Voir, plus haut, page 141 et page
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d'un ennemi vaincu comme Philippe, ou pour exagérer la malignité d'une rivale abhorrée comme Marie Stuart, — et, en eflet, Midas et Tellus sont les seuls personnages allégoriques qui aient quelques dimensions et quelque relief 1, — il était tenu à d’infinies précautions pour ne pas blesser les suscepübilités des princes étrangers mis en cause ou de leurs partisans à la Cour d'Angleterre. Et de fait, Phaon et Endimion n'ont guère que quelques traits, plus physiques que moraux, permettant de les identifier avec les personnages réels dont ils tiennent la place ?; de leur âme, ils ne laissent transparaître qu'un seul état, le même chez tous les deux : leur amour pour la reine d'Angleterre. Naturellement, lorsqu'il s'agissait de mettre celte reine à la scène, il devenait encore plus nécessaire de ne pas hausser la voix au-dessus d’un simple chuchotement. Elizabeth, qu'elle prenne les noms de Sapho, de Cinthia ou de Diane, est toujours un être vaguement idéal, reconnaissable à de presque impersonnelles qualités, comme l'admiration qu'elle inspire, la sagesse de son gouvernement, sa chasteté irréductible , — toutes caractéristiques qui ne dépassaient pas cette opinion officielle affichée par les gens de la Cour et encouragée par la souveraine elle-même; pas une fois, on ne pénètre dans l'esprit ou l'âme de la femme. L
Les divinités mythologiques, assez nombreuses dans le théâtre de Lyly, ne se prêtaient pas davantage aux études de caractères. Transmises par la suite des siècles dans des textes où elles étaient comme stéréotypées, elles s’imposaient aux hommes de la Renaissance avec des attitudes, des actes ou des qualités qui composaient un portrait trop
1. Voir, plus haut (pages 158-162 et 199-209), les portraits de Tellus et de Midas. 2. Voir, plus haut (pages 151 et 169, note 1), le portrait d'Endimion. 8. Voir, plus haut, pages 112, 138 et 157.
arrêté pour que les auteurs eussent la liberté de le modifier. Et c'est, en effet, enserrés dans le vêtement étroit de la tradition que les dieux de l'Olympe circulent dans l’œuvre de Lyly. Tels ils sont dans Homère, dans Ovide ou dans Virgile, tels ils se retrouvent chez notre auteur et tels ils se retrouvent aussi chez Peele et chez tous les poètes de la Renaissance qui les ont inlassablement décalqués Neptune est le dieu de la mer, toujours courroucé comme les vagues qu'il symbolise; Vulcain est le mari débonnaire, élernellement condamné à satisfaire les caprices de sa volage épouse; Diane est la déesse de la chasse et de la chasteté; Cérès, la déesse de l'abondance et du mariage: Vénus, la déesse lascive continuellement tourmentée par la tiédeur voluptueuse qui circule dans sa chair d’amoureuse; Cupidon, le petit dieu aveugle, aux flèches redoutables, tantôt gambadant espiègle et gracieux t, tantôt prenant au sentiment de sa puissance universelle des allures de dieu majestueux et vénérable ?, etc., etc. Ce sont là des figures familières et qui ne pouvaient être que familières $.
Il ne faut donc pas blâmer trop sévèrement cette pauvreté de la plupart des caractères. Rien ne prouve que, se mouvant dans un cadre moins rigide et plus vaste, Lyly n'eût pas su mettre à profit ces qualités de psychologue que nous avons déjà entrevues dans l’'Euphues #. Cela est si vrai que, dès qu'il échappe à cette contrainte imposée par l'intrigue ou par la nature de certains personnages, il fait preuve d’un réel talent de camper des figures curieuses et animées. Dans toute pièce de Lyly, par derrière les