Midsummer Nights Drezm (Acte V, scène i
2. « We hope in our times none will apply pastimes.. Wee present neither Comedie, nor Tragedie, nor storie, nor anie thing » (Endimion, Prologue).
3. Dégager la véritable raison d'être des comédies lyliennes, ce n’est pas les déprécier; c’est préparer à les mieux comprendre et à excuser bien des lacunes.
L'Intrique et les Caractères.
Cette façon de concevoir la comédie a eu une première conséquence. Soit qu'il fût gêné par les limites étroites de temps qui lui étaient imposées, soit qu'il subît l'influence du masque dont il acceptait en partie la formule, —— probablement pour ces deux raisons à la fois, — Lyly n’a pas fait reposer l'intérêt de ses pièces sur le développement progressif et harmonieux d’un événement principal formant sujet — développement qui, dans un théâtre normalement conformé, est par définition essentiel. Il reconnaît bien la nécessité de l’action; c’est même en cela, nous venons de le voir, que ses pièces peuvent se réclamer de la comédie. Mais il ne lui accorde que juste le degré de croissance indispensable à la vie de l'organisme dramatique. Il choisit presque toujours ses intrigues dans ce genre, peu favorable aux ricochets d'incidents et aux péripéties nombreuses, que notre théâtre classique a tout particulièrement affectionné, et dans lequel la donnée de la pièce peut se ramener à une alternative, quelquefois même à un simple doute. Alexandre aime la captive Campaspe. Que va-t-il faire? Suivra-t-il cette indigne inclination de son cœur ou reprendra-t-il sa noble tâche de conquérant? Sapho a été touchée par la beauté de Phaon; qui l’'emportera de la passion qui secoue la reine ou de la fierté que lui dicte son rang ? Gallathea et Phillida parviendront-elles à échapper au sacrifice qui les menace ? Elles pressentent que l'amour qu'elles éprouvent l’une pour l’autre est impossible; leurs appréhensions sont-elles justifiées et pourront-elles être l’une à l'autre ? Endimion a été plongé dans un sommeil fatal par
la vengeance de Tellus; Cinthia seule peut le sauver; Cinthia donnera-t-elle le baiser libérateur ? Trois forestiers recherchent trois nymphes; les trois nymphes se refusent; cèderont-elles à la fin? Midas parviendra-t-1l à se libérer du don gênant qu'il s’est attiré par son avarice et perdra-t-il les oreilles ignominieuses que lui a values sa stupidité ? Et ces sujets, déjà si étriqués de nature, Lyly les comprime encore. Plus sévère qu’un Corneille ou qu’un Racine qui, s'ils ont peu de goût pour les incidents, ne les proscrivent pourtant pas tout à fait et laissent certains événements extérieurs apporter leur influence excitatrice ou modificatrice, notre auteur supprime toutes les manifestations scéniques pouvant détourner de la question posée. Dès qu'il a mis l’action en marche, il brûle généralement les étapes, et porte presque aussitôt le problème au point culminant, en sorte qu’un seul pas peut être fait logiquement, et 1l mène à la solution. Campaspe est peut-être une exception unique. Si l’on considère la passion et la clémence d'Alexandre comme le sujet réel de cette comédie, l'amour qu'Apelle et Campaspe éprouvent l’un pour l’autre constitue une véritable complication. Mais qu'a ajouté Lyly pour corser un peu l'intérêt éveillé par les hésitations de Sapho? Quels dangers secouent la torpeur en laquelle Gallathea et Phillida assoupissent l'angoisse qui naît tout naturellement de l'incertitude où elles se trouvent ? Quels événements ont modifié la situation où est emprisonné Endimion, autre que la découverte du moyen qui libère le jeune homme ? Il en est de même de toutes les intrigues lyliennes; elles ne contiennent pour ainsi dire pas d’incidents, et manquent, par suite, de cette qualité essentielle au drame : le mouvement. Elles se posent, sautent d’un seul coup à leur point extrême et s'immobilisent dans l'attente du dénouement, jusqu’à ce qu’un fait, sous forme
de péripétie, engage brusquement le résultat final et les fasse résoudre.
D'ailleurs, l'intervalle qui s'écoule entre l'exposition et le dénouement, Lyly ne cherche pas à le remplir par la peinture de ces modifications intimes que l'être peut subir sous la simple pression d’un événement initial, et qui constituent de vérilables incidents sentimentaux suppléant aux incidents de faits. Il ne laisse jamais l’action suivre sa destinée, et rebondir librement des caractères aux actes et des actes aux caractères, pour puiser dans le conflit des sentiments provoqués par ce va-et-vient d'impulsions une vie et un mouvement véritables. Vingt fois il a eu l’occasion de peindre les hésitations, les détours et les retours d’un cœur angoissé. Quelle situation plus fertile en émotions de ce genre que la scène où Alexandre s'aperçoit qu’Apelle ose lever les yeux sur Campaspe ? Ou encore de quelles troublantes tergiversations ne pouvait-il pas faire suivre l'entrevue entre Sapho et Phao! Mais Lyly fuit de pareilles complications sentimentalest. Sans broncher, Alexandre décide que Campaspe sera à Apelle ?; il ne semble pas avoir senti son cœur battre plus vite en faisant ce sacrifice, ou, du moins, il a bien gardé son secret. C’est au moment où Sapho et Phao viennent de balbutier un demi-aveu et où le spectateur prévoit un nouveau départ à leurs amours jusque-là trop réservées, qu'ils disparaissent l’un et l’autre de l’action. La passion réciproque de Gallathea et de
1. Pour être juste, il faut dire cependant que, dans Campaspe, Lyly a noté quelques hésitations chez Apelle et chez la captive (acte III, scène v; acte IV, scène ii; acte V, scène ii); mais ce sont de simples indications qui font regretter d'autant plus que l’auteur n’ait pas cru devoir s’attarder un peu plus longtemps à ces analyses.
2. La scène où Alexandre laisse entendre qu’il à deviné l’amour d’Apelle pour Campaspe est celle même où il abandonne sa captive (acte V, scène iv).
3. La scène des aveux est placée à la fin de l'acte III Dès le début de l'acte IV, Vénus et Cupidon interviennent, et dès lors Sapho et Phao sont à la merci de ces divinités.
Philhda s'arrête comme tremblante au bord du précipice vaguement entrevu, et le dénouement apporte le salut avant même que les jeunes filles aient approfondi tout ce qu'il y a d'inextricable dans leur situation. C'est au moment où Cupidon a jeté le désarroi parmi les suivantes de Diane et où l’on s'attend à d’amusantes scènes de jalousie ou de dépit que sa capture amène brusquement la guérison de tous ces petits cœurs émus ?. Le cas d'Endimion est caractéristique : le héros, aussitôt après nous avoir fait connaître ses aspirations, s'endort et il ne se réveille que pour recevoir l’ordre d’aimer en silence 3. Une seule escarmouche entre les forestiers et les nymphes de Loves Metamorphosis suffit pour amener chez les premiers le désir de la vengeance; ils ont eu à peine le temps de soupirer les premières mesures de leur lamento que la phrase se perd en un chant de défi où s’éteignent les peines de cœur dont on n’a entrevu que la flamme vacillante {. C'est surtout dans The Woman in the Moone que cette fugacité du développement est frappante. Dans cette pièce, l'auteur s’est donné pour sujet de montrer avec quelle promptitude une femme peut passer par les sentiments et les désirs les plus contradictoires; et les sept états d'âme, dont il a condensé les manifestations dans l’espace restreint de quatre actes environ’, se succèdent avec une telle rapidité qu'ils produisent l'effet d'images kaléidoscopiques,
1. C’est à la fin de l’acte IV que les deux jeunes filles prononcent le premier mot d'angoisse; l'acte V tout entier est rempli par ie sacrifice à Neptune et la convention entre Vénus et Diane.