Voir, plus haut, page 136, note
2. « We calling Alexander from his graue, seeke onely who was his loue » (Prologue at the Court).
3. J’emploie le mot romanesque comme synonyme du mot romantic. Le terme français à, d’ailleurs, l’avantage d’être plus clair que le terme anglais.
rique. D'autre part, Campaspe rappelle d'assez près le genre auquel Edwards avait, dans le prologue de Damon and Pithias, donné le nom de tragi-comédie 1. Les scènes d'un comique assez vif sont nombreuses et une certaine terreur tragique perce quelquefois au travers des scènes sentimentales ?. Ce n’est pas que ce tragique suscite à aucun moment chez le spectateur une frayeur réelle ; la crainte est ressentie par les personnages Apelle et Campaspe beaucoup plus qu'elle ne se dégage des situations. Mais ce tragique est suffisant pour jeter une ombre sur les passages comiques, et pour en modifier la qualité à l'impression finale. On peut définir Campaspe en disant que c'est une tragi-comédie historique, traitée selon le mode romanesque.
Avec Sapho and Phao, nous entrons dans un monde qui est à mi-chemin entre l’histoire et la fable. L’héroïne Sapho a bien existé, et par là elle appartient au groupe des personnages dont la vie constitue le passé véridique et mémorable de l'humanité. Mais, d'autre part, son caractère a été si complètement transformé par les enjolivements des poètes ou l'esprit impitoyable des comiques grecs 3 qu'on
Est romantic, en littérature dramatique élizabethaine, tout ce qui n’est pas représentation exacte de la réalité tombant sous les sens. Le genre romantic éveille l'intérêt par l'évocation de l’inaccoutumé; il mène le spectateur en des pays étrangers, parfois étranges ou imaginaires; il crée des caractères surhumains ou impossibles ; il invente des aventures merveilleuses. En un mot, le théâtre romantic s'oppose au théâtre réaliste et aussi au drame historique, lequel fait revivre, en quelque sorte, la réalité du passé. Ainsi, dans Campaspe, il y a du romanesque parce que Lyly ne s’est pas tenu à la simple vérité historique et qu’il a prêté à Alexandre des sentiments à demi-imagi naires.
1. Sur les ressemblances spécifiques entre Campaspe et Damon and Pithias, voir, plus haut, page 313, note 2.
9, Cf. les scènes où figurent les serviteurs et celles où Campaspe et Apelle redoutent la colère d'Alexandre.
3. Selon toute vraisemblance, l’ardente poétesse n’est coupable que d’avoir exprimé avec trop de sentiment et d'imagination le pouvoir d’Eros. Ce sont les comiques grecs qui ont créé la confusion avec la courtisane du même nom, et lui ont attribué tous les vices de son homonyme. Dès le Ve siècle avant Jésus-Christ, on les voit s’acharner contre elle, et c’est ainsi que le nom de
peut tout aussi bien la classer parmi les êtres légendaires. D'ailleurs, la pièce admet un autre élément qui suffit pour la jeter hors de la réalité : des dieux — Cupidon, Vénus, Vulcain — se mêlent à ces personnages pseudo-historiques, partagent leurs passions et leurs haines, et les élèvent ainsi presque jusqu’à l’'Olympe. En outre, — et c'est là surtout ce qui est nouveau — cette combinaison du ciel et de la terre est destinée à créer une atmosphère spéciale à la faveur de laquelle l’auteur a représenté des événements politiques contemporains t ; d'où introduction d'une autre catégorie de personnages, formée par des courtisans et des dames d'honneur, et qui, en précisant le décor de la cour anglaise, troublent l'impression d'irréel qui domine par ailleurs. En sorte que nous avons ici un spécimen de pièce allégorique, à apparence légendo-mythologique et à sens historico-politique. Ces intentions allégoriques sont naturellement si fortes que l'élément romanesque, qui existe ici tout autant que dans Campaspe ?, est comme étoufté, et en tout cas, relégué au dernier plan.
Gallathea a conservé quelque chose de ces intentions allégoriques. Mais l’allégorie est ici toute différente : elle ne vise pas à déguiser une série coordonnée d'événements politiques; elle n’a d'autre but que de faire un spirituel et gracieux compliment à la reine, et de permettre à l’auteur de lancer contre les dames de la cour quelques-uns de ces
Sapho s’est transmis à travers les âges comme un symbole de la fragilité féminine et du désespoir amoureux, jusqu’au jour où Ovide fixa cette légende, de façon semblait-il définitive, dans une de ses plus voluptueuses Epiîtres. Il à fallu arriver au début du XIXe siècle pour trouver enfin le chevalier érudit (Welcker) qui se fit le champion de cette vertu outragée, et dans sa dissertation intitulée Sappho von einem herrschenden Vorurtheil befreyt, avec autant de savoir que d'éloquence, réhabilita l’innocente Sapho. Ly1y, sans s’en douter, ni le vouloir, avait donc devancé les conclusions du savant allemand.