SENS
Il n'est donc pas étonnant qu'en 1559 Peter Lyly ait bénéficié de l'élévation de Parker au siège archiépiscopal ; à cette date, nous le retrouvons, après l'avoir perdu de vue pendant le règne de Mary, dans tout l'éclat d’une dignité récemment acquise : il fait partie, en qualité de principal registrar, de la commission chargée par Elizabeth d'inspecter et d'épurer le diocèse de Londres, et c'est lui qui lut les lettres patentes de la nouvelle reine devant le chapitre de Saint-Pault. Il avait atteint le faîte des petites grandeurs ecclésiastiques et mourut registrar ?.
Pour un homme qui vécut à une époque de persécutions et de vicissitudes, Peter Lyly semble avoir joui d'une prospérité singulièrement ininterrompue 3%. De tous les documents qui nous sont parvenus sur son compte, il n’en est pas un, on l'a vu, qui jette une fausse note dans l’harmonieux progrès de sa vie d'homme chanceux, et le rare bonheur de cette carrière, jalonnée seulement de faveurs et de nominations, apparaît d'autant plus remarquable qu'il contraste fortement avec l'instabilité de la vie saccadée et errante de son frère. Quand on songe à l'inébranlable catholicisme du partisan de Reginald Pole, on ne peut sempêcher de trouver que l'adoption du protestantisme par Peter Lyly semble avoir suivi de bien près le coup de
1. Strype, Annals of the Reformation, I, Pt. i, p. 249. L’inspection eut lieu le 11 août. George Lyly était mort peu de temps auparavant. En 1547, le poste de registrar était occupé par un John Lyly, ainsi qu’il ressort d’un document de cette année portant l’endossement suivant :
Exhibite in visitatione Regis Edwardi Sexti, quinto Augusti, Anno 1547.
Jo. Lylly Registrarius.
W. S. Simpson, Reg. Statutorum et Consuetudinum Eccl. Cath. Sancti Pauli Londin., p. 368.
Peut-être ce John Lyly était-il fils du Grammairien et parrain de notre auteur.
2. I1 fut enterré dans la cathédrale le 24 octobre 1569 (V. App. À, ix).
3. Peter Lyly était fort à son aise : il possédait une maison à Canterbury et de la vaisselle plate — luxe rare à l’époque. J1 pouvait prêter de l'argent à intérêt et la moitié de ses revenus lui paraissait sufhisante pour élever sa nombreuse famille (V. App. A, x).
tête politique de Henry VIII et, en même temps, s’éveille l'invincible soupçon que cette conversion dut s'étaler avec une ostentation d'autant plus empressée qu'il devait être difficile au frère de George Lyly de faire croire à sa sincérité. Cette souplesse complaisante que l'on devine dans la vie de Peter Lyly s’accorderait d’ailleurs assez bien avec cerlain caractère d'homme pratique et finaud, qui semble avoir été le sien. Si nous ne savions que, par métier, toutes les subtilités de la procédure lui étaient familières, il suifirait de lire son testament 1 pour en être persuadé. Le vieux retors y apparaît à chaque coin de phrase. Dans la répartition méticuleuse et compliquée qu'il fait de sa fortune, il a tout prévu : interprétations chicanières de sa volonté, mort de ses héritiers, même le remariage de sa veuve — éventualité, soit dit en passant, qu'il envisageait avec une parfaite égalité d'âme et comme une chose qui va de so1?. Il sait quelles cupidités peut déchaïîner l'appât d'un héritage à détourner; et, oubliant que par une prévoyance trop intelligente 1l pouvait blesser les sentiments de sa « chère Jane », 1l exige qu'avant de contracter une nouvelle union elle fasse enregistrer le testament. Ayant ainsi mis le bien de ses enfants à l'abri des convoilises possibles, il ne lui déplaît pas d'entrer dans de bons et valables engagements avec ce successeur éventuel et hypothétique. Il demande à celui qui « se trouvera épouser sa veuve » de s'engager, par devant son beau-frère John Manwood et son ami Reginald Wolfe, « avec obligations el cautions suffisantes », à élever les enfants libéralement et à les avancer honnêtement dans le savoir ou le service public. A cette condition,