Sidney, Apologie for Poetrie
d'introduire en Angleterre. Si l'Amphitruo de Plaute méritait la dénomination infamante de « tragi-comédie », simplement parce qu'elle contenait un mélange de rois et de manants!, bien peu des pièces de Lyly échappent à la même condamnation. La plupart admettent, nous l'avons vu, la foule la plus bigarrée et la plus hétérogène que l’on puisse imaginer de personnages mythologiques, princiers, aristocratiques, de bergers, d'artisans ou de figures populaires. On y trouve tous les tons, depuis le semi-tragique jusqu'à la farce; toutes les formes d'expression littéraire, depuis la fantaisie jusqu’au réalisme. Dans cette confusion des genres, Lyly est allé si loin qu'il a pu dire d'une de ses pièces que c'était un « salmigondis », une véritable « galimafrée »?.
Multiplication des intrigues, mélange des tons, pleine liberté de mener les personnages à travers l'espace et de choisir dans leur vie une période illimitée, ou du moins limitée seulement par les nécessités de l'histoire dramatisée, ce sont bien là les caractéristiques essentielles du théâtre que l’on est convenu d'appeler « élizabethaim ». Mais si Lyly a appliqué la formule intégrale de ce théâtre, il n’est pas évident qu'il en ait connu les exigences. Car, pour être restés insoumis aux règles étroiles des anciens, les dramatistes élizabethains ne se sont pas affranchis de toutes les lois. Il en est une, en particulier, à laquelle les grands auteurs ont consciemment ou instinctivement obéi, c’est celle que l’on pourrait appeler la loi de l'unité d'impression. Cette unité, Lyly l’a parfois réalisée; mais aussi souvent il ne semble pas l’avoir recherchée; en sorte qu'il