle ne sait pas se défendre contre le sentiment que la constance de Fidus a traîtreusement fait naître dans son cœur ; le revirement qui commence à se faire dans ses intentions, après la mort de Thyrsus, est, d’ailleurs, une conséquence parfaitement logique de sa faiblesse; et sa mort touchante ajoute une auréole pathétique à cette figure qui ne manque pas de beauté.

Pourtant, malgré ses très réelles qualités, l’histoire de Fidus n'est qu'une esquisse. Resserrée dans les limites d’une anecdote brièvement contée, elle n’a pas cette ampleur dans le développement, ni cette minutie dans le

1. Voir, par exemple, comment elle avoue s'être montrée tout d’abord cruelle à l'égard de Thyrsis (II, 75). Cf. aussi la scène avec Fidus (II, 66-68).

2. Voir comment Iffida accueille les objurgations de Fidus malade (II, 73-74).

3. « But with-in the terme of fiue yeares, she began a lyttle to lysten to mine old sute, of whose faithfull meaning she had such tryall, as she coulde not thinke that either my loue was buylded vppon lust, or deceipt » (II, 79).

détail, qui sont nécessaires à un récit pour exciter et retenir prisonnière l'imagination du lecteur; et bien que l'intrigue soit assez riche en incidents, elle ne donne cependant pas l'impression d'un organisme constitué. Il faut arriver à l'histoire des amours de Philautus à Londres ! pour relever enfin des progrès considérables. C'est ici que, pour la première fois dans l'œuvre de Lyly, nous avons une intrigue née viable; J'entends qu'elle possède, à un état de développement suffisant, deux de ses éléments essentiels : une évolution et un dénouement. Les différents acteurs ne restent pas dans une immuable position d'attente, comme il arrive dans l'histoire de Fidus. Ils ne se contentent pas de sentir; ils agissent pour atteindre un but bien déterminé. Et au cours de leurs efforts, leurs chances de réussite croissent ou décroissent : Surius voit graduellement s'élargir la brèche qu'il a su faire dans le cœur de Camilla; en même temps, et par conséquence, Philautus comprend peu à peu l’inutilité de sa poursuite: il guérit et jette dès lors un regard plus attendri vers la jeune Frances. De sorte qu'à un moment l'intrigue atteint à une réelle complication, car elle offre deux développements parallèles et ascendants : l’un fourni par la marche heureuse de l'amour entre Camilla et Surius, l’autre montrant le rapprochement, puis l'accord entre Philautus et Frances. L'auteur s’est en outre complu à narrer son histoire avec un certain luxe de détails. Il à suivi les amants dans leurs petits travaux d'attaque ou de défense: il a décrit minutieusement les stratagèmes employés par le tenace Philautus ? et la colère grandissante que ces stratagèmes éveillent chez la farouche Camilla ; il a rapporté leurs conversations et transcrit in extenso les

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