‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 168 sur 321 · Acte III, scène iv · texte numérisé non relu

Acte III, scène iv

supprimées, c'est peut-être la seule chose qui soit réelle. Sa flamme crépitante court et glisse incessammentt; il pénètre partout; il travaille les cerveaux comme une fièvre ?. Tous les personnages ont l’'obsession de son presge; ils le recherchent avec idolâtrie et même ceux qui en sont totalement dépourvus se vantent d'en avoir 3; ils le considèrent à l’égal de la beauté et de la jeunesse, de l'or ou de l'honnêteté #. En termes lyriques, ils exaltent ses charmes 5; ils en jouent à tout propos et hors de propos, au point de diriger son étincelle contre eux-mêmes plutôt que de ne pas lui donner cours.

Cet esprit, d’ailleurs, n’est pas sans être alourdi par certain pédantisme. L'on voit bien, à sa manière, qu'il est issu d'un cerveau façonné par les méthodes de la scolastique décadente, auquel on avait donné l'habitude du raisonnement à outrance el dévoilé les dangereuses facilités du verbalisme. C'est assurément à l’abus de la dialectique qu'il doit son principe de vie. Il n'existe pas sans un choc d'idées qui s'opposent pour se détruire. Presque toujours il est sous forme d'attaque ou de riposte. La contradiction

1. Les personnages ont toujours le mot wit à la bouche (Voir, par exemple, Sapho & Phao : I, iii, 36-37; I, iii, 39; I, iv, 37; III, ii), avec une persistance qui trahit chez l’auteur la constante préoccupation de leur en donner.

2. « But let mee bee wagging, my head is full of hammers, & they haue so maletted my wit, that I am almost à malcontent », dit Halfpenny dans Mother Bombie (II, i, 58-60), et Lucio ajoute : « My wits worke like barme, alias yest, alias sizing, alias rising, alias Gods good » (1bid., 117-118).

3. Silena, par exemple, dans Mother Bombie (II, iii, 76-80), et Sir Tophas dans Endimion (I, iii, 96).

4. « Phao », dit Mileta, « thou art passing faire, & able to drawe a chaste eie not only to glaunce, but to gaze on thee. Thy yong yeares, thy quick wit, thy staied desires are of force to controll those which should commaund » (Sapho & Phao, III, iv, 13-15). « Such a beggerly Science it is. that the end is to haue neyther gold, wit nor honestie », dit de son côté Peter, parlant de l’alchimie, dans Gallathea (II, iii, 28-30).

5. « No louelier thing then wit, no greater desert then patience » (Loves Metamorphosis, III, i, 63).

6. Manes reconnaît qu'il est « some times in such à vaine, that for want of some dull pate to worke on, I begin to gird my selfe » (Campaspe, III, ii, 44-45).

est son but, l'argumentation son procédé, l'ergotage son défaut. On le trouve même quelquefois qui s’ébat lourdement dans le cadre d’une discussion imitant les disputes de l'école et reproduisant leur jargon. Les deux pages Criticus et Molus, en quête de divertissement, ont rencontré Calypho, l’un des Cyclopes qui travaillent dans la forge de Vulcain. Ils décident aussitôt de diriger contre cette âme simple les flèches de leur esprit :

« Calypho », dit Molus, « je vais te prouver que tu es le diable ».

Cal. Alors, je jurerai que tu es un dieu.

Molus. Le diable est noir.

Cal. Qu'est-ce que cela me fait ?

Mol. Tu es noir.

Cal. Qu'est-ce que cela vous fait ?

Mol. Par conséquent tu es le diable.

Cal. Je le nie.

Mol. C'est la conclusion, tu ne dois pas la nier.

Cal. En dépit de toutes les conclusions, je le nierai.

Criticus. Molus, le forgeron vous serre de près.

Mol. Tu vois qu'il n'a pas de raison.

Crit. Essaie encore.

Mol. Je vais maintenant discuter avec toi sur un heu

Cal. Je n'ai pas l'intention de vous répondre en aucun autre lieu.

Mol. Tel maître, tel valet.

Cal. Ça se peut.

Mol. Mais ton maître a des cornes.

Cal. Et tu pourrais en avoir.

1. C'est-à-dire, sur un lieu commun, ou sorte de point principal auquel les rhéteurs rapportaient les preuves dont ils faisaient usage dans une discussion.

Mol. Par conséquent tu as des cornes, ergo tu es un diable.

Cal. Est-ce que tous ceux qui ont des cornes sont des diables ?

Mol. Tous les hommes qui ont des cornes le sont.

Cal. Alors il ÿ a plus de diables sur la terre qu’en enfer.

Mol. Mais qu'est-ce que tu vas répondre ?

Cal. Je le nie.

Mol. Quoi ?

Cal. N'importe quoi de ce qui prouvera que je suis un diable. Mais, écoute-moi, savant; je suis un homme simple et ne puis rien façonner qu'avec le marteau. Que diras-tu si Je prouve que tu es un forgeron ?

Mol. Alors je dirai que tu es un savant.

Crit. Prouve-le, Calypho, et je te donnerai un bon « colaphum »1.

Cal. Je le prouverai ou...

Crit. Ou quoi?

Cal. Ou bien je ne le prouverai pas. Tu es un forgeron; par conséquent tu es un forgeron. La conclusion ne doit pas être niée; et par conséquent c'est vrai : tu es un forgeron.

Mol. Ah ! mais je nie votre antécédent.

Cal. Ah! mais je vous le défends. Ne l’ai-je pas cloué, Criticus ?

Crit. Vous avez fait savamment; car, aussi sûr qu'il est forgeron, tu es diable.

Cal. Et alors il est diable parce que je suis forgeron;

1. Le mot est intraduisible, car il prête à deux jeux de mots simultanés. Colaphum est le mot grec x0]avos latinisé et signifie un soufflet, un coup de poing. Mais il y avait aussi un proverbe grec, Toy 4xohovoyæ érmitiÜevar, Qui, d’après certaines autorités, signifie « river le clou à quelqu'un ».

DD JOHN LYLY

car telle a été sa raison pour faire de moi un diable, qui suis un forgeron.

Mol. Il n'y a pas moyen de raisonner avec ces butors d'artisans : leur esprit est dans leurs doigts, non dans leur télé tn

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