‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 177 sur 321 · OO 1 O O1 E CO «D M · texte numérisé non relu

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une réelle variété. Les scènes se suivent multiples et diverses, produisant, par des heurts de ton, comme une irisation aux riches couleurs. Reprenons, par exemple, Sapho and Phao et suivons la pièce dans le déroulement bigarré du spectacle. L'action débute dans un paysage maritime, en face de Syracuse. Près du bac où il exerce son métier, le batelier Phaon nous dit combien il est satisfait de son sort : la grandeur n’est accompagnée que de soucis, heureux l'homme qui sait se contenter de peu! Il est interrompu dans ses réflexions par l’arrivée de Vénus et de Cupidon. La déesse a fui en grand courroux la forge ennuyeuse de Vulcain, et elle est venue à Syracuse pour humilier l’altière Sapho. Elle appelle Phaon; le jeune batelier, séduit par le charme de la passagère, se met à ses ordres et la transporte rapidement vers Syracuse.

À peine la barque a-t-elle disparu avec son divin fardeau que surviennent deux seigneurs, Trachinus et Pandion. Pandion est tout récemment arrivé de l’université et 1l ne peut s’habituer à la vie de dissimulation qu'il est maintenant obligé de vivre. Cet aveu sincère lui vaut les railleries de Trachinus, courtisan endurci, qui ne conçoit pas de bonheur en dehors de la Cour où habite la merveille des merveilles, la sage et belle Sapho ! Sur ce nom l'accord se fait entre les deux hommes, car le satiriste Pandion est bien obligé de convenir que les vertus de la reine tiennent du miracle.

« Tel maître, tel valet ». Ce proverbe trouve sa démonstration dans la scène suivante, où figurent les pages Criticus et Molus. Comme Trachinus et Pandion, ils symbolisent l’antagonisme de la Cour et de l’Université. Le premier est plein d'enthousiasme pour la vie folâtre qu'il mène avec les autres chenapans de son espèce ; le second a la tête encore pleine des exercices de l’école, et ses lourds

syllogismes résistent difficilement aux vives réparties de son interlocuteur.

Mais voici l’essaim babillard des dames d'honneur. Rieuses et espiègles, elles lancent coup sur coup leurs remarques malicieuses contre les hommes, contre l'amour, contre elles-mêmes, et passent, vision d’insouciance et de légèreté.

À ces caquetages étourdissants succède la note plus grave d’un soliloque apeuré de Phaon. Le protagoniste a, dans l'intervalle, reçu de Vénus le don de beauté, et il éprouve comme un malaise en découvrant chez lui des pensers orgueilleux. Il aperçoit la grotte de la Sibylle et décide de soumettre son cas à cette femme inspirée. La Sibylle n’est pas avare de conseils ! elle veut bien faire profiter le jeune homme de son expérience. Elle lui offre l'hospitalité et, pendant que la nuit épaissit les ténèbres, elle conte son histoire. C’est une histoire d'orgueil féminin. Autrefois aimée par Phébus, la Sibylle fit semblant de céder pour obtenir du dieu le privilège de longue vie. Mais, quand elle eut vu son souhait réalisé, elle refusa de tenir sa promesse. Phébus, pour se venger, se contenta de ne pas révoquer le don qu'il avait accordé; et la parjure a vieilli, désirant vainement la mort; les rides sont venues ravager son visage autrefois si frais ; elle languit dans une triste décrépitude, regrettant de n'avoir pas su, quand il était temps, cueillir les plaisirs de la jeunesse. Que Phaon ne fasse pas comme elle : qu'il ne se refuse pas à l'amour !

Cependant que cette histoire était contée, le jour est venu, et c'est par une délicieuse et douce matinée de printemps qu'a lieu la rencontre entre les deux protagonistes de la pièce. Sapho, suivie d’une brillante escorte, est sortie de son palais pour jouir du renouveau qui répand son charme

sur toutes choses. Au cours de sa promenade, elle se trouve face à face avec Phaon qui sort de chez la Sibylle. Un regard, quelques mots échangés, comme en un rêve, suffisent pour jeter dans le cœur de Sapho et de Phaon les germes d'amour. Phaon s’attache aux pas de la reine qui l'invite à venir à la Cour.

Le spectateur a eu tout juste le temps de découvrir le charme discret de cette scène lorsque rentre le groupe bruyant et raisonneur des deux pages. Ils discutent encore, mais cette fois ils ne tardent pas à se liguer, car ils ont trouvé un naïf — le cyclope Calypho — contre lequel ils dirigent des fusées de syllogismes.

Quand se sont éteints les rires de ces trois personnages comiques, la silhouette dolente de Phaon reparaît. Sous le poids de la passion qu'il porte en lui, le jeune homme est plus éperdu que jamais, et il vient de nouveau vers la grotte de la Sibylle espérant y trouver un remède à ses maux. Toujours complaisante, la vieille commère, cette fois, lui expose longuement les préceptes de l’art d'aimer; ils peuvent se résumer en ces mots : « La femme est faible et cupide; ose et tu vaincras ! »

Cependant dans les profondeurs luxueuses de son palais, Sapho éprouve des tourments qui ne sont pas moins cruels. Par des conversations d’'antichambre nous apprenons d’abord que la reine est atteinte d'une maladie mystérieuse aux symptômes indéfinissables. Bientôt des rideaux s’écartent et nous apercevons la malade douloureusement étendue sur son lit. Autour d'elle s'empressent les suivantes, qui s’ingénient à trouver le remède libérateur. C'est en vain qu'elle demande au repos un oubli momentané ; son sommeil est agité par des rêves et hanté par la figure de Phaon. Les dames d'honneur apeurées ne savent que penser; elles en oublient leur amour de l'esprit et de la taquinerie; leurs

voix se font graves pour dire tout bas les craintes superstitieuses qui sommeillaient au fond de leur esprit et que cette maladie étrange a réveillées. Enfin Sapho, emportée par ses désirs, cède à la curiosité dangereuse de faire venir Phaon. C’est alors qu'a lieu la scène des aveux déjà citée 1. Les dames d'honneur se sont retirées; face à face les deux amants, sans sortir d’une réserve prudente, avouent par des mots à double sens, l’un ses aspirations, l’autre sa faiblesse, et se quittent pour ne plus se revoir.

Car, à ce moment, Vénus intervient. Victime à son tour de la beauté de Phaon, elle fait effort pour détruire la passion qu'elle a allumée par dépit. Dès lors les scènes se précipitent. C’est d’abord l’entrevue entre Vénus et Sapho, au cours de laquelle la déesse promet à sa rivale de la délivrer du mal d'aimer. Puis survient l’aveu que fait Vénus à Cupidon de l'amour qu'elle ressent pour le batelier ; la conversation entre Sapho et ses dames d'honneur; la visite à la forge de Vulcain et les câlineries ensorceleuses de Vénus pour obtenir les flèches nécessaires; les instructions et les recommandations de Vénus à son fils: l'adoption de Cupidon par la reine; la fureur de Vénus en trouvant son fils tendrement pelotonné sur les genoux de Sapho: et enfin la dernière visite de Phaon à la Sibylle avant son départ de Syracuse.

Cette variété du spectacle est d'autant plus saisissante que les tableaux qui se succèdent atteignent généralement, dans leur brièveté, à une réelle perfection. Voyons, par exemple, la scène où Alexandre donne sa captive Campaspe à son peintre Apelle. Le Conquérant a résolu d’étouffer sa propre passion ; mais, avant de prononcer le mot magnanime, il s’attarde à jouir de la frayeur qu'il inspire aux deux amants:

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