Voir, plus haut, page
qu'au théâtre !. J'irai plus loin : il n'est pas une seule des différences notées chez Lyly pour laquelle on ne puisse reconnaître un prototype dans les quelques documents qui nous prouvent que la pastorale anglaise avait eu un développement assez particulier. Les forestiers et les chasseurs, par exemple, semblent avoir constitué une catégorie de personnages favoris du public?, alors qu'on les trouve rarement dans les pièces italiennes 3; et l'attitude fière et vindicative des Ramus, des Silvestris et des Montanus a de nombreux précédents dans la poésie lyrique du temps #.
1. Il est certain qu’à la Cour le drame pastoral était développé bien avant que Lyly commençât à écrire. Dès le début du règne d’Elizabeth, dans les comptes du bureau des menus plaisirs, on trouve mention de « one shepherd’s cote, hood, cappe & girdle », ce qui prouve que les bergers figuraient déjà à cette époque dans les divertissements. En 1573/4, on donna un Masque of Wildämen; en 1574, des acteurs italiens représentèrent à Reading une pièce (?) où figuraient des bergers, des nymphes, Saturne et un sauvage (Feuillerat, Documents concerning the Office of the Revels (Eliz.), 227-228). Le divertissement que Gascoigne composa pour les fêtes de Kenilworth contient des éléments indubitablement pastoraux (Cf. A. H. Thorndike, Pastoral Element in the English Drama, 231). The Lady of May (1578), par Sidney, à été avec raison qualifié de « Pastoral Interlude » (Schelling, Elizabethan Drama, II, 14-15). Enfin, entre 1578 et 1585, on a l'impression d'assister, probablement sous l'influence de l'Italie, à un brusque épanouissement du genre (Cf. plus haut, page 136, note 2).
2. On trouve, notamment, dans The Lady of May, « a forrester named Therion », rival d’Espilus le berger, et plusieurs autres forestiers, partisans de Therion. Un masque de « foresters or hunters » fut représenté devant la reine, le ier janvier 1573/4 (Feuillerat, Documents concerning the Office of the Reveis (Eliz.), 193). Des chasseurs figuraient dans la pièce de Narcisses, jouée à la Cour le 6 janvier 1571/2, et probablement aussi dans la pièce jouée par la troupe de Hunnis, en 1574/5 (1bid., 141 et note à 244. 385). Au premier acte (scène i) de The Arraignment of Paris, un forestier est mis en opposition avec un berger.
3. Le Pastor Fido contient, il est vrai, un chœur de chasseurs et de bergers.
4. Il est, en effet, curieux de voir comment le tempérament national a brisé les cadres que lui assignait l’imitation de Pétrarque. L'idée de révolte est une de celles qui caractérisent peut-être le mieux le pétrarquisme anglais. Voir dans le seul volume de Tottel (Miscellany) : Wyat, The lover waxeth wiser & will not dye for affection (Chalmers, English Poets, II, 369); Wyat, The abused lover seeth his folly and entendeth to trust no more (/bid.); Wyat, The lover abused renounceth love (Zbid., 376); Anon., The lover forsaketh his vnkind love (1bid., 440); Anon., The lover disceived by his love repenteth him (1bid., 498), etc., etc.
Le mélange de l'élément pastoral et de l'élément comique semble aussi
Enfin, si nous connaissions la Pastoral of a Greek Maid et celle de Phillyda and Choryn, jouées à la Cour en 1578/9 et en 1584 1, il est probable que nous pourrions fortifier encore cette idée d’une parenté avec les modèles nationaux. Mais là nous nous trouvons, de nouveau, face à face avec cette inconnue dont il a été parlé au début, et dont il faut renoncer à pénétrer l'irritant mystère.
Le Genre dramatique.
Quand on essaie de classer les pièces de Lyly, on est tout d’abord frappé par leur extrême variété. Notre auteur avait évidemment compris qu'écrivant pour un public restreint, raffiné, difficile, et qui surtout ne se renouvelait guère, il était indispensable pour réussir de raviver chaque fois, par le plaisir piquant de la nouveauté, le goût vite émoussé des spectateurs; et, des huit pièces qu'il composa en un espace de quatorze ans au plus, il n’en est peut-être pas deux qui se ressemblent.
Campaspe est une pièce historique d’un genre assez particuhier. Lyly n’a pas cherché à peindre de brillants faits d'armes ou la « chute » de quelque héros antique ; c'est dans l’histoire anecdotique qu'il a pris son sujet, et « évoquant Alexandre de sa tombe »?, il n’a retenu, dans la vie du grand capitaine, qu'un petit épisode sentimental ; le romanesque % l'emporte de beaucoup sur la vérité histoavoir été un des traits distinctifs du genre anglais (Cf. Thorndike, Pastoral Element in the English Drama, 9235).