‹ John Lyly: Contribution à l'histoire de la Renaissance en AngleterreChapitre 186 sur 321 · The Goat, who is neuer without an aigue » (II · texte numérisé non relu

The Goat, who is neuer without an aigue » (II

11. « The serpent Serapie, which beeing but toucht with a brake, bursteth » (II, 201).

vertus. Le vanneau est un modèle d'amour paternel : il protège ses pelits jusqu’à la mort et si quelqu'un vient à passer, il l’attire par ses cris bien loin du nid. Le ramier aurait plutôt des tendances altruistes, car, en hiver, il s'arrache les plumes pour réchauffer les autres oiseaux ?. D'autres sont nuisibles et cruels. On peut n'avoir pas à redouter l'araignée phalangium, qui, si elle est venimeuse, peut, avec sa peau, confectionner un emplâtre contre le poison #. Mais malheur à celui qui approche du serpent amphisbena,

qui a un aiguillon à chaque extrémité et, par conséquent, est dangereux des deux bouts 4, ou du basilic dont les yeux lancent la mort 5. La harpie, très rusée, commence par vous étonner de sa belle apparence, puis, avec son odeur empoisonnée, elle vous pétrifie $. Il est encore des animaux naïfs : l’'autruche, quand elle voudrait se reposer, se pique et, ainsi, est obligée de courir? ; les daims lorsqu'ils sentent une pomme s'arrêtent abasourdis 8. La plupart cependant sont d'une ingéniosité remarquable. La grue, pour s'empêcher de sommeiller, tient un caillou dans son bec®; plus

1. « The Lappwing, who fearing hir young ones to be destroyed by passengers, fiyeth with a false cry farre from their nestes, making those that looke for them seeke where they are not » (II, 4).

2. « The Wood Culuer, who plucketh of hir fethers in winter to keepe others from colde » (II, 111).

3. « The Spider Phalangium that poysoneth, doth wt hir skinne make a playster for poyson » (II, 124).

4. « The Serpent Amphisbena, which hauing at ech ende a sting, hurteth both wayes » (II, 64).

5. « The Basiliske, whose eyes procure delight to the looker at the first glymse, and death at the second glaunce » (II, 130).

6. « The Harpey, which hauing made one astonied with hir fayre sight, turneth him into a stone with hir venemous sauor » (1bid.).

7. « The Austrich, who pricketh none but hir selfe, which causeth hir to runne when she would rest » (II, 111).

8. « The whole heard of Deare stande at the gaze, if they smell a sweete apple » (I, 223). ;

9. « What I haue done, was onely to keepe my selfe from sleepe, as the Crane doth the stone in hir foote, & I would also with the same Crane, I had bene silent holding a stone in my mouth » (II, 5-6). Les grues employaient aussi les cailloux à d’autres usages : « The stone in their mouth which the Cranes vse when they fiye ouer mountaines, least they make a noyse » (II, 176).

malin encore est le crocodile qui permet à l'oiseau Trochilus de vivre dans sa gueule et, en échange, se fait nettoyer les dentst. Qui n'admirerait aussi les travaux gigantesques accomplis par les lapins d'Espagne, les taupes de Thessalie, les grenouilles de France et les mouches d'Afrique qui minèrent ou détruisirent des villes entières ? ? Enfin, l'exemple de cet escargot qui, s'étant glissé hors de sa coquille et ayant été aussitôt transformé en crapaud, se fabriqua un escabeau pour s’y asseoir, prouve, on en conviendra, que les animaux ne se laissent pas démonter par l'adversité, ou tout au moins qu'ils savent s’accommoder aux circonstances 3.

Quelque surnaturelle que paraisse aujourd'hui cette histoire naturelle 4, elle n'avait pas pour les contemporains de l'auteur même étrangeté. Sauf quelques traits — qui, nous allons le voir, étaient inventés — ces notions faisaient partie d’un ensemble de connaissances acceptées par les gens les plus graves et, on peut le dire, elles avaient force de vérités5. On les trouvait répétées dans des livres de référence dont personne n'eût songé à mettre en doute la bonne foi et la

1. « The birde Trochilus lyueth by the mouth of the Crocodile and is not spoyled » (I, 193); « the Crocadile, who suffereth the birde to breede in hir mouth, yt scoureth hir teeth » (II, 144). Cette fable n’est pas absolument dénuée de fondement : lorsque les crocodiles, bien repus, sont endormis sur le rivage, de petits oiseaux s’introduisent parfois dans leur gueule entr’ouverte pour venir becqueter les débris de nourriture attachés aux dents et aux gencives.

2. « There was a Towne in Spayne vndermined with Connyes, in Thessalia, with Mowles, with Frogges in Fraunce, in Africa with Flyes » (I, 249).

3. « The Snayle that crept out of hir shell was turned eft soones into a Toad, and therby was forced to make a stoole to sit on » (II, 95).

4. C’est, je crois, Collier qui à le premier employé l'expression de « unnatural natural philosophy » (History of English Dramatic Poetry).

5. Ce n’est pas, en effet, chez Lyly seulement que l’on trouve cette étrange histoire naturelle. Shakspere lui-même a recueilli quelques-unes de ces fables; il à parlé de la pierre précieuse que l’on trouve dans la tête du crapaud (As You Like It, II, i) et de la vipère qui ronge les entrailles d’où elle est sortie (Pericles, I, i); il à fait allusion à l'instinct paternel du vannear (Comedy of Errors, IV, i; Measure for Measure, T, v), au regard mortel du basilic (11 Henry VI, III, ii), il a affirmé que l’autruche digère le fer

valeur, tels que The Boke of secrels of the Vertues of Herbes, stones and certaine beastes d'Albert le Grand; le Liber de Proprietalibus Rerum de Bartholomaeus Anglicus (traduit en 1398 par Trevisa)?; le commentaire de Batman sur ce même Bartholomaeus 3 ; les Historiae Animalium, le De omni rerum fossilium genere, gemmis, elc.; le De raris et admirandis Herbis, de Gesner#; le Hortus Sanitatis5 ; les Thousand Notable Things de Lupton6; les Certaine Secret Wonders of Nature de Fenton”, etc. La plupart avaient même été empruntées à un livre célèbre entre tous, source commune de tous les traités énumérés ci-dessus, à l'Histoire Naturelle de Plines$. En émaillant son style de ces faits de nature, Lyly paraissait donc faire œuvre éminemment sérieuse et même scientifique. Il montrait à quel point il avait approfondi la zoologie, la botanique et la minéralogie de son temps; 1l émerveillait par son savoir. Et c'est évidemment à produire cette impression qu'il visait en multipliant ses comparaisons. S'il a accumulé les allusions à l'antiquité, les rapprochements

(II Henry VI, IV, x) et que la salamandre vit dans le feu (1 Henry IV, III, iii). Ces croyances ont passé pour indiscutables pendant des siècles; c’est ce qui explique que quelques-unes d’entre elles sont encore vivaces de nos jours. Elles n'étaient pas non plus répandues seulement en Angleterre ; nos auteurs français ont accepté ces fictions avec autant de crédulité, témoin Du Bartas (Cf. Guy, La Science et la Morale de Du Bartas).

1. Publié par W. Copland, vers 1560. L'ouvrage avait paru, en latin, dès 1478.

2. La traduction de Trevisa fut achevée en 1398, publiée par Wynkyn de Worde en 1495 et de nouveau par Berthelet en 1535.

3. Bateman uppon Bartholtome, his booke, De Proprietatibus Rerum, etc.

4. La première édition des Historiae Animalium est de 1551 (Zurich). Topsell s’est inspiré de cet ouvrage dans son History of Four-footed Beasts (1607).

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