Cf., plus haut, pages 137 et
considérable; et il en est de même de l'élément mythologique qui est doublement représenté, d'un côté par le groupe de Cupidon, de Cérès et des nymphes, de l’autre par le groupe où domine Erisichtont. Par contre, ont disparu la note comique ou satirique et l'intention allégorique : l’action se passe tout entière dans un monde habité seulement par des dieux et des forestiers. Il y a entre Gallathea et Loves Metamorphosis toute la différence qui peut séparer une comédie vaguement pastorale et une pastorale obéissant à presque toutes les lois du genre.
Jusqu'ici, Lyly s'était ingénié à varier la composition de ses pièces sans que le nombre des éléments entrant dans cette composition dépassât le nombre de deux, trois au plus. Dans Midas, il a exagéré sa méthode et multiplié les combinaisons. Le sujet principal est emprunté à une légende semi-historique, semi-symbolique et, par suite, est à mi-chemin entre celui de Sapho and Phao et celui d'Endimion. Il admet en outre avec les bergers, ou plus exactement avec les rustres?, Menalcas, Coryn, Celthus, Dryapon, Amyntas, et avec le chasseur, un élément vaguement pastoral; avec Bacchus, Apollon, Pan et les nymphes, un élément mythologique ; avec le barbier Motto et son apprenti, un élément réaliste et comique; enfin avec les personnages de cour qui entourent le roi Midas, un élément humain plus raffiné et à rôle allégorique. Il faut ajouter que, pour la première lois dans l’œuvre de Lyly, l’allégorie politique se présente sous la forme satirique : c’est un chant de triomphe sur la défaite d’un ennemi humilié 8. Avec de nombreuses différences, et toute proportion gardée, Midas,
1, Voir, plus haut, page 192.
9, Voir plus haut, page 202, note 1. Les rustics apparaissent quelquefois dans la pastorale anglaise ; ils forment une classe inférieure de bergers.
3 Voir, plus haut, pages 202 et sqq.
par l'esprit qui l’anime, pourrait être comparée aux Perses d'Eschyle.
Mother Bombie, nous le savons déjà, marque chez Lyly un effort pour se rapprocher du théâtre populaire et ne ressemble à aucune des pièces caractérisées jusqu'ici. C'est une comédie d’intrigue; elle ne contient aucun élément allégorique ou mythologique; et par ses personnages — de riches fermiers, des artisans, une devineresse, un loueur de chevaux, des violoneux, un sergent de loi, une pauvresse, — c'est, en plus d’une comédie d’intrigue, une véritable comédie de mœurs, avec quelques tendances à la farce, où revit, en couleurs assez vives, une petite ville anglaise du XVTI° siècle.
The Woman in the Moone nous ramène au genre des pièces allégoriques; mais ici encore nous pouvons observer que la formule a été modifiée. L’allégorie ne sert pas à voiler des événements politiques ; elle a une portée tout à fait générale, bien qu'on ait pu y voir quelquefois un reflet de la mauvaise humeur de l’auteur ?. Les planètes qui exercent successivement leur action sur Pandora ont conservé les qualités que l'astrologie de l'époque leur assignait — elles symbolisent la mélancolie, l'orgueil, la chicane, l'inconstance, la gaieté — et l'intrigue, qu’elles mènent, marque un incessant triomphe de vices ou de vertus. De leur côté, les personnages humains, s'ils sont dérivés de la caste pastorale, ne sont pas des habitants d’Arcadie comme leur nom l'indique, ils appartiennent à un pays encore plus imaginaire et sont de véritables abstractions représentant l'humanité victime des caprices de la femme. En réalité, autour de l’action flotte une atmosphère tout à
1, Voir, plus haut, page 9227.