‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 176 sur 321 · Voir acte II, scène ii · texte numérisé non relu

Voir acte II, scène ii

2, Voir acte II, scènes iv et v.

fléchir la cruelle; Nisa, après avoir décoché quelques quips, sort suivie de Ramis. Ce couple est remplacé par Montanus, courant après Celia; seconde plaidoirie amoureuse, autre volée de quips et sortie des amants. Silvestris entre à son tour, discute avec Niobe, reçoit sa part de quips et la nymphe sort. Ici, la scène tourne et recommence en sens inverse. Silvestris est resté seul; il s'emporte contre Niobe. Rentre Ramis, qui déplore la dureté de Nisa. Il est suivi de Montanus, qui peste contre Celia.

Il arrive même que cette similitude des mouvements et des actes des personnages soit accentuée par une similitude correspondante des phrases qu'ils prononcent. Cupidon ordonne aux nymphes rebelles d'aimer les trois forestiers; trois exclamations joyeuses, commençant par le même mot, saluent ce Jugement :

Ramis. Happie Ramis !

Montanus. Happie Montanus !

Silvestris. Happie Silvestris !

Trois dénégations, conçues dans les mêmes termes, s'opposent à ces exclamations :

Nisa. Not I!

Niobe. Nor I!

Celia. Nor I!

Et ces refus sont développés par les nymphes en trois türades, de longueurs sensiblement égales, commençant chacune par « Not I, Cupid! » ou « Nor I, Cupid ! », et se terminant par une sorte de refrain : « Turn mee, Cupid, for yeeld I will not! »1.

Cette méthode est un peu simple; elle est surtout trop

1. À la vérité, le premier refrain est légèrement différent, le mot loue ayant été substitué à yeeld (Loves Metamorphosis, V, iv).

mécanique et les résultats n’en sont pas toujours exempts de raideur. Mais par l'effort conscient qu'elle nécessite, par l'épuration et l'ordre qu’elle apporte, elle constitue un certain art, et un art qui ne devait pas apparaître aux yeux des contemporains aussi rudimentaire qu'il l'est pour nous; car il ne faut pas oublier que Lyly écrivait à une époque où triomphait en architecture la régularité dans l’ordonnance extérieure et où les esthéticiens traduisaient leur idéal de la Beauté par des figures géométriques . En tous cas, cette construction symétrique convenait tout particulièrement au genre des pièces lyliennes. Ces évolutions des personnages, réglées comme les figures d’un ballet, étaient naturelles dans un théâtre qui tenait autant du masque que de la comédie; elles y remplaçaient cet élément chorégraphique qui était un des grands attraits des divertissements de cour: et elles ont, dans une certaine mesure, suppléé à cette absence de mouvement et de vie qui est, nous l'avons vu, un des grands défauts des intrigues lyliennes.

Le pittoresque, l'élégance et l'imagination poétique.

L'emploi de ces procédés a eu une autre conséquence. Parce que la construction était, pour ainsi dire, à facettes, elle a fragmenté les pièces en une multiplicité de scènes, très courtes pour la plupart. Ces scènes dont les sujets, du fait de cette brièveté, se trouvent être fort restreints, campent généralement les personnages dans une attitude

1. Voir, notamment, Firenzuola, Dialogo delle Belezze delle Donne (1548). — Chez Lyly, cette recherche de la symétrie s'explique par la prédilection de l’auteur pour les phrases balancées; par cet emploi de la phrase balancée on remonte à l'influence de l'antiquité (Voir, plus loin, l'étude de l’euphuisme).

ou dans un geste. Elles ont par suite l’haleine un peu courte; mais elles regagnent en pitloresque ce qu'elles ont perdu en valeur dramatique ou psychologique. Un peintre pourrait, dans l'œuvre de Lyly, trouver matière à un nombre incalculable de tableaux. Il n’est pas une pièce qui ne fournisse une série de cartons dont le titre se présente de lui-même sous la plume tant la composition en est nette et bien ordonnée : l’arrivée des captives sous les murs d'Athènes; la rencontre d'Alexandre et de Timoclée; la visite d'Alexandre au peintre Apelle; les Athéniens ameutés contre Diogène; la discussion des philosophes; la clémence d'Alexandre t ; — Vénus dans le bac de Phaon ; Vénus demande des flèches à Vulcain ; Cupidon sur les genoux de Sapho?; — Tyterus et Gallathea devisant à l'ombre d'un arbre; la chasse de Diane; la capture de Cupidon,; le martyre de Cupidon; le sacrifice d'Hæbe 3; — le sommeil d'Endimion; le baiser de Cinthia; le réveil d'Endimion #; — le sacrifice des nymphes de Cérès; le sacrilège d'Erisichton; l'hommage de Cérès à Cupidon; les offrandes des forestiers à Cupidon; la sirène séductrice 5; — Sophronia et ses dames d'honneur; le jugement de Midas; les roseaux parlants; la consultation d’Apollon $; — l’antre de la sorcière; la sérénade des violoneux 7; — la création de Pandora; le banquet des soupirants; la folie de Pandora; le jugement des planètes $ — et J'en oublie.

Cette multiplicité de tableaux pittoresques a eu pour résultat de communiquer à l'aspect des pièces lyliennes

Dans Campaspe.

Dans Sapho & Phao.

Dans Gallathea.

Dans Endimion.

Dans Loves Metamorphosis.

Dans Midas.

Dans Mother Bombie.

Dans The Woman in the Moone.

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